Démission de Nicolas Hulot : quel bilan de son passage au gouvernement ?

ON FAIT LE BILAN - Nicolas Hulot, le désormais ex-ministre de la Transition écologique et solidaire, a expliqué mardi sur France Inter démissionner après avoir mûri sa décision depuis des mois. Une annonce surprise à laquelle l’Elysée a réagi en disant qu’il pouvait être "fier de son bilan". Retour les victoires et les échecs du ministre le plus populaire du gouvernement.

Quinze mois d’interrogations qui se soldent par une démission. Ce mardi 28 août, le ministre de la Transition écologique a choisi de quitter son cabinet. Militant de la défense de l’environnement depuis une trentaine d’année, Nicolas Hulot était le "trophée vert" du gouvernement depuis sa nomination en mai 2017. Entre victoires personnelles et affronts politiques, retour sur quinze mois de compromis que l’Elysée estime être " le meilleur bilan écologique de la Vème République".

Les victoires

  • 1Loi sur les hydrocarbures : une avancée symbolique

    Cette loi essentielle pour Nicolas Hulot a été adoptée par le Parlement en décembre 2017. Dans ce texte, il pose comme objectif de mettre fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures en France d’ici 2040. Pour l'ex-présentateur d'Ushuaïa, ce texte marquait la première étape vers la fin des énergies fossiles et un exemple à suivre pour le reste du monde.

  • 2Notre-Dame-des-Landes : une victoire politique

    En janvier, Nicolas Hulot a signé sa plus grande victoire politique. Il était depuis longtemps un opposant au projet de construction d’un aéroport à Notre-Dames-des-Landes, qu’il jugeait "ruineux, inhumain et inutile". Après des années de controverse, le gouvernement avait annoncé l’abandon du projet. Une victoire saluée par les associations de protection de l’environnement. Mais si l’enterrement de cet aéroport est une réussite pour le ministre, d'autres projets très contestés par les défenseurs de l'environnement, tels que l'enfouissement des déchets nucléaires à Bure, sont toujours en cours.

  • 3Mesures pour la biodiversité : un plan ambitieux

    En juillet, Nicolas Hulot avait présenté, avec le Premier ministre Edouard Philippe, un plan pour sauvegarder la biodiversité en France. Ainsi, il avait annoncé 90 mesures dont la création de nouvelles réserves naturelles et la protection des océans. Le plan prévoit par exemple la création ou l’extension de vingt réserves naturelles d’ici la fin du quinquennat. Il pose également comme objectif de ne plus rejeter de plastique dans la mer à l'horizon 2025. Pour cela, le ministre vise la vente d’objets à usage unique tels que les pailles ou les cotons-tiges. Des mesures applaudies pour leur ambition, mais les défenseurs de l'environnement regrettent le manque de moyens associés.


    Lorsqu’il a réagi à la démission de Nicolas Hulot, le Premier ministre s’est engagé ce mardi à continuer à "mettre en oeuvre" ces mesures pour la biodiversité. 

  • 4Qualité de l’air : en attente

    Accompagné d’Elisabeth Borne, la ministre des Transports, Nicolas Hulot avait promis une loi d’orientation des mobilités. Ce texte n’a toujours pas vu le jour car il est actuellement en cours d’arbitrage. Il devait bientôt être présenté en conseil des ministres. Une victoire et l’aboutissement des assises de la mobilité qui ont eu lieu entre septembre et décembre 2017.  

    En attendant, il avait mis en place la prime de conversion en janvier, dans le cadre du Plan climat, afin d’accélérer le renouvellement du parc automobile ancien et polluant. Elle avait déjà bénéficié à 75.000 usagers.

Les défaites

  • 1Ceta : un accord qu’il a toujours critiqué

    La signature du Ceta a particulièrement touché l’aura de Nicolas Hulot. En effet, il avait toujours marqué son opposition à cet accord de libre-échange entre l’UE et le Canada. Ainsi, en janvier 2016, il avait décliné l’offre de François Hollande d’entrer au gouvernement, car l’ancien président ne pouvait pas lui assurer que ce traité allait être renégocié. Et pourtant, près de deux ans après, il est mis en place alors que l'ancien militant est désormais ministre de la Transition écologique d'Emmanuel Macron. Et alors que le Ceta était entré en vigueur de façon provisoire et dans sa quasi-totalité le 21 septembre 2017, Nicolas Hulot avait dû le défendre en expliquant que s’il observait des "effets néfastes", les parlementaires allaient en "tirer les conséquences" lors de la future ratification. 

    Défendre ce type de texte contre ses valeurs, c'est probablement ce qui l'a poussé à dire ce mardi : "Je me surprends tous les jours à me résigner".

  • 2Nucléaire : premier renoncement symbolique

    Le renoncement le plus symbolique de Nicolas Hulot aura été son annonce du 7 novembre 2017 concernant le nucléaire. Fervent défenseur des énergies renouvelables, il avait dû porter l’échec d’une promesse électorale. Ainsi, il avait annoncé que la baisse de la part du nucléaire dans l’électricité pour atteindre 50% ne serait pas atteinte d’ici 2025, un objectif pourtant inscrit dans la loi de transition énergétique de 2015. Hulot avait fait savoir que ce calendrier était "irréaliste" car il aurait fallu fermer entre 17 et 25 réacteurs nucléaires, et relancer les énergies fossiles. Les ONG de défense de l'environnement avaient alors dénoncé le triomphe du lobby nucléaire et une "reculade" du ministre. 

  • 3Glyphosate : un compromis difficile

    En novembre, Nicolas Hulot avait encore dû se résigner. Alors que l’Union Européenne avait prolongé de cinq ans la licence du glyphosate, Emmanuel Macron avait assuré que la France restait déterminée à en sortir en trois ans. Le ministre de la Transition écologique avait dû défendre cette position alors même qu’il jugeait en savoir assez pour demander l’interdiction de cet herbicide controversé et classé "cancérogène probable" par l’Organisation mondiale de la santé en 2015. Il avait alors clairement pris position contre son collègue du ministère de l'Agriculture, Stéphane Travert, qui plaidait pour une décision comparable à celle de l’UE. Un affront très symbolique de la situation du ministre pendant quinze mois,  bloqué entre ses volontés personnelles, les décisions européennes et une pression au sein du gouvernement qui le mène à un difficile compromis. 


    Cette victoire en demi-teinte est devenue une véritable défaite lorsque les députés ont rejeté un amendement de la loi Agriculture et alimentation publiquement soutenue par Nicolas Hulot. Il visait à inscrire dans la loi l’interdiction de ce composant du Round Up commercialisé par le géant du pesticide Monsanto.

L''ex-ministre de la Transition écologique et solidaire laisse donc derrière lui un bilan en demi-teinte. Un résultat qui se reflète lorsqu'il annonce sa démission. Car s'il remercie le Premier ministre et le président de la République qui "ont été pendant ces 14 mois à mon égard d'une affection, d'une loyauté et d'une fidélité à toute épreuve", il avoue que le gouvernement n'a pas su donner la priorité aux enjeux qu'il défend, estimant qu'il n'a pu obtenir de la part de l'exécutif que des "petits pas". Une avancée trop lente pour ce militant de première heure, face à l'urgence environnementale.

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