Macron-Philippe : 3 ans de relations au beau fixe en public, mais pas sans tensions en coulisses

Ce vendredi, Édouard Philippe ressort marqué de ses trois années à Matignon. Retour sur son parcours qui se termine par une cote de popularité supérieure à celle du président.
Politique

BILAN - Après trois ans passés à Matignon, Edouard Philippe va redevenir maire du Havre. La fin d'une relation publiquement au beau fixe avec le président de la République, mais pas exempte de tensions en coulisses.

"Il conduit des réformes importantes et nous avons une relation de confiance qui est d’un certain point de vue unique à l’échelle de la Cinquième République." Voici ce qu'a déclaré Emmanuel Macron à la presse régionale à propos de son Premier ministre, dans une interview parue ce vendredi. "Ce que nous avons réussi à faire pendant trois ans, avec beaucoup de confiance et de coordination, est inédit, contrairement à ce qui a été écrit", continue le chef de l'Etat, dans ce qui apparaît à la mi-journée, comme un hommage à son désormais ex-Premier ministre. 

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"J’ai fait le choix, en 2017, de prendre à mes côtés un homme qui n’a pas fait ma campagne et qui n’était pas dans ma formation politique, qui était dans la même démarche d’ouverture et de dépassement des clivages traditionnels", rappelle encore le chef de l'Etat. En effet, lorsqu'il nomme Edouard Philippe le 15 mai 2017, les deux hommes ne se sont rencontrés que trois fois avant le premier tour de l'élection présidentielle. Emmanuel Macron vient extirper des décombres de la droite l'ancien juppéiste et en fait un signe d'ouverture au centre-droit.

Une relation "qui n'appartient qu'à eux"

Le duo a donc dû apprendre à se connaître, se découvrir au fil du temps et des difficultés. "Ils ont eu des différences d’histoires, d’identités, parfois politiques", indique un proche d'Edouard Philippe à l'AFP. Mais le Premier ministre sera toujours fidèle, loyal, et ne laissera jamais filtrer le contenu de leurs entretiens. D'ailleurs, les deux hommes évitent de rapporter à leurs proches le contenu de leurs rencontres. Au Monde, le président du groupe La République en marche à l'Assemblée nationale, Gilles Le Gendre, déclare : "C’est une relation inaccessible à l'analyse de qui que ce soit, et rien que ça, c’est une façon de la caractériser. Ils ont l’un et l’autre le souci de faire en sorte qu’elle n’appartienne qu’à eux."

En effet, publiquement, leur relation est bonne. Ils gardent les engueulades et foires d’empoigne pour le privé. Dans la première partie du mandat, tout le monde reconnaît que les relations sont "fluides" entre Matignon et l'Elysée. Mais Philippe souhaite parfois prendre un peu d’autonomie, comme sur les 80 km/h. Leurs plus grandes dissensions apparaîtront sur des questions budgétaires. Notamment lorsque Edouard Philippe souhaite tenir bon sur la taxe carbone contre laquelle protestent les Gilets jaunes, alors que l’Elysée veut rapidement l’abandonner. Il impose aussi l’âge pivot dans la réforme des retraites.

L'épreuve du coronavirus

Récemment, la crise du coronavirus et la popularité du chef du gouvernement a également abîmé les relations entre les deux hommes, même s'ils ont toujours assuré du contraire. Aussi, le 4 mai, Emmanuel Macron prend la parole depuis l'Elysée tout de suite après Edouard Philippe au Sénat pour présenter le plan de déconfinement. Alors que le Premier ministre avait évoqué dans son discours "l'écroulement économique" qui menaçait de succéder à la crise, le lendemain le chef de l'Etat avait refusé d'employer "ces grands mots"

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Si ces dernières semaines les dissensions ont été mises en avant, un proche d'Edouard Philippe a assuré à l'AFP : "Aujourd’hui on ne voit que ça : les gens disent que cette différence est source de rupture. Mais pendant trois ans cette différence a été plutôt source de complémentarité."

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