Nouvelles accusations de Fillon contre Hollande : mais au fait, qu'est-ce qu'un "cabinet noir" ?

ÉLYSÉE - A diverses reprises, les présidents successifs ont été accusés, comme actuellement François Hollande par François Fillon, d'avoir un "cabinet noir" agissant dans leur ombre et pour leur intérêt. Mais au fait, c'est quoi au juste un cabinet noir ? LCI fait le point.

D’où proviennent les fuites sur ses affaires judiciaires dans la presse ? François Fillon désigne depuis deux semaines un ennemi tout trouvé : le président de la République en personne, qui serait selon lui à la tête d’un "cabinet noir". Ce jeudi 6 avril sur France Inter, l'ancien Premier ministre en a remis une couche, prévenant qu'il avait "toutes les indications" lui permettant "le moment venu" de poursuivre en justice "tous ceux qui sont à l'origine" de la révélation de l'affaire sur les emplois présumés fictifs de son épouse. C'est François Hollande qui l'a déclenchée ? "Oui, bien sûr", a-t-il réaffirmé. Comme il l'avait fait  le 21 mars dans "L'émission politique" de France 2, llorsque le candidat Les Républicains avait pour la première fois violemment accusé François Hollande d’être à la manœuvre, s’appuyant pour preuve sur un livre de deux journalistes du Canard Enchaîné


Ce livre, "Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d'un quinquennat", explique que "François Hollande fait remonter toutes les écoutes judiciaires qui l'intéressent à son bureau, ce qui est d'une illégalité totale, comment il est branché directement sur Bercy, sur Tracfin, sur les informations qui lui sont apportées en permanence, comment il est au courant des moindres faits, des moindres filatures, y compris concernant son ancien Premier ministre Manuel Valls", avait dénoncé François Fillon sur France 2. Avant d'asséner : "On cherchait un cabinet noir, on l'a trouvé, en tout cas, à travers ces allégations". Et revoilà l’ombre des officines ou cabinets secrets qui reviennent sur le devant la scène politico-médiatique. L’occasion de revenir sur cette expression qui fit son apparition sous Richelieu. 

Louis XV et le "cabinet du secret des Postes"

Le cabinet noir puise ses origines dans l’Ancien Régime. Il désigne alors un service de renseignements chargé de l’inquisition postale. Une violation du secret des correspondances organisée pour repérer les opposants à la monarchie. Comme l’explique elle-même La Poste sur son site internet,  "la censure politique des lettres s'est développée à l'époque de Richelieu et sous le règne de Louis XIV ; mais c’est sous Louis XV qu’un service particulier est créé à cet effet, sous le nom de Cabinet du secret des Postes ou cabinet noir, pourvu d'un outillage spécial pour la reconstitution des cachets". 


Par arrêt du 10 août 1775, Louis XVI signe la fin de cette pratique, déclarant "que la correspondance privée est dorénavant inviolable". Mais "cette mesure ne mettra pas fin à la censure des correspondances privées, que la Révolution et Napoléon ainsi que les dirigeants politiques en période de guerre utiliseront largement ", poursuit l’opérateur des services postaux. 

1990's, la pratique de la désinformation

Dans les années 1990, l’ombre du cabinet noir revient dans la lumière avec les méthodes douteuses du patron des RG. De 1992 à 2004, Yves Bertrand consigne des renseignements sur des dossiers terroristes mais aussi sur des personnalités politiques, du monde économique ou du show-business. Indiscrétions, ragots et rumeurs sur de prétendues affaires d'argent ou de sexe dont l’homme se serait servi à des fins politiques pour le compte de Jacques Chirac. Objectif : faire circuler de fausses informations aux médias pour  écarter les rivaux potentiels de l'ancien président parmi lesquels Nicolas Sarkozy. 


"J'ai les preuves matérielles que cette équipe occulte existait, faisait valoir en 2014 Guy Birenbaum à L’Express. Auteur du livre "Le cabinet noir" (éd. Les Arènes), le journaliste assurait alors que ce cabinet regroupait "des avocats, des politiques, des hauts fonctionnaires qui exécutaient des basses œuvres, sans pour autant se réunir tous ensemble." La proximité réelle ou inventée de l’ancien patron des RG avec le faussaire présumé des listings Clearstream, Imad Lahoud, lui vaudra d’être appelé à la barre du célèbre procès. 

2010, le patron de la DCRI pointé du doigt

L’existence d’un cabinet noir refait de nouveau surface en 2010. Le Canard Enchaîné accuse Nicolas Sarkozy de superviser l'espionnage des journalistes via un de ses proches, le chef de la DCRI, Bernard Squarcini. L'hebdomadaire, qui cite alors des sources anonymes au sein de la DCRI, affirme qu'"un groupe" a même été monté à cette fin, composé de "plusieurs anciens policiers des RG" pour se procurer "les factures détaillées du poste fixe et du portable du journaliste à espionner". 


Le scandale des fadettes du journaliste du Monde enquêtant sur le dossier Bettencourt pour remonter ses sources éclate. Les renseignements français sont alors accusés d'être une "police politique". Celui que l’on surnomme le "Squale" dans la police martèlera qu’il n’existe pas de "cabinet noir" à la DCRI. 

Hollande déjà visé par des accusations similaires des sarkozystes

Déjà fin 2013, les proches de Nicolas Sarkozy avaient accusé François Hollande de chercher à abattre son prédécesseur, notamment dans l'affaire Tapie. Valeurs actuelles, l'hebdomadaire qui vient de publier les bonnes feuilles  de "Bienvenue Place Beauvau", venait d'affirmer que la présidence de la République avait effectué illégalement des recherches dans les archives électroniques protégées de l'ancien chef de l'Etat. Des accusations alors vivement démenties par l'Elysée.


Après l'intervention de François Fillon dans l'émission politique, François Hollande avait condamné "avec la plus grande fermeté" des "allégations mensongères". Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, est à nouveau monté au créneau ce jeudi. "La justice est indépendante et il n'y a jamais eu de cabinet ni noir, ni gris, ni blanc ni jaune. Et c'est l'honneur de François Hollande", a-t-il lancé.

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