"Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois" : Macron recadre ses ministres sur l'ISF

Politique
RETOUR - Vers un retour de l'ISF ? En réponse à la colère exprimée par les Gilets jaunes, l'hypothèse de revenir sur la réforme de l'impôt sur la fortune revient régulièrement dans la bouche des ténors de la majorité et... chez certains membres du gouvernement. Pas question pour le président : "Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois", a recadré Emmanuel Macron.

Ce n'est qu'une esquisse, un murmure encore : l'impôt sur la fortune va-t-il faire son retour ? Il s'agirait , à n'en pas douter, d'une inflexion majeure pour un gouvernement et une majorité qui clamaient la nécessité d'en décharger les plus fortunés pour qu'ils puissent réinjecter l'argent non-imposé "dans l'économie réelle". Et pourtant, l'idée fait son chemin dans la majorité et au sein de l'exécutif. 

Symbole malvenu et besoin d'évaluation

D'abord par quelques députés : Patrick Vignal, député LaRem de Montpellier qui, le 29 novembre, assurait à Public Sénat qu'il ne "faut pas avoir peur de dire qu'on s'est trompé" sur ce sujet. Idem pour son collègue du Modem Patrick Mignola : "Nous n'aurions peut-être pas dû supprimer l'ISF, car cette mesure hautement symbolique nourrit ce sentiment d'injustice fiscale." Au même moment, c'était au tour de Bruno Bonnell, chef d'entreprise et député LaRem du Rhône, ardent défenseur des mesures pro-business prises par le gouvernement, qui s'interrogeait : "L'argent de l'ISF a-t-il vraiment servi à l'économie ?"


C'est en effet tout le sens du questionnement qu'opère le gouvernement et sa majorité. Cette mesure, prise pour inciter les plus fortunés à diriger leurs liquidités ainsi épargnées - au prix d'environ 3 milliards d'euros pour les finances publiques -, aurait-elle trouvé ses limites ? En tout cas, du côté des dirigeants du pays, on répète tous azimuts qu'il faut désormais contrôler les effets de cette suppression. Ainsi la vice-présidente du groupe LaRem à l'Assemblée nationale, Amélie de Montchalin, a-t-elle rappelé qu'une évaluation de la mesure "doit être rendue pour début 2020", tout en assurant voir "le retour des investisseurs étrangers, le financement dans les entreprises innovantes qui repart."

Schiappa ouvre la porte

Las ! Au sein du gouvernement, une voix se fait entendre avec un peu plus d'insistance sur le sujet. La secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa a ainsi levé un sacré lièvre, mardi 4 décembre, en évoquant l'idée, devant des Gilets jaunes, au Mans. Rappelant que le gouvernement allait "évaluer la transformation de l’ISF en IFI", elle s'est engagée à proposer "de rétablir l'ISF" si, d'aventure, "l'évaluation montre que des capitaux ne sont pas suffisamment injectés dans l’économie française". Mieux, la secrétaire d'Etat se prévaut du soutien de l'exécutif, faisant intervenir Benjamin Griveaux, qui aurait annoncé, dit-elle, "que c'est désormais la position officielle du gouvernement". 


Le sujet a fait grincer quelques dents dans la majorité. Ainsi d'un député, passablement agacé : "Marlène, elle ne connaît pas les finances. Est-ce que moi, je parle des droits des femmes ?" Sans aller jusque-là, Benjamin Griveaux a évité de fermer des portes, mercredi 5 décembre sur RTL : "Si quelque chose ne marche pas, on n'est pas idiots, on va le changer. Mais d'abord, avant de savoir si ça ne marche pas, on va l'évaluer avec le Parlement." Une évaluation dont les conclusions devraient finalement intervenir d'ici l'automne 2019. En attendant, si Marlène Schiappa a un peu plus mis le sujet sur la table, c'est qu'Emmanuel Macron n'était pas contre. "On peut l'imaginer", répond à LCI, évasif, son entourage, qui préfère souligner le lien constant entre la secrétaire d'Etat, "une marcheuse historique", et le chef d'Etat, avec qui "elle échange beaucoup, au-delà de son portefeuille". 

Macron recadre ses ministres

Après Chirac et Sarkozy, Macron va-t-il devoir, lui aussi, revoir sa copie sur la réforme de  l'ISF ?  "Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois !", a-t-il affirmé en conseil des mInistres, rapportent Les Echos. un recadrage confirmé par plusieurs ministres à LCI. 


"Nous ne craignons pas le débat, il est nécessaire, il aura lieu", avait insisté auparavant Edouard Philippe mercredi devant les députés. Pour une mesure dont le coût a été évalué à 3 milliards d'euros, le temps du retour sur investissement est devenu plus qu'urgent pour le gouvernement.

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