"Pas de divorce entre la police et la population", assure Darmanin : que disent les enquêtes ?

"Pas de divorce entre la police et la population", assure Darmanin : que disent les enquêtes ?

SÉCURITÉ - Auditionné lundi soir par la commission des lois, Gérald Darmanin a estimé que le lien entre les forces de l'ordre et la population n'était pas distendu, malgré les polémiques sur les violences policières. Que nous disent les dernières enquêtes d'opinion sur le sujet ?

Les liens entre les Français et leur police se sont-ils rompus, sur fond de crise des Gilets jaunes et de polémique autour des violences policières survenues ces derniers mois ? Pas vraiment, à en croire Gérald Darmanin. Auditionné lundi 30 novembre par la commission des lois de l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur a reconnu que des tensions pouvaient se ressentir, notamment dans certains quartiers, mais il a affirmé qu'il ne partageait "profondément pas" l'idée d'un "divorce"

"Les policiers vivent parmi les Français, ont les difficultés des Français", a-t-il assuré devant les députés, qui l'interrogeaient notamment sur sa stratégie du maintien de l'ordre et sur les violences policières. "Ils ont évidemment des difficultés dans leur vie qu'ils doivent résoudre. Il y a sans doute, non pas à renouer un lien, mais à faire comprendre [aux Français] les difficultés que vivent les policiers."

La confiance reste majoritaire

Que disent les dernières enquêtes relatives à la relation entre la population et les forces de l'ordre ? Gérald Darmanin peut s'appuyer sur une étude réalisée par son ministère en partenariat avec l’université Savoie Mont-Blanc, qui a produit des résultats en juin 2020. Elle faisait apparaître que 84,9% des répondants avaient une image positive des forces de sécurité intérieure, que 77,5% d'entre eux pensaient qu'elles contribuaient à améliorer la vie quotidienne, et que 63,4% jugeaient que la police répondait aux attentes des habitants. Une étude dont la méthodologie diffère toutefois fortement des méthodes classiques employées par les instituts de sondage, les enquêtes de terrain ayant été conduites par des policiers à la retraite. En outre, cette première vague ne permet pas de comparer les résultats avec une étude antérieure, et donc de mesurer une évolution. 

D'autres sondages ont été toutefois conduits récemment, permettant une comparaison. En octobre 2019, une étude Harris Interactive pour LCI sur les professions préférées des Français montrait que 71% d'entre eux avaient confiance dans la police (19% seulement avaient "tout à fait confiance"), une proportion similaire à celle enregistrée en 2013. 

Dernier sondage en date, l'enquête Ifop Fiducial pour CNews et Sud Radio du 27 novembre 2020. On y apprend que 45% des interrogés font "confiance" à la police, un résultat qui est en légère baisse par rapport à août 2019 (50%), mais aussi par rapport à une enquête similaire de 1999 (53%). De la même manière, la "sympathie" inspirée aux citoyens est passée de 22% en 1999 à 21% en août 2019, puis à 14% dans ce dernier sondage. 

Cette très légère évolution concerne aussi "l'inquiétude" inspirée par les forces de l'ordre, en hausse (23%, contre 20% en août 2019), et "l'hostilité" qu'elles suscitent (8%, contre 6%). 

Un ressenti qui diffère selon les publics

Si la confiance dans la police reste majoritaire dans le pays, les enquêtes font toutefois apparaître des disparités au sein de la population. L'enquête Ifop Fiducial montre ainsi que la confiance est beaucoup plus élevée chez les plus de 65 ans (56%) que chez les moins de 35 ans (34%), mais également qu'elle est plus élevée chez les cadres supérieurs (45%) et les employés (47%) que chez les ouvriers (34%). 

Idem pour le sondage Elabe réalisé en juin 2020 pour BFMTV, selon lequel 69% des Français manifestaient leur confiance dans la police, ce qui marquait tout de même une baisse de sept points depuis avril 2019, avec d'importantes variantes selon l'âge, mais aussi la sensibilité politique - la confiance est davantage chez les électeurs LaREM et LR que chez les électeurs LFI. 

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La distinction peut également être territoriale. L'Institut Harris Interactive avait réalisé en juin 2020 un sondage pour le département de Seine-Saint-Denis consacré au sentiment de discrimination ressenti par les habitants de ce département populaire. Pas moins de 81% des répondants avaient indiqué se sentir discriminés par la police et la justice. Une proportion qui montait à 88% des jeunes du département. 

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