#PasComprisLaPhrase : on a traduit Sarkozy pour Le Petit Journal

Politique
KAMOULOX – Lors d'un meeting pour les régionales à Limoges mercredi soir, Nicolas Sarkozy a lâché une phrase tellement incompréhensible que l'émission de Canal + a lancé un appel pour la comprendre. Metronews a relevé le défi.

Mais qu'a bien pu vouloir dire Nicolas Sarkozy ? Lors du meeting de soutien à Virginie Calmels pour les élections régionales dans le Sud-Ouest, mercredi soir à Limoges, le président de "Les Républicains" a lâché cette phrase (trop) riche en métaphores :

"Je voudrais leur dire qu'on a reçu le coup de pied au derrière mais que c'est pas parce que vous voulez renverser la table que vous descendez de la voiture dont vous vous abstenez de choisir le chauffeur."

Repérée et isolée par le Petit Journal dans son édition de jeudi, ce développement paraît a priori incompréhensible. A tel point que Yann Barthès a lancé cet appel, relayé sur Twitter : "Que celui ou celle qui a compris cette phrase nous explique #LPJ #PasComprisLaPhrase ". 

Décidant de relever le défi, metronews s'est torturé les méninges et a fouillé les archives du lexique sarkozyste, pour finir par trouver une explication valable. La voici donc, point par point :

"Je voudrais leur dire qu'on a reçu un coup de pied au derrière..."
Le "coup de pied au derrière", pour Nicolas Sarkozy, c'est le vote FN. Ici, le président de LR s'adresse à ses électeurs déçus. Juste avant d'utiliser cette image, il explique en effet : "Un certain nombre d'entre vous, peut-être, certainement, ont pu être déçus par nous, déçus par moi, et faire le choix du Front national à un moment. En disant 'comme ça, on va leur donner un bon coup de pied au derrière pour qu'ils se réveillent". Réponse de Nicolas Sarkozy : ce message, il l'a reçu 5 sur 5.

"...mais que c'est pas parce que vous voulez renverser la table"
Vouloir "renverser la table", chez les sarkozystes, cela signifie la même chose que pour tout le monde : souhaiter "un changement brutal". En général, cette volonté découle d'une déception, voire d'un ras-le-bol. Analysant, fin 2013, la grogne des bonnets rouges en Bretagne, Laurent Wauquiez diagnostiquait déjà : "Il est la traduction de la colère sourde qui monte dans le pays, de cette exaspération profonde qu'un rien peut faire exploser. Les Français en ont ras le bol et ils ont envie de renverser la table."

"...que vous descendez de la voiture dont vous vous abstenez de choisir le chauffeur."
Cette dernière partie de la phrase est la plus difficile à décrypter avec certitude. D'aucuns y ont perçu une référence au parti, que les militants déserteraient sans en choisir le chauffeur, à savoir le candidat pour 2017. Mais cela ne correspond pas à la suite du développement, dans laquelle Nicolas Sarkozy n'évoque pas la primaire LR mais toujours le vote FN : " Chaque voix donnée à Marine Le Pen est une voix qui sera reçue par François Hollande (…) Depuis François Mitterrand la gauche, avec un cynisme inouï, instrumentalise l'extrême droite pour (rester) au pouvoir et pour diviser la droite. Nos compatriotes de la circonscription du Doubs , au début de l'année, qui ont voulu nous donner une leçon en votant pour la candidate du FN au premier et au deuxième tour, à l'arrivée ils ont eu un député socialiste de plus !"

La voiture, c'est donc la France. Une image que Nicolas Sarkozy avait déjà utilisée le 16 septembre dernier, lors d'une réunion de travail sur l'immigration organisée au siège du parti. En parlant du pouvoir socialiste, il disait alors : "On a le sentiment que le pouvoir en place a perdu toute maîtrise des événements, ne contrôle plus rien (…) Y a-t-il un pilote ? La réponse est non. Ce qui est embêtant, c'est que nous sommes dans la voiture..."

Traduction :

"Je voudrais dire aux militants qui ont voté Front national parce que Les Républicains et moi-même les avons déçus, que nous avons reçu leur message mais que ce n'est pas parce qu'ils en ont ras le bol qu'ils doivent laisser, en votant FN, le terrain à la gauche pour continuer à gouverner le pays."

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