NKM veut interdire le salafisme ? "Une mesure cosmétique" selon la sénatrice UDI Nathalie Goulet

Politique
SALAFISME - Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la primaire de la droite, va déposer une proposition de loi visant à rendre "le salafisme hors-la-loi". Concrètement, est-ce faisable ? Metronews fait le point.

C'est le nouveau cheval de bataille de Nathalie Kosciusko-Morizet. Dans un courrier envoyé ce jeudi à Manuel Valls, la candidate à la primaire de la droite explique qu’elle va déposer une proposition de loi visant à déclarer le salafisme "hors-la-loi". Selon la députée de l'Essonne, il n’existerait pas, en France, de "base légale sereine pour fermer les mosquées, expulser les imams" se réclamant du salafisme.

Une proposition que la députée de l’Essonne avait déjà formulée dans une tribune publiée dans L’Opinion , au lendemain de l’attentat de Nice, et qui n'est pas nouvelle. Avec cette marotte, Nathalie Kosciusko-Morizet s'empare d'un sujet souvent délaissé au profit du Front national. Un terrain sur lequel la candidate à la primaire de la droite n'a pourtant pas l'habitude de s'aventurer.

"Quelle qualification juridique du salafisme ?"

"Une telle mesure est-elle faisable ?", s'interroge la sénatrice UDI de l'Orne Nathalie Goulet. Contactée par Metronews, l'ancienne co-présidente de la commission d'enquête sur les moyens de lutte contre les réseaux djihadistes en France brocarde une "posture", une "idée cosmétique", plutôt "porteuse" dans le contexte actuel. "Combattre le salafisme djihadiste, évidemment. Mais l'interdire sur le territoire national, je ne vois pas bien comment on va faire", insiste-t-elle.

Pour donner une base juridique à une telle interdiction, encore "faudrait-il déjà pouvoir répondre à cette question: quelle qualification juridique du salafisme?", explique la sénatrice. Cette lecture idéologisée de l'islam, qui revendique une pratique très rigoriste, a en effet plusieurs courants distincts. "On a à peu près de tout dans le salafisme : à part les salafistes djihadistes, il y a les quiétistes et les réformistes", qui rejettent toute action violente. "Je ne vois pas pourquoi on s'attaquerait à eux", explique Nathalie Goulet.

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"Commençons par appliquer la loi"

En outre, en matière de lutte contre "les prêcheurs de haine, l'arsenal juridique de la France est plutôt complet. Un arsenal qu'on a renforcé depuis [l'attentat de] Charlie Hebdo je ne sais pas combien de fois. Commençons par appliquer la loi", poursuit-elle

Dans son courrier à Manuel Valls, NKM précise : "Une telle loi permettrait de fermer les mosquées qui abritent les prédicateurs prêchant la haine, de poursuivre, condamner ou d'expulser ceux-ci et d'interdire toute nouvelle implantation de cette 'religion' qu'il faut éradiquer, dans la mesure où elle porte en elle le refus absolu des valeurs les plus fondamentales de notre République."

"Les mosquées salafistes sont parfaitement connues de nos services"

Au lendemain de l'attaque de Nice, le Premier ministre a rappelé que le salafisme représentait une toute petite minorité , estimée à 120 lieux de culte pour quelques milliers de fidèles. "Les mosquées salafistes en France sont parfaitement connues de nos services. Celles qu'on laisse ouvertes, c'est plutôt pour mieux les surveiller", souligne Nathalie Goulet.

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"Il me semble que notre arsenal nous permet déjà de fermer des lieux où se tiendraient des propos contraires aux valeurs de la République. Le ministre de l'Intérieur, il faut le rappeler, le fait d'ailleurs régulièrement", ajoute-t-elle, précisant que de toute façon, les candidats au djihad "ne les fréquentent pas".

"Ça risque de nous ramener à l'islam des caves"

L'élue insiste : il est parfaitement évident que le salafisme est une idéologie qu'il faut combattre. Mais l'éradiquer en l'interdisant est illusoire à ses yeux. "Ça risque au contraire de nous ramener à l'islam des caves. D'autant que d'un point de vue strictement pédagogique, il suffit d'interdire quelque chose pour que les gens s'y intéressent", analyse-t-elle.

A ses yeux, mieux vaut fournir une "idéologie alternative et lutter contre les réseaux djihadistes et leur idéologie de mort, plutôt que d'interdire quelque chose qu'on n'a pas réellement défini". "Au lieu de s'intéresser aux causes, on est en train de s'intéresser à un épiphénomène de dérive de l'islam, récupéré par des gens qui ignorent tout de l'islam", conclut-elle.

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