"On a l’impression d’être face à une escroquerie intellectuelle" : le coup de gueule d’un ex-référent de LREM qui claque la porte

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INTERVIEW – Michel Coste s’était engagé derrière Emmanuel Macron en pensant que ce dernier allait renouveler les pratiques politiques. Mais déçu par l’évolution de son mouvement, cet ancien référent de La République en Marche en Ardèche a décidé de claquer la porte.

"Fonctionnement vertical", "gouvernance d'élites", "offense aux principes fondamentaux de la démocratie"… Une centaine d’adhérents à La République en Marche s’apprête à claquer la porte du mouvement en raison de son prétendu caporalisme. La désignation de Christophe Castaner comme délégué général, sans consultation auprès de la base du mouvement, a visiblement été pour certains la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Michel Coste est l’un d’eux. Il a co-signé cette semaine une tribune qui dénonce "le jeu des statuts, l'opacité des instances" d'un parti  "sans ligne politique".

LCI.fr : Pourquoi quittez-vous La République en Marche ?

Michel Coste : Je quitte ce mouvement pour me mettre en cohérence avec moi-même sur un plan éthique. Je me suis engagé et j’ai incité des gens à s’engager en leur promettant des pratiques démocratiques et des valeurs humanistes. Or je ne les retrouve pas dans le fonctionnement d’En Marche.

LCI.fr : Reprochez-vous à Emmanuel Macron d’avoir désigné Christophe Castaner pour prendre la tête du mouvement ?

Michel Coste : On peut se dire que Christophe Castaner est quelqu’un de compétent et tout à fait à sa place, que le Président est légitime pour souhaiter avoir à la tête de son parti une personnalité qui soit proche de lui. Cela est cohérent. En revanche, la méthode et l’absence d’un minimum de démocratie, ne serait-ce qu’apparente, sont un peu plus gênantes quand cela se produit dans un mouvement déjà en déficit de démocratie. Du coup, la désignation de Christophe Castaner devient le symbole de ce qui ne va pas.

LCI.fr : L’esprit collaboratif d’En Marche, tant mis en avant lors de la présidentielle, était un leurre ?

Michel Coste : Complètement, on est aux antipodes d’un fonctionnement collaboratif, qui s’appuie sur l’intelligence collective et qui respecte le facteur humain. On est dans un système où tous les pouvoirs et tous les budgets sont concentrés à Paris et où une équipe pléthorique de jeunes salariés dirige et donne des ordres dans un esprit totalement vertical.

On est dans un système post-moderne où l’on s’affranchit totalement du principe démocratique Michel Coste

LCI.fr : Finalement, la République en Marche ressemble de plus en plus à un parti comme les autres ?

Michel Coste : Je dirai même pire que les autres. Dans la plupart des partis, il y a des votes, il y a une réalité plus ou moins formelle ou factice de démocratie. Là on est dans un système post-moderne où l’on s’affranchit totalement du principe démocratique. On s’en tient à un principe de type messianique, tout part de son dirigeant et de ses proches. Cela pouvait être légitime à la création du mouvement mais cela pose un problème quand on s’inscrit dans la durée.

LCI.fr : La faute à Emmanuel Macron personnellement ?

Michel Coste : Je pense qu’il a une grande responsabilité dans les choix organisationnels qui sont faits. Certes c’est à lui de fixer la ligne. En revanche, il est possible d’engager des modes de fonctionnement différents. Nous étions nombreux dans les cadres départementaux du mouvement à proposer un autre système, plus équilibré et plus ouvert, pour mettre en œuvre toutes les avancées que l’on pratique en entreprise en matière de démocratie coopérative. Dans la promesse qui était faite à la création du mouvement, il y avait des éléments de langage, de jargon qui laissaient croire qu’on était dans cette logique-là. Mais là, on a l’impression d’être face à une escroquerie intellectuelle.

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