Pâtes aux truffes et champagne : les excès de la campagne Sarkozy en 2012

Politique

UMP - La journaliste Violette Lazard, qui avait révélé dans Libération l'affaire Bygmalion, publie un livre dans lequel elle dévoile de nouveaux détails des "Big magouilles" à l'UMP et autour de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Extraits.

Le séisme Bygmalion n'a pas encore fini de donner toutes ses répliques. Après avoir provoqué la chute de Jean-François Copé à l'UMP, l'affaire freine aujourd'hui sérieusement l'élan du retour de Nicolas Sarkozy. Dont le degré de connaissance des malversations qui auraient mené sa campagne 2012 à coûter le double du plafond autorisé reste à déterminer. Dans Big magouilles*, une enquête de 200 pages, la journaliste Violette Lazard, qui avait révélé le scandale dans Libération, dévoile de nouveaux détails croustillants, publie des documents inédits et continue d'explorer les méandres d'un fonctionnement occulte. Morceaux choisis.

Comme une odeur de truffe derrière les rideaux...
Une anecdote résume à elle seule l'ambiance dispendieuse qui entourait la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, sans que personne ne s'en émeuve. Il s'agit du meeting du 20 avril à Nice. A ce moment-là, le président sortant est mené par François Hollande dans les sondages. Pourtant, "dans les coulisses du palais Nikaïa", la scène décrite par la journaliste relève plutôt d'agapes de victoire : "Un ingrédient a été agrémenté à toutes les sauces : la truffe. "Ça sentait la truffe dans tous les couloirs, se souvient un des membres de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. Je me suis senti très gêné... Je me suis même demandé si l'odeur n'allait pas jusque dans la salle, et quelle image ça allait donner de nous". Coût de ce petit buffet, arrosé au champagne ("du Ruinard blanc") : "5460,90 euros, soit plus de 50 euros par tête pour un grignotage"...

Où sont passés les 3 millions de marge de Bygmalion ?
La question, cruciale dans cette affaire, sous-tend tout le livre. "Le pactole, les 3 millions, a été rassemblé tout au long de la campagne présidentielle, et correspond à la marge prise par l'UMP". "Pour brasser autant d'argent et ne pas en gagner, il faut être soit une bande de voyous, soit une bande de nuls", relève un spécialiste du conseil politique. Pour répondre à cette question, Violette Lazard s'applique le célèbre conseil du Watergate : "Follow the money". "Une hypothèse est étudiée par les enquêteurs : celle du micro-parti politique de Jean-François Copé, Génération France". Mais après perquisition, ceux-ci n'ont rien trouvé. Le mystère demeure donc entier.

La partie émergée de l'iceberg ?
Au-delà de l'affaire Bygmalion, "tout n'a pas encore été révélé, loin de là", affirme Violette Lazard. Qui se penche, document à l'appui, sur la reconduction en 2010 d'au contrat entre l'UMP et la société de Patrick Buisson, alors conseiller de Nicolas Sarkozy, "pour du 'conseil, reporting, commentaires sur l'évolution de l'opinion publique, commentaires sur l'évolution de l'opinion publique, préconisations, analyses de sondages'". Rémunération reçue par Publifact : 32.000 euros mensuels, soit trois fois plus qu'auparavant. Comment expliquer ce soudain renchérissement ? "A cette date, relève l'auteure, l'affaire des sondages de l'Elysée fait scandale (…) l'Elysée fait donc pression sur l'UMP pour que celle-ci prenne en charge les émoluments de Patrick Buisson..."

"L'affaire Bygmalion, résume Violette Lazard, c'est l'histoire d'un parti pour qui l'argent doit couler à flots pour satisfaire les ambitions du chef". Reste à savoir qui, in fine, rendra des comptes...

* Big magouilles, par Violette Lazard, aux éditions Stock. 18,50 €.

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