Pas de démission de Darmanin et Hulot sans mise en examen : la majorité LREM s'accroche à ses fondamentaux

PRUDENCE - Les mises en cause successives de Nicolas Hulot et de Gérald Darmanin perturbent le travail de la majorité parlementaire. Pour l'heure, les députés LREM s'en tiennent à la ligne fixée par Edouard Philippe et appellent au respect de la présomption d'innocence.

Edouard Philippe avait fixé la règle dès le début du quinquennat : un ministre ne démissionne pas tant qu'il n'a pas été mis en examen. Alors que Nicolas Hulot puis Gérald Darmanin ont été mis en cause, l'un pour des faits de viol et de harcèlement sexuel dans un article du magazine Ebdo, l'autre par deux plaintes, dont l'une pour "viol par surprise", la majorité parlementaire tente de poursuivre son travail en faisant sienne cette jurisprudence. 


Depuis l'annonce d'une seconde plainte par une femme, ce mercredi, contre le ministre des Comptes publics, pour "abus de faiblesse", les députés LREM ont, malgré l'embarras suscité par ces soupçons, appelé en choeur au respect du principe de présomption d'innocence. "Je le soutiens tant qu'il n'y a pas de mise en examen", a ainsi expliqué devant la caméra de LCI le député François-Michel Lambert, espérant que, depuis "le précédent Jérôme Cahuzac", l'ancien ministre socialiste poursuivi pour fraude fiscale, "plus personne ne peut mentir sciemment" devant la représentation nationale. Ce qu'aucun des deux ministres n'a eu à faire.

Les précédents Bayrou et Ferrand

Edouard Philippe a rappelé cette règle, appelant ce mercredi à respecter "la parole du plaignant comme la présomption d'innocence", réaffirmant "qu'une mise en cause n'est pas une mise en examen" et que par conséquent, aucune démission du gouvernement n'est d'actualité.  Des éléments repris mot pour mot sur BFM par la secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa, à la parole particulièrement surveillée dans ces deux dossiers : "Je n'ai pas à réagir sinon on s'enferme dans une litanie de commentaires et de réactions. Il y a eu cette plainte, il faut respecter la parole de la plaignante, et il faut respecter aussi la présomption d'innocence de Gérald Darmanin, pas parce qu'il est ministre." Des éléments qui, a appris LCI, ont été concoctés depuis l'Elysée.

Pourtant, dans l'opposition, certains, comme Virginie Calmels (LR), n'hésitent pas à dénoncer "l'incohérence du gouvernement" qui avait "exfiltré" auparavant des personnalités qui n'était pas mises en examen. C'a été le cas de François Bayrou, de Marielle de Sarnez et de Sylvie Goulard, exposés indirectement dans l'enquête sur les emplois du Modem au Parlement européen, ainsi que de Richard Ferrand, qui a retrouvé son siège de député pour diriger le groupe LREM au bénéfice du remaniement ministériel, alors qu'il était visé par une enquête préliminaire dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne. Pour le socialiste Olivier Faure, patron du groupe Nouvelle Gauche, "quand on est un gouvernement qui se veut exemplaire, et qu'on l'a été" avec les précédents ministres démissionnaires, "il faut que dans le cas des plaintes pour abus sexuel, il ait la même attitude". 


Une différence de traitement difficile à expliciter, y compris chez LREM. Pour le porte-parole du mouvement, le député Gabriel Attal, "ces ministres avaient choisi eux-mêmes de démissionner". Et déroger aujourd'hui à la règle fixée par Edouard Philippe pourrait s'avérer dangereux pour l'exécutif car cela ferait "basculer dans une ère de la présomption de culpabilité". 

Le travail ministériel mis à mal ?

D'autres estiment que, mise en examen ou non, les accusations portées aux ministres affaiblissent considérablement leur capacité d'action. "C'est à la justice de faire son travail. Mais politiquement, le risque pour le gouvernement et sa majorité est que l'on commence à avoir une accumulation de soupçons qui crée une ambiance pas très positive", a estimé le député LR Nicolas Forissier. "Entre Darmanin et Hulot, on ne parle que de cela depuis quinze jours."

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Nicolas Forissier (LR) : Les soupçons "créent une ambiance pas très positive"

"Est-ce que cela vient perturber le débat public ? Evidemment oui", a reconnu Gabriel Attal, à l'instar de plusieurs députés LREM. 


"Le mouvement #balancetonporc a suscité des mouvements de délation et les hommes politiques, j'en parle d'expérience, sont des boucs émissaires absolument parfaits", n'hésite pas à dénoncer, de son côté, le sénateur LR Gérard Longuet, qui avait dû quitter le gouvernement en 1994 avant d'être mis en examen, puis de bénéficier d'un non-lieu dans l'affaire du financement du Parti républicain. "Je demande pour Gérald Darmanin comme pour tout le monde un peu de sérénité et de connaître les faits dans leur réalité", a-t-il ajouté auprès de LCI, reconnaissant malgré tout que, s'agissait d'un ministre, il faudra "aller un peu plus vite" et "ne pas laisser traîner l'ambiguïté". 

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Gérard Longuet : "Les hommes politiques sont des boucs émissaires parfaits"

Ce qui n'est pas acquis. Que l'on soit ministre ou simple citoyen, il existe un délai incompressible pour qu'une affaire soit traitée par la justice. Ce qui n'arrangera pas les affaires du gouvernement. 

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