Parité dans les mairies : "Les règles officieuses des municipales poussent à la réélection des mêmes"

Parité dans les mairies : "Les règles officieuses des municipales poussent à la réélection des mêmes"

MUNICIPALES - En 2020, encore 77% des têtes de liste pour les municipales 2020 sont des hommes. La politologue Mariette Sineau, autrice de "Femmes et pouvoir sous la Ve République" (ed. Presses de Sciences Po) explique à LCI pourquoi la transition vers une réelle parité sur les postes de maire est si lente.

Moins d'une liste sur quatre proposée pour les municipales 2020 est menée par une femme. Malgré une parité imposée par la loi dans les mairies depuis 2013, l'égalité femmes-hommes n'atteint pas les postes à responsabilité. Cette année les candidats au poste de maire sont pour 77% des hommes et 23% des femmes. La politologue Mariette Sineau, autrice de "Femmes et pouvoir sous la Ve République" (ed. Presses de Sciences Po), nous éclaire sur les raisons d'un tel écart.

LCI : Quelle est la situation actuelle concernant la parité dans les mairies ?

Mariette Sineau : Les lois sur la parité ont permis une féminisation accélérée des conseils municipaux et des bureaux exécutifs dans toutes les villes de plus de 1000 habitants. Mais on constate que la parité s’arrête au niveau des fonctions de maires et de présidents d’intercommunalités. Seulement 23% des têtes de listes présentées pour les municipales 2020 sont des femmes. Cela s’explique par le fait qu’il n’y a pas de contraintes paritaires pour ces postes, mais aussi car ces fonctions sont des enjeux de pouvoir très importants. Ce sont des places très convoitées où la concurrence était déjà vive entre hommes.

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LCI : Hormis la forte concurrence, qu’est ce qui joue en la défaveur des femmes ?

Mariette Sineau : La désignation des têtes de liste est filtrée par les partis politiques, qui choisissent la personne qui aura le plus de chances d’être élue. Pour être en situation de revendiquer une tête de liste, il faut en avoir le profil, c’est-à-dire détenir des mandats locaux et ainsi être le plus connu des électeurs. Puisque c'est le plus doté en ressources politiques qui l’emporte, la priorité est généralement donnée aux maires sortants. Soit le plus souvent, des hommes, 60 ans en moyenne, qui jusqu’à présent cumulaient les fonctions de maire avec des mandats de parlementaire, ou de présidents du conseil départemental.

Ces règles officieuses des élections municipales poussent à la réélection des mêmes, les hommes, et discriminent les femmes. Ces dernières souffrent encore d’un déficit de notoriété : puisqu'elles n’ont le droit d’éligibilité que depuis 1944, elles se sont lancées dans la compétition électorale avec du retard. Un retard partiellement comblé par les lois dites de parité, mais il reste une inégalité des sexes faces au pouvoir. 

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LCI : La situation peut-elle changer ? Comment ?

Mariette Sineau : Les choses sont déjà en train de changer ! La loi de 2014 qui interdit le cumul des mandats - et donc le cumul de notoriété - rend les élections municipales plus ouvertes et démocratiques. Certains maires peuvent ne pas se représenter, préférant garder leur mandat de parlementaire et ainsi laisser la place. En outre, grâce aux lois de parité, les femmes ont accru leur “capital” politique, étant désormais nombreuses à siéger dans les conseils municipaux, départementaux et régionaux. Elles deviennent ainsi plus compétitives pour postuler aux fonctions de maire. On note d'ailleurs une augmentation du nombre de femmes têtes de liste : 23% des têtes de listes présentées pour les municipales 2020 sont des femmes contre 17% en 2014, soit une progression de plus d’un tiers. Ce n’est pas négligeable.

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