PerriScope #6 - Pour sa contre-attaque économique, le gouvernement sort l'arme lourde

Pascal Perri

TRIBUNE - Face à la crise sanitaire, le gouvernement a annoncé mercredi un plan de soutien colossal pour sauver l'économie. Un plan qui montre que la France est loin d'être un pays frappé d'ultra-libéralisme. L'éclairage de Pascal Perri, économiste et sur LCI avec PerriScope du lundi au vendredi.

La réponse du gouvernement à la crise du coronavirus a pris mercredi un tour budgétaire massif. 110 milliards d’euros de concours publics, dont une petite moitié est décaissable et pour partie décaissée. Le plan annoncé est un plan de soutien qui, disent les ministres, dont le Premier, sera complété par un plan de relance post-crise. 

Nous n’avons pas encore l’addition finale.  Mais François Ecalle, fondateur de FIPECO, le site d'informations sur les finances publiques, ancien rapporteur général de la Cour des comptes, estime que pour 2020, la part de la dépense publique dépassera 63% du PIB. 

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Coronavirus : l'impact économique de la pandémie

Y aura t-il encore des voix pour dire que la France est un pays frappé d’ultra-libéralisme ? Grâce notamment au programme massif de rachat de dettes par l’Europe, la France, comme ses voisins, a engagé une politique budgétaire très volontariste. Au cours des dernières semaines, le gouvernement a donné l’impression qu’il avait été dépassé par la crise sanitaire -confinement autoritaire inspiré par la pénurie de lits d’accueil à l’hôpital, manque de masques, manque de tests pour sortir du tunnel…

Ce même gouvernement ne veut pas rater l’étape économique et sociale. Le plan qu’il a annoncé est donc un vaste plan de socialisation de l’économie. L’Etat investit  les fonctions habituelles du marché :

- soutien aux entreprises : 20 milliards provisionnés par l’Agence des participations de l’Etat pour venir en aide aux grandes entreprises stratégiques menacées de disparition sous la forme de prises de participation

- fonds de développement des entreprises à hauteur de 1 milliard supplémentaire (entreprises de taille intermédiaires et PME)

- fonds exceptionnel de 500 millions pour les entreprises qui n’ont pas eu accès aux concours bancaires.

Plus de 300 milliards d’emprunt

L’Etat économique est aussi un Etat social. Il vient en aide aux familles modestes, éligibles au RSA (Revenu social d’activité) ou aux allocations logements. Il versera des primes de 500 à 1500 €, nets, sans cotisations sociales et sans fiscalité, aux soignants de l’hôpital public (pour un total de 1,3 milliard). Mais ce coup de pouce ne saurait valoir pour solde de tout compte. Emmanuel Macron l’a répété en début de semaine, la Nation devra revaloriser le statut et les revenus des soignants de l’hôpital public.

Bref, l’Etat joue son rôle. Il assume le choix de protéger l’économie, au prix d’un dérapage magistral des finances publiques. L’agence France trésor (AFT) s’apprêt ainsi à lever 245 milliards à moyen et long terme et plus de 60 milliards à court terme. La France se finance toujours autour d’un taux proche de zéro. C’est colossal mais nécessaire en l’état. 

En vidéo

Le plan de sauvetage du gouvernement pour les entreprises en difficulté

Assurance maladie : l’ONDAM " libéré" !

L’ONDAM (objectif national des dépenses de l’Assurance maladie) détermine chaque année le volume des dépenses de santé de la branche maladie de la Sécurité sociale. Il avait été fixé pour 2020 à 205,3 milliards. C’est l’outil que les gouvernements utilisent pour rationner les dépenses de l’assurance maladie. Sa progression avait été fixée à 2,3%, elle passe à 7%. Cette annonce, moins spectaculaire que toutes les autres, traduit cependant un changement de pied considérable. La crise du Coronavirus montre que la vie n’a pas de prix. Dans une société qui vieillit, les dépenses de santé augmentent. Ces 7% sont au dessus de tout ce dont pouvait rêver tous les ministres de la santé, présent et passés. Sur LCI, Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la Santé, évoquait l’horizon des 4% comme un idéal budgétaire. 

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La vie n’a pas de prix mais la santé comporte un coût. Dans un pays qui finance sa santé en grande partie par le travail et la fiscalité (via la CSG), les salariés contribuables ne doivent pas s’attendre à voir baisser les prélèvements, en particulier leurs cotisations sociales. La crise a ce mérite de rappeler que ce qui est apparemment gratuit pour les uns est toujours payé par les autres ! 

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