Notre-Dame-des-Landes : certains y verraient bien un "nouveau Larzac"... De quoi s'agit-il ?

Notre-Dame-des-Landes : certains y verraient bien un "nouveau Larzac"... De quoi s'agit-il ?

PROJET ALTERNATIF - Avant même que le gouvernement ne prenne la décision, le 17 janvier, de ne pas construire l'aéroport sur le site de Notre-Dame-des-Landes, l'eurodéputé José Bové et le député LREM Matthieu Orphelin proposaient une solution alternative pour la ZAD. Un modèle qui s'inspirerait de celui du plateau du Larzac, mis en place dans les années 1980.

Quelle alternative pour les 1.600 hectares de Notre-Dame-des-Landes maintenant que l'abandon du projet d'aéroport a été tranché ? Avant même que le gouvernement ne mette un terme à un débat vieux d'un demi-siècle, l'eurodéputé écologiste José Bové reprenait son bâton de pélerin pour défendre la création, sur ce site de Loire-Atlantique occupé par les "zadistes", d'un modèle similaire à celui qu'il a défendu lui-même il y a plus de 30 ans dans le Larzac. 


Dans une interview à Reporterre, il proposait notamment que "l'ensemble de ces terres soit géré par une structure juridique qui signerait avec l'Etat un bail emphytéotique de longue durée". Cela permettrait ainsi une gestion collective par les habitants. Il affirmait être en discussion "depuis longtemps" sur ce sujet avec Nicolas Hulot. L'idée qu'il défend associe d'ailleurs le député LREM du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin, proche du ministre de la Transition écologique et solidaire.

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Le Larzac, expérience pilote

Le plateau du Larzac, vaste territoire de 6.378 hectares constitué de terres labourables, de bois et d'exploitations agricoles situé dans l'Aveyron, fut au coeur d'un long combat, au cours des années 1970, entre des militants du monde paysan et le gouvernement de l'époque. Ce dernier projetait d'y étendre un camp militaire, à travers une série d'expropriations. José Bové, syndicaliste agricole, avait participé activement à cette mobilisation qui avait abouti à l'abandon du projet, en 1981, par François Mitterrand, et à la création d'un territoire géré directement par les agriculteurs. 


L'accord avec le gouvernement avait permis l'adoption, en 1984, d'un régime juridique comparable avec celui que l'eurodéputé propose aujourd'hui pour Notre-Dame-des-Landes : un bail emphytéotique signé entre l'Etat et la Société civile des terres du Larzac (SCTL). Il permet à cette dernière de gérer ces terres et de les administrer comme le ferait un propriétaire, sans pour autant pouvoir les vendre. La durée initiale du bail, prévue pour 60 ans, a été rallongée à 99 ans, soit jusqu'à 2083, par l'ancien ministre PS de l'Agriculture Stéphane Le Foll en 2013. 

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REGARDEZ - La lutte contre le camp militaire du Larzac dans les années 70

La SCTL, constituée de tous les occupants du site, est administrée par un conseil de 11 membres qui attribue les exploitations, fixe les montants des baux ruraux et détermine la répartition des usages du territoire, entre agriculture, chasse ou encore tourisme (le site abrite gîtes ruraux, camping et chambres d'hôtes). Les gérants du Larzac revendiquent, trente ans après, "une revitalisation des fermes", avec une hausse de "25%" du  nombre de paysans installés alors que de nombreuses campagnes françaises font face à la désertification. Aujourd'hui, 56 baux ruraux sont attribués, soit une vingtaine d'exploitations agricoles, selon la SCTL. 

Transposable à Notre-Dame-des-Landes ?

Dans une tribune commune publiée par la presse régionale le 8 janvier dernier, José Bové et Matthieu Orphelin, député LREM du Maine-et-Loire proche de Nicolas Hulot, plaidaient donc pour un projet fédérateur "autour de l'agriculture durable et de la biodiversité", en vue de créer à Notre-Dame-des-Landes une "Société civile du bocage" inspirée du Larzac. Une solution qui, selon eux, permettrait de mobiliser les acteurs locaux tout en évitant une évacuation violente de la "ZAD".

Un bémol toutefois : le projet d'aéroport stoppé, les parties prenantes devraient commencer par identifier les terres qui seraient mises à la disposition de tous. En effet, des propriétaires privés de certaines parcelles situées sur le site de Notre-Dame-des-Landes pourraient souhaiter récupérer le bien dont ils ont été expropriés contre leur gré. 


Enfin, le modèle du Larzac n'est pas le seul à inspirer les avocats de cette solution alternative. Matthieu Orphelin se réfère aussi au "Plan Loire grandeur nature" mis en oeuvre dans les années 1990 après l'abandon de quatre projets de barrages sur le fleuve. Là encore, ils avaient occasionné des occupations de terrain. Le site s'incrit désormais dans un plan d'aménagement global mêlant développement économique, développement durable, tourisme et sécurité des habitants du secteur. "Il ne s'agit pas refaire un Larzac", expliquait alors à LCI Matthieu Orphelin. "Nous pensons qu'il est possible de revenir à un Etat de droit  à Notre-Dame-des-Landes  sans violences." 


"Pour cela", plaide le député, "il faut que l'Etat aide les porteurs de projets à travers cette société civile du bocage qui associerait toutes les parties prenantes. On rendrait aux usagers ces 1.600 hectares de terres agricoles et de zone humide, à l'heure où la France en perd l'équivalent d'un département tous les cinq ans." De quoi satisfaire à la fois les "zadistes", les acteurs locaux et le gouvernement ? Réponse dans quelques jours. 

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