#PerriScope n°20 - Quelles solutions pour rembourser la dette de l'Etat ?

#PerriScope n°20 - Quelles solutions pour rembourser la dette de l'Etat ?
Politique

BUDGET - L'Etat n'a pas hésité à dépenser pour amortir la crise du coronavirus. Mais comment fera-t-on pour rembourser la dette ? Inflation ou dévaluation ont pu être actionnées par le passé. L'idée d'une dette perpétuelle émerge désormais. Il conviendrait également de s'interroger sur la pertinence de la dépense publique, analyse l'économiste Pascal Perri.

La dette. Elle s’entasse au fur et à mesure que les jours passent. Un stock considérable de dettes. Chaque jour y apporte son lot de nouveauté. Garantie de l’Etat sur un prêt à un loueur automobile, aux clubs professionnels de football (alors que certains footballeurs ont refusé de baisser leurs salaires princiers), aide à 800.000 jeunes en difficulté, annulation de charges patronales pour les commerces et les TPE à qui l’Etat a imposé la fermeture et bien sûr chômage partiel dont on commence à se demander s’il n’est pas trop généreux au point d’avoir poussé certaines entreprises à socialiser le salaire des collaborateurs tout en poursuivant un semblant d’activité. 

Nous dépensons à tout va. Personne n’ose encore dire à voix haute qu’il faudra trouver des modalités de remboursement mais… ce temps viendra. 

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Comment fait-on pour rembourser sa dette ? Il y a la solution du bon élève qui patiemment rembourse ses engagements. Il arbitre ses dépenses, dans certains cas, il les réduit et il rembourse les intérêts d’emprunt puis le principal. Pour faire face à nos engagements futurs, une idée alternative fait son chemin. Elle est défendue aujourd’hui dans Les Echos par Jean Luc Mélenchon. 

Une dette perpétuelle ou une dette de très long terme entre 75 et 100 ans (un peu comme un bail emphytéotique) et sans intérêt. A vrai dire, nous n’en sommes déjà pas très loin. Nos emprunts sont renouvelés d’échéance en échéance et la France emprunte à moins de 0%. Tout bien considéré ces emprunts présentent un caractère perpétuel et ils ne coûtent presque rien. On pourrait en effet en allonger la maturité dans le cadre d’une levée Coronavirus. 

La dévaluation de la monnaie (difficile dans le cas de l’Euro) détruit l’épargne et désespère les investisseurs qui s’étaient constitué un patrimoine. - Pascal Perri

Par le passé, les Etats ont souvent eu recours à d’autres leviers : l’inflation ou la dévaluation de la monnaie. L’inflation d’abord, elle grignote la valeur faciale des engagements. C’est une dévaluation masquée. Les baby-boomers des années 1970 se sont constitués un patrimoine privé élevé (au détriment des intérêts de l’Etat) grâce à une inflation de 15% par an pendant les années Giscard. En 6 ans d’inflation à 15%, la valeur de départ de l’emprunt immobilier avait été réduite à presque rien, d’autant qu’à cette époque, les salaires étaient indexés sur l’inflation. 

Dans d’autres cas, les Etats ont recours à la dévaluation. On dévalue la monnaie pour avoir moins à rembourser en valeur réelle. Mais la dévaluation de la monnaie (difficile dans le cas de l’Euro) détruit l’épargne et désespère les investisseurs qui s’étaient constitué un patrimoine. La dévaluation renchérit de surcroît le prix des productions importées. 

Nous n’avons jamais eu le courage d’interroger la pertinence de la dépense publique. - Pascal Perri

Il reste bien une autre solution pratiquée dans les entreprises plus souvent que dans les administrations. Pour rembourser ses dettes, on réduit ses dépenses. La France ne sait pas le faire. Au contraire, cette année (exceptionnelle il est vrai), la dépense publique va représenter plus de 63% du PIB. C’est absolument vertigineux. 

Une telle dose de dépenses publiques devrait nous inciter à réinterroger le rôle et la place de la puissance publique. Où avons nous besoin de plus d’Etat et où faut-il en retirer ? Comment mesurer l’efficacité de la dépense ? Ces questions courageuses placeraient certaines administrations ou certains services publics face à leurs manquements. Nous n’avons jamais eu le courage d’interroger la pertinence de la dépense publique. 

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Cette approche a permis au Canada de restaurer des marges budgétaires. L’ancien Premier ministre Jean Chrétien a réduit la dépense publique sans réduire l’efficacité de l’action publique. Le Canada dégage aujourd’hui des excédents budgétaires. Même chose pour M. Schroeder, l’ancien chancelier allemand, au début des années 2000… les exemples ne manquent pas. On peut maintenir un Etat efficace et protecteur sans jeter l’argent par les fenêtres et sans assister les citoyens de la naissance à la mort. 

On peut aussi le faire sans augmenter la pression fiscale. C’est la dernière arme pour rembourser ses dettes. Augmenter les recettes. Laurent Berger proposait hier dans Le Monde un impôt progressif sur le capital comme l’impôt sur le revenu avec la création d’un taux marginal à 50% et une surtaxation de l’héritage. Si tel devait être le cas, la France s’exposerait à un double risque : la fuite des capitaux qui alimentent les projets d’investissement et comme ce fut le cas en Suède dans les années 70… à la révolte des contribuables. 

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