"On n'est pas des gens obtus" : le Premier ministre va décaler la réforme de l’Assurance-chômage

Jean Castex, Premier ministre.
Politique

CHÔMAGE - Le Premier ministre vient d’annoncer son intention de décaler le dernier volet de la réforme de l’Assurance-chômage, qui devait se mettre en œuvre en septembre.

Les syndicats voulaient l’annuler, le Premier ministre Jean Castex vient de l’annoncer : il a l'intention de "décaler la mise en œuvre de l’Assurance-chômage", cette réforme qui prévoyait un durcissement des conditions d’accès aux allocations.

"La réforme de l’assurance chômage, que j’approuve, a été faite au moment où la France avait l’un des faibles taux de chômage en Europe, en tout cas celui qui avait engrangé la plus forte baisse", a-t-il expliqué ce mercredi matin sur BFMTV. Or, vu les circonstances, "nous allons en décaler la mise en oeuvre", a-t-il ajouté. "On ne renie pas nos principes, mais on n’est pas des gens obtus (… ) Le fil conducteur, c'est la vie quotidienne des gens, donc on adapte nos outils aux réalités dans leur intérêt."

Nous devons engager une concertation avec l'ensemble des acteurs - Elisabeth Borne, ministre du Travail

Quelques heures plus tard à l’Assemblée nationale, interrogée sur le sujet par Boris Vallaud, porte-parole du groupe PS, la nouvelle ministre du Travail Elisabeth Borne est allée dans le même sens. Pas d'abandon, mais des discussions. "Pouvez-vous nous dire que vous avez entendu les partenaires sociaux, tous les partenaires sociaux, et que vous allez retirer les réformes de l'Assurance-chômage et des retraites ?", a demandé le député des Landes. 

En réponse, la nouvelle ministre du Travail, Elisabeth Borne, a souligné la volonté de faire vivre la "démocratie sociale", et le besoin des "concitoyens de protections sociales à la hauteur des enjeux du XXIe siècle (...) Nous devons engager une concertation pour plus de justice sociale avec l'ensemble des acteurs (...) dès demain", a-t-elle annoncé.

Pour rappel, le premier volet de la réforme, qui durcit les conditions d'ouverture de droits, est en vigueur depuis le 1er novembre dernier. Il imposait, pour avoir droit au chômage, de travailler 6 mois sur les 24 derniers (contre 4 sur 28 auparavant). Pour recharger ses droits, il fallait désormais avoir retravaillé six mois et non plus un seul.

Lire aussi

Le deuxième volet, qui devait entrer en vigueur le 1er avril, avait été suspendu jusqu'au 1er septembre, à cause de la crise du coronavirus. Il prévoyait, lui, des allocations moins avantageuses pour les travailleurs alternant contrats courts et périodes de chômage.

Une "priorité essentielle pour la relance de la France" ?

Les syndicats ont toujours contesté la réforme, et demandé son abandon total. Mais le changement du contexte économique, comme l'a reconnu le Premier ministre, le fait que le chômage est attendu à 11,5% mi-2021 par la Banque de France, donnent de l’eau à leur moulin : ces mesures de restriction d’accès aux allocations laisseraient de nombreux chômeurs sur le bord de la route, ce qui enrayerait aussi la reprise. 

En vidéo

Chômage : les jeunes très touchés par la crise

Le 2 juillet, le Conseil économique et social, qui avait été invité par Emmanuel Macron à dégager les "priorités essentielles pour la relance de la France", avait lui aussi demandé à l’Etat de revoir sa copie. Dans un communiqué, il estimait que le "monde d’après" devra s’articuler autour de "trois axes forts qui ne peuvent révéler leurs forces que combinés : ‘créer de nouvelles solidarités et soutenir l’emploi’, ‘relancer les activités en préparant l’avenir’ et ‘décider ensemble’". Et parmi les mesures d'urgence recommandées par le CESE, "la révision de la réforme récente du mode de calcul de l’indemnisation chômage".

Les partenaires sociaux reçus fin juillet

Mais qu'est-ce qui est sur la table des discussions avec les partenaires sociaux ? Quel timing ? Le nouveau Premier ministre a indiqué qu’il comptait recevoir les partenaires sociaux un par un d’ici le 20 juillet. Sur le fond, tout reste ouvert. Si l'exécutif a fait comprendre qu'il reviendrait sur le durcissement de l'ouverture de droits, il reste flou sur deux mesures prévues au 1er septembre : le nouveau calcul de l'allocation pour ceux, souvent précaires, qui alternent contrats courts et chômage d'une part et la dégressivité après six mois pour les haut salaires d'autre part. 

Les dispositions pour lutter contre les abus de contrats courts ont aussi du plomb dans l'aile car elles touchent des secteurs très frappés par la crise comme l'hôtellerie restauration. La ministre doit également décider d'un renforcement des moyens de Pôle emploi en prévision d'un afflux d'inscriptions dans les mois qui viennent. 

Toute l'info sur

Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

Parmi les autres gros dossiers sur le front du travail, celui de l’emploi des jeunes et des dispositifs pour soutenir l’embauche alors que 700.000 jeunes sont attendus sur le marché du travail à la rentrée, mais aussi des mesures de soutien aux entreprises pour éviter les plans sociaux, via, notamment, la nouvelle "activité partielle de longue durée", ou encore le dossier inflammable de la réforme des retraites, dont le déficit devrait approcher cette année le niveau record de 30 milliards d'euros, très loin des 4 milliards attendus avant la crise.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent