"Oui, je pense à la mort, puisqu'elle est probable " : Bernard Tapie se confie sur sa vie, ses fiertés, ses regrets

DirectLCI
INTERVIEW FLEUVE - Dans un long entretien consacré au Point, l'ancien homme d'affaires? atteint d'un cancer? revient sur sa vie, sa maladie, la politique, les affaires...

C’est une "grande confession". Sur la page de garde, il nous regarde, les yeux dans les yeux, le regard franc, un peu mouillé, presque ému. Il a les cheveux totalement blanc, maintenant. Le Point fait ce jeudi sa Une sur Bernard Tapie, gravement atteint d’un cancer. 12 pages consacrées au bonhomme, qui a eu 1.000 vies, tour à tour homme d’affaires, homme politique, animateur télé, repreneur d'entreprises, chansonnier, théâtreux. Ces derniers mois, il a déjà émaillé de sa présence quelques émissions – la première avec Laurent Delahousse, en novembre, au cours de laquelle il a révélé son cancer -, puis Ruth Elkrieff en février sur BFM, le tout relancé de posts Instagram de sa fille, qui donne de ses nouvelles. 


Bernard Tapie, 75 ans, explique parler facilement de sa maladie. "Je me suis senti à l’aise pour aborder le sujet, car je n’avais aucune raison d’en avoir honte." Il a découvert qu’il était malade un peu par hasard, ne faisant jamais de check up. "Un jour de 2017, je me trouve en difficulté pour déglutir, et comme je ne fume pas, ne bois pas et que je n’ai pas fait la fête la veille, je décide d’appeler mon ancien médecin de l’OM. (...) A l’issue de l’examen, le médecin m’annonce d’un ton grave : 'C’est pas bon. (...) Ca bourgeonne ! Cela ressemble quand même bien à un cancer à la fois sur l’estomac et sur le bas de l’œsophage.'" Il reconnait que ça a été un "coup de tonnerre" : "Le cancer, ça veut dire la mort." Il s’embarque dans la chimio, subit une opération. "On m’a ôté l’essentiel de l’estomac et l’œsophage". 

Je ne baisse pas les bras, j'ai plein de projets dans la têteBernard Tapie

Aujourd’hui, rien n’est encore acquis. Il confesse se sentir "comme quelqu’un sur qui les effets de l’opération sont encore très violents." Bernard Tapie a perdu "énormément de poids", a "du mal à se nourrir", et évoque une deuxième séquence de chimiothérapie qui se profile. "En tout cas je ne baisse pas les bras, j’ai plein de projets dans la tête." Aujourd’hui, il a appris à profiter au jour le jour. "Quand tu as la santé et qu’autour de toi ils l’ont aussi, putain, chaque jour qui se lève, c’est une fête ! C’est une vraie fête ! (...) La vie est trop belle", dit-il. "Mais n’attends pas d’avoir perdu la santé pour te rendre compte qu’elle est essentielle."


 Interrogé sur ses ennemis, il se permet une petite touche d’humour, en répondant par une anecdote : "Quelqu’un avait demandé à Alain Delon : 'Mais pourquoi, vous qui êtes un grand acteur, un des plus grands, vous qui êtes beau, qui avez eu une vie fabuleuse, a-t-on l’impression que les gens ne vous aiment pas beaucoup ?' Et il avait répondu : 'Ils m’aimeront quand on annoncera que j’ai un cancer généralisé.' Je n’y croyais pas, mais j’ai tout de même un peu l’impression que ce n’est pas faux."


L'homme confesse, tout de même, penser à la mort. "J’y pense puisqu’elle est probable. (...)  Mais j’ai une relation assez simple avec tout cela. D’abord parce que je suis croyant. Ma relation à la mort est lucide et décomplexée, sans crainte et sans peur." Forcément, Le Point y va aussi de sa petite question sur l’héritage de Johnny Hallyday. Ce sur quoi il refuse de se prononcer : "De grâce, je ne connais rien de cette affaire, et c’est insuffisant pour que je fasse des commentaires !" Mais confesse "aimer tellement (ses) gosses que je serais incapable de les déshériter, si cela était possible en France. Je n’ai conçu ma vie que pour eux. Dès que j’ai gagné trois sous, c’était pour eux. (...)  Nos enfants sont la plus belle chose que la vie nous ait permis d’avoir avec Dominique. L’héritage, ils l’ont eu tout au long de notre existence puisqu’ils ont toujours profité, avec nous, de notre train de vie. "

En vidéo

Bernard Tapie, une vie de passions

Ce qui m’a le plus atteint, c’est le procès dans l’affaire VA-OMBernard Tapie

Le Point lui demande aussi des précisions sur sa fortune, l’ancien homme d’affaires laissant parfois entendre qu’il est sur la paille. Il y a là de quoi être rassuré : "Il me reste suffisamment pour rembourser ce que je dois. Si mon cancer me laisse vivre, je ne m’inquiète pas de comment je vais vivre : je vais vivre !", dit-il. Il raconte posséder l’hôtel particulier dans lequel il habite, depuis 30 ans, "je l’ai acheté pour y installer toute ma famille". Mais dit placer l'essentiel ailleurs : "Si je n’avais pas eu d’argent, j’aurais acheté à Stains ou au Perreux ! Pour moi, le luxe, c’est de faire plaisir à ceux que l’on aime. Je n’ai jamais cherché à avoir la panoplie du mec qui a réussi. Je n’ai jamais eu de chauffeur pour ma voiture ou de commandant de bord pour mon avion".


Bernard Tapie, revient aussi, sur des phases plus douloureuses de sa vie. La pire chose qu’il a vécue, hors la maladie, ce n’est pas la prison, mais les procès. "Ce qui m’a le plus atteint, c’est le procès dans l’affaire VA-OM" - des révélations de tentatives de corruption de l'équipe Valenciennes-Anzin-, dit-il, estimant que l’ancien procureur Eric de Montgolfier, a mené "de bout en bout cette affaire avec une violence et une complicité médiatique et footballistique sans précédent". 

Hollande a été le plus mauvais président de la Ve RépubliqueBernard Tapie

Sur sa facette politique, - il a notamment été député puis ministre de la Ville sous Mitterrand en 1992 -, il estime "pouvoir se regarder dans la glace" : "Je suis le seul député européen à avoir démissionné alors que le Parlement avait refusé la levée de mon immunité parlementaire, et je suis donc allé en prison parce que j’avais respecté la démocratie." Et si Bernard Tapie estime que la politique demande moults qualités – "il faut être intelligent, avoir du courage et beaucoup d’ingratitude" -, il  n’est pas forcément tendre avec les derniers présidents. Hollande ? "Le plus mauvais président de la Ve République", qui a mis "la France dans un état d’esprit qu’elle n’a jamais connu", en montant les Français les uns contre les autres. Sarkozy, estime-t-il, a été "globalement un bon président", notamment dans sa gestion de la crise économique. Quant à Macron, il réserve encore son analyse. "A l’instant où vous me posez la question, sur le plan humain, j’ai le sentiment d’avoir affaire à un homme sensible et intelligent", détaille-t-il. "Mais, sur le plan politique, attendons de voir la manière dont il passera les chicanes qu’il a lui-même tracées."


Un regret dans sa vie ? Ce sera celui d’avoir "mal managé l’équipe de l’OM dans la première finale de Coupe d’Europe à Bari" : "J’avais mis une telle pression sur les joueurs qu’ils ont raté leur match. Trop de pression nuit autant que pas assez." Une fierté ? Ce sera plusieurs : "Avoir redressé Adidas, avoir joué au théâtre dans 'Vol au-dessus d’un nid de coucou ' En sport, ex-aequo, la nouvelle victoire d’Hinault au Tour de France et la Ligue des champions, et à la télé 'Ambitions'. Plus récemment mais pas le plus facile, le redressement de La Provence."

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter