NosDéputés.fr : que vaut ce site qui scrute les députés ?

NosDéputés.fr : que vaut ce site qui scrute les députés ?
Politique

ECOLE BUISSONNIÈRE - En poste depuis un mois, plusieurs députés ont été mis en cause par le site NosDéputés.fr pour leur présence insuffisante à l'Assemblée. Mais qui se cache derrière ce site ?

Dans les allées du palais Bourbon, il y a ceux qui se jettent sur les micros des journalistes et ceux que l'on voit moins. Certains expliquent travailler et ne pas avoir le temps pour les questions, d'autres ont des justifications plus aléatoires. 

Le député REM Patrick Vignal a un alibi tout trouvé pour son mois d'absence : "Je suis malade, je suis fatigué". De son côté, Jimmy Pahun, (apparenté Modem) souligne qu'il ne savait pas qu'il devait être présent "pour le vote de la loi d'habilitation". Ces deux députés ont été épinglés pour leur manque d'activité parlementaire par le site NosDéputés.fr. Derrière cette plateforme, cinq bénévoles et une trentaine de membres s'affèrent, depuis 2009, à recenser toute l'activité parlementaire de nos élus. 

L'association Regards Citoyens récolte et publie deux fois par jours toutes les données "non contestables et publiques" présentes sur le site de l'Assemblée comme au Journal officiel. En se basant sur les prises de parole en commission et dans l’hémicycle, sur les amendements déposés ou soutenus, le site entend mettre en avant l'activité parlementaire dans son ensemble. "Nous voulions sortir un peu des Questions au gouvernement (QAG), très médiatisées mais peu représentatives de l'activité parlementaire", raconte à LCI, un des fondateur de NosDéputés.fr, Tangui Morlier. 

A l'Assemblée, il arrive que les absents votent- Tangui Mortier

Seuls les votes ne sont pas comptabilisés. "Nous ne pouvons être sûrs à 100 % de qui vote quoi, nous ne les publions pas", continue cet administrateur. "Aujourd'hui, à l'Assemblée, on peut avoir les noms des votants pour ou contre, en revanche, il est impossible de savoir qui est présent ce jour-là. De fait, il arrive que les absents votent. Et ça, on ne peut pas le comptabiliser comme activité parlementaire". 

A travers cette récolte de données, les bénévoles espèrent aussi permettre une meilleure connaissance de l'Assemblée, et cela en toute transparence. "Toutes nos données sont publiques. Nos comptes bancaires et nos identités. Nous, on demande aux députés cette même transparence. Chiche ! Permettez aux citoyens d'avoir accès à une information libre, gratuite et utile pour les politiques comme pour les électeurs". 

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Mais voilà, cette volonté ne plaît pas à tous les députés. Certains estiment que ces informations sont partielles. À l’instar de Laurianne Rossi (REM) qui explique à LCI "avoir pris contact avec NosDéputés.fr pour échanger sur les indicateurs retenus qui restent partiels et ils en conviennent". D'autres sont très remontés d'avoir été épinglés dans les députés les moins actifs. "Je n’admets pas d’être désigné comme un mauvais élève. Je suis présent chaque jour", s'irrite ainsi Florian Bachelier (REM). La semaine dernière, dans sa synthèse, le site NosDéputés.fr expliquait que cet élu de La République en marche n'était pas très actif. Aucun amendement déposé, aucun soutenu et seule une présence avait été relevée en commission, la première semaine de mandature celle du 26 juin. Depuis, son activité parlementaire a été plus soutenue. "Je n'admets pas que mon nom sorte de cette façon alors que tous les jours je suis là, s'énerve-t-il au téléphone. Je suis questeur, les commissions et les discussions dans l'hémicycle tombent en même temps que les réunions de questeurs. C'est de l'anti-parlementarisme. Point."

Ces nouveaux députés ont beaucoup utilisé le site pendant la campagne législative pour dénoncer l'absentéisme de leur adversaire.- Tangui Mortier

A ses critiques, Tangui Morlier répond, amusé : "Ils sont très peu nombreux les députés qui nous accusent d'anti-parlementarisme. Les nouveaux députés sont très présents à l'Assemblée, il est vrai. Mais, ils le sont de façon silencieuse. Ils ne participent pas aux débats. C'est un investissement physique. Mais sans prise de parole". Alors comment comptabiliser cette présence silencieuse ? "Pour l'instant nous n'avons pas de réponse. Nous voudrions déjà pouvoir savoir qui est présent ou non lors des votes. Ce serait un grand pas." 

"Et le plus drôle", ajoute-t-il, c'est que "ces nouveaux députés ont beaucoup utilisé le site pendant la campagne législative pour dénoncer l'absentéisme de leur adversaire. Maintenant qu’ils sont en poste, ils découvrent comment nous fonctionnons. Peu à peu, ils prendront part au débat public". 

D'autres au contraire, en poste depuis plusieurs mandatures, brille par leur absence. Comme Olivier Dassault (LR), élu depuis 1988, et qui est régulièrement épinglé pour son manque d'activité parlementaire. À la précédente mandature, il faisait déjà partie des 150 députés les moins présents à l'Assemblée nationale. Contacté à de nombreuses reprises par LCI depuis une semaine, son bureau à l’Assemblée nous assure qu'il allait nous rappeler... 

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