Notre-Dame : y aura-t-il assez de main-d'oeuvre pour la reconstruction ?

Politique
EMPLOI - De nombreux corps de métiers vont êtres mobilisés comme les couvreurs, tailleurs de pierre ou encore ébénistes pour la reconstruction de Notre-Dame. Mais ce chantier XXL laisse craindre un manque de main d'oeuvre selon plusieurs spécialistes du secteur.

Couvreurs, charpentiers, tailleurs de pierre, sculpteurs... Tous ces métiers - parfois oubliés - ne vont plus l'être pour très longtemps. Après le dramatique incendie qui a ravagé Notre-Dame lundi soir, tout le monde pense déjà à la reconstruction. Et pour ce chantier qui devrait durer cinq ans selon le chef de l'Etat, les artisans vont être mis à contribution. Seulement ces métiers quasi-oubliés vont manquer selon Jean-Claude Bellanger secrétaire général des Compagnons du devoir. La France va être confrontée "à un manque de main-d'oeuvre en tailleurs de pierre, charpentiers et couvreurs", des métiers "peu valorisés", a-t-il déclaré après une rencontre avec la ministre du travail, Muriel Penicaud.


Pour lui, il faudrait plus de 450 ouvriers pour la seule partie du gros œuvre. "Pour le chantier de reconstruction, il faudrait que, dès septembre, nous recrutions en apprentissage 100 tailleurs de pierre, 150 charpentiers et 200 couvreurs".


Actuellement, "les Compagnons du devoir forment chaque année environ 1.000 charpentiers, 700 couvreurs et 450 tailleurs de pierre", selon le secrétaire général des Compagnons du devoir. 


Des chiffres qu'il considère trop faibles pour un chantier de cette ampleur et qui risqueraient de vider les chantiers de rénovation déjà engagés. D'autant plus que "nous manquons actuellement de couvreurs et de charpentiers pour répondre aux besoins de tous les chantiers", comme le rappelait Muriel Penicaud. 

L'horizon 2024 n'est pas pour rassurer puisque les travaux nécessaires à l'organisation des Jeux olympiques à Paris vont mobiliser une part importante d'effectif d'artisans car le bois occupera une part importante des constructions.

Attirer les jeunes

Pour éviter que la restauration de Notre-Dame n'engage tous les bras des secteurs concernés, le recrutement de jeunes devient donc un enjeu majeur. "On a les entreprises qui ont les compétences pour la reconstruction mais on a un manque cruel de jeunes sur ces métiers", prévenait Bellanger.  Au delà des charpentiers et des couvreurs bien d'autres métiers vont être mobilisés comme les facteurs d’orgue, les ébénistes, les peintres décorateurs, les maçons, les vitraillistes ou encore les métalliers.  


La ministre du Travail a donc, annoncée jeudi le plan "Chantiers de France". Le but de cette action est de relancer l’intérêt des jeunes pour ces métiers et leur permettre de se former afin qu'ils travaillent sur la reconstruction de Notre-Dame ainsi que sur d'autres monuments historiques.


Bernard Stalter, président de la CMA en  France, réseau national des chambres de métiers et de l’artisanat  propose pour sa part de créer une sorte d'"Erasmus des bâtisseurs".  Le but serait de faire venir des jeunes apprentis européens  afin qu'ils s'exercent aux côtés des français sur le chantier de la cathédrale : "faisons de Notre-Dame de Paris le premier CFA européen unique en son genre", plaide-t-il dans un communiqué. 

Une main-d'oeuvre étrangère

Une autre piste exploitée serait d'avoir recours à de la main-d'oeuvre étrangère. "Trouver suffisamment d'artisans capables de travailler la pierre, le bois, le plomb, le verre [...] est un défi pour le secteur dans toute l'Europe", avance Francis Maude, directeur du cabinet d'architectes Donald Insall Associates. Celui-ci avait participé, en 1992, à la reconstruction du château de Windsor. 

 

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