Notre-Dame : pourquoi le général Georgelin veut que l'architecte Philippe Villeneuve "ferme sa gueule" ?

Notre-Dame : pourquoi le général Georgelin veut que l'architecte Philippe Villeneuve "ferme sa gueule" ?
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Incendie à Notre-Dame : un symbole de Paris dévasté par le feu

POLÉMIQUE - Le général Jean-Louis Georgelin, missionné pour piloter la restauration de Notre-Dame de Paris, s'en est pris vertement mercredi à l'architecte en chef du monument. Un coup de sang qui intervient après plusieurs mois de tensions entre les deux hommes.

C'est une guerre d'influence qui se joue, dans l'ombre du chantier de Notre-Dame de Paris, entre deux hommes. D'un côté : Jean-Louis Georgelin. Ce général, partisan d'un "geste contemporain", a été missionné par l'Elysée pour piloter la restauration de l'édifice. De l'autre, Philippe Villeneuve, l'architecte au chevet de la cathédrale depuis 2013. Latent, leur conflit a éclaté au grand jour mercredi, le général priant l'architecte de "fermer sa gueule".

Si les deux hommes s'accordent à dire que le chantier peut être bouclé en 2024, un sujet cristallise leur colère : celui de la flèche. Imaginé par l'architecte Viollet-le-Duc et inauguré en 1859, cet élément de 96 mètres en chêne et recouvert de plomb a péri le 15 avril dernier. Depuis, deux visions s'affrontent : celle du général Georgelin et d'Emmanuel Macron, plaidant pour une "reconstruction inventive". Et celle de l'architecte, favorable à une reconstruction à l'identique. 

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Depuis six mois, chaque protagoniste défend sa position, en privé comme en public. "Pour moi, non seulement il faut refaire une flèche, mais il faut la refaire à l'identique, afin justement qu'elle ne soit pas datable", avait déclaré début juin Philippe Villeneuve.  Sûr de lui, l'architecte avait défendu sa position : "Nous sommes par ailleurs tenus par la Charte de Venise, qui impose que l'on restaure les monuments historiques dans le dernier état connu", a souligné l'architecte en référence au traité international de 1964 sur la restauration des monuments.

Dans son plaidoyer, l'architecte s'appuie sur l'opinion publique : un sondage YouGov publié fin avril montrait que plus d'un Français sur deux (54%) souhaitait une reconstruction "à l'identique", contre 25% seulement favorables à un "geste architectural" contemporain. Du contemporain, c'est malgré tout le souhait de l'Elysée et du gouvernement. Celui-ci avait annoncé qu'il organiserait un concours international sur la reconstruction de la flèche afin de décider si elle sera reconstruite à l'identique ou non.

Restaurer Notre-Dame, une "mission de combat"

Mi-octobre, cinq mois après l'accident et alors que l'édifice n'est toujours pas sécurisé, le débat a repris de plus belle. Sur RTL, Philippe de Villeneuve a mis sa démission dans la balance : "Je suis dans la restauration de ce qui existe. Le futur c'est soit je restaure à l'identique, ça sera moi, soit on fait une flèche contemporaine et ça sera un autre". Une insistance qui a agacé le général, lequel était interrogé ce mercredi par la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale, soucieuse de connaitre l'avancée des travaux. "Quant à l'architecte en chef, je lui ai déjà expliqué qu'il ferme sa gueule et que nous avancions en sagesse pour que nous puissions sereinement faire le meilleur choix pour Notre-Dame, pour Paris, pour le monde", a lancé le général en réponse à la question d'un député. Il l'assure : c'est "début 2021" que sera discutée l'orientation du chantier, notamment pour la flèche détruite. 

Devant les députés, le militaire a par ailleurs estimé qu'il fallait "apaiser le tohu-bohu" dans la communication autour des travaux. Un "tohu-bohu" qui tranche avec la discrétion de la "Grande muette", dans laquelle cet homme de 71 ans a fait carrière et qui lui a permis de gravir les échelons. Jusqu'à sa nomination par Emmanuel Macron pour cette "mission de combat" que représente la reconstruction de Notre-Dame. 

Des propos "pas acceptables"

C'est d'ailleurs depuis plusieurs mois qu'il pilote le projet depuis l'Elysée, dans un bureau situé à quelques dizaines de mètres de celui du président. Une proximité qui n'a pas empêché le ministère de la Culture de recadrer le militaire : "Les propos du Général Georgelin (…) ne sont pas acceptables. Le respect est une valeur cardinale de notre société. En tant que responsables publics, nous devons être exemplaires", a tancé Franck Riester.

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