Les listes électorales de Villani en partie tirées au sort : est-ce vraiment une "première mondiale" ?

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À LA LOUPE – "Ce sera une première mondiale !" Candidat à l'élection municipale à la mairie de Paris, Cédric Villani souhaite mettre en place un système de tirage au sort pour constituer une partie de ses listes. Est-il vraiment pionnier dans ce domaine ?

Qui sera le candidat le plus innovant pour la mairie de Paris ? Dans leur courses à l'Hôtel de ville, les prétendants rivalisent de propositions.  Et en matière de démocratie participative, Cédric Villani espère avoir marqué un point. Le député LaREM et candidat  dissident à la mairie de Paris était l'invité le lundi 4 novembre à la matinale de France Inter. Il a présenté un système inédit dans la capitale pour constituer ses listes électorales dans chaque arrondissement. 

Afin de "réduire le fossé entre les concitoyens et les politiques", les équipes de Cédric Villani mettront en place un processus de tirage au sort des candidats investis. "Dans mes listes et dans chaque arrondissement, le 5ème de chaque liste sera tiré au sort. Le 5ème, puis le 15ème, puis le 25ème et ainsi de suite," assure le mathématicien au micro de Léa Salamé.  

Cédric Villani affirme qu'il s'agit d'une "première mondiale". Vérification. 

Comment fonctionnera le tirage au sort de Cédric Villani ?

La démarche est assez simple. Les Parisiens qui souhaiteraient figurer sur les listes électorales de leur arrondissement soutenant le mouvement Vivons Paris de Cédric Villani doivent s'inscrire sur un site internet créé pour l'occasion. Après un premier tirage au sort entre tous les inscrits - le nombre total de personnes sélectionnées durant cette première étape n'est pas encore connu - les candidats seront reçus pour un entretien, avant un dernier tirage au sort final. 

Ce sont en tout 48 personnes 'citoyens' qui seront présents sur les listes présentées dans les bureaux électoraux de la capitale le 15 mars 2020. Vivons Paris assure que la parité sera respectée. 

Existe-il des cas précédents de tirage au sort pour constituer des listes électorales ?

Et si Cédric Villani avait affirmé avec un peu trop d'enthousiasme qu'il s'agissait d'une "première mondiale" ? En effet, un système comparable existe au Mexique depuis 2015. Le parti de gauche appelé Morena [Mouvement de régénération nationale, ndlr] choisit une partie de ses candidats aux différentes élections - locales et nationales - par tirage au sort. 

Par exemple, pour le niveau fédéral, les différentes sections locales du Morena, présentes à travers tout le Mexique, élisent dix candidats, cinq femmes et cinq hommes. Puis un étonnant système de loterie est organisé afin de tirer les noms des candidats finalement retenus. A l'instar de ce que suggère Cédric Villani, les listes alternent candidats tirés au sort et candidats désignés. 

Si le système par tirage au sort fait partie intégrante de l'ADN de ce parti créé en 2014, les statuts du Morena précisent que les modalités de sa mise en place varie selon l'élection. Il n'y a donc pas d’application uniforme. 

En France, l'expérience avait déjà été tentée lors des élections législatives de 2012 en Moselle. Europe Ecologie Les Verts avait choisi trois binômes en tirant les noms des futurs candidats dans un chapeau. Puis, un vote des militants a permis de valider leur investiture. Une innovation qui n'a pas entraîné une dynamique électorale, les scores ont été entre 1,6% et 2,3% des voix. L'année précédente en 2011, le parti écologiste avait déjà mis en place ce système lors des élections cantonales, toujours en Moselle et sans plus de succès dans les urnes. 

En 2015, une expérience sans l'appui d'un parti a été tentée sur l'île de la Réunion. A l'occasion des élections régionales, 47 personnes candidates ont été tirées au sort pour constituer la liste DEMORUN 2.0. Une liste trans-partisane qui recueillit 1,47% des voix. 

Pourquoi mettre en place un système de tirage au sort électoral ?

L'objectif affiché par Cédric Villani est "de réduire le fossé entre les concitoyens et les politiques." Est-ce que cela peut fonctionner ? LCI a posé la question à Yves Sintomer, professeur en sciences politiques, connu pour ses travaux sur la démocratie participative et la représentation politique. 

Chercheur au CNRS, il explique, par exemple dans le cas du Morena, que "si ce système permet l'apparition d'un nouveau personnel politique, il a aussi l'avantage d’asseoir l'autorité du leader au sein d'un mouvement nouveau." En l’occurrence au Mexique, le président de la République élu en 2018 est le fondateur du Morena, un parti qui n'avait que 4 ans. "C'est aussi un outil de communication politique, qui permet de fédérer des nouveaux militants autour de soi." 

Si ce n'est donc pas exactement une première mondiale, Yves Sintomer considère que la proposition de Cédric Villani reste intéressante. "Il a existé des cas de tirage au sort pour désigner des responsables au sein du parti, comme pour Podemos en Espagne ou en France avec la constitution d'une partie de comités de LaREM. Mais là, il s'agit de candidats placés dès la cinquième position sur les listes, donc potentiellement éligibles au Conseil de Paris." 

Yves Sintomer met cependant en évidence une limite. Pour lui, la philosophie du tirage au sort est pleinement respectée "si le  candidat à l'investiture est un citoyen qui n'a pas l'habitude d'être engagé. En revanche, ce n'est pas la même chose si il s'agit d'une personne exerçant des responsabilités en politique ou dans le monde associatifs." 

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