Pierre Gattaz : "Il faut arrêter le baratin, il faut des actes !"

Politique

INTERVIEW – Loi Macron, critiques du gouvernement, pacte de responsabilité, travail dominical… Pierre Gattaz, le président du Medef, a répondu aux questions des Indés Radios, metronews et LCI.

Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a présenté hier son projet de loi pour l'activité en Conseil des ministres. Cette loi va-t-elle dans le bon sens ?
Le projet de loi Macron n’est pas encore complètement fini. Si on va dans le sens du pacte de responsabilité (simplification, baisse des coûts et des contraintes, etc.), ça va dans le bon sens. Nous politisons trop en France : il faut arrêter la dichotomie gauche/droite et transformer en bon sens. Si on [les députés qui examineront prochainement le projet de loi , ndlr] se dit “je suis à gauche et donc il ne faut pas voter cette loi Macron” : là, on est foutu.

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Le texte prévoit un élargissement du travail le dimanche, de 5 à 12 par an. Est-ce assez pour vous ?
On ne va pas assez loin sur ce point, et sur le travail après 21h. Les modes de vie changent, les gens veulent consommer après 21h, les familles veulent pouvoir faire leurs courses le dimanche. Il faut donner de la liberté, et laisser faire le marché. Par ailleurs, n’oublions pas les touristes. Nous avons une manne de richesse et de croissance parmi les touristes asiatiques, notamment les Chinois, qui ont tendance aujourd’hui à rester deux jours en France avant de partir faire leurs courses en Angleterre…


Etes-vous favorable au doublement du salaire le dimanche?
Il faut travailler par entreprise et par branche. Je suis favorable à ce que le travail le dimanche soit mieux rémunéré, mais pas forcément dans toutes les entreprises. Regardez dans la restauration : les salariés de ce secteur savent que le dimanche est un jour normal. Il y a d’autres entreprises où, en effet, il faudra faire 50 % ou 100 % en plus qu’une journée normale. Ce qui me choque, c’est qu’on le réglemente par la loi. Il faut laisser le choix en priorité aux entreprises, en négociation avec ses salariés.
 

Depuis 6 mois, vous subissez les foudres du gouvernement. Fin novembre, Stéphane Le Foll a même évoqué un “problème Gattaz”.
Ces propos m’ont beaucoup amusé. Ce qui m’intéresse ce n’est pas les petites déclarations de politique politicienne, c’est de savoir si ceux qui m’ont critiqué veulent créer de l’emploi et de la croissance. Mon obsession c’est l’emploi et j’ai un discours de vérité. Quand les choses sont bien, j’applaudis, quand les choses ne sont pas bien, je le dis.

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Même Emmanuel Macron vous critiquait il y a peu, sur la signature des accords de branche du pacte de responsabilité. Vous convient-il comme ministre de l’économie ?
Il me convient. Mais la question est : "est-ce qu’on va dans le sens de la création de croissance et d’emploi, oui ou non ?"


Où en est la signature des accords de branche dans le cadre du Pacte de responsabilité ?
Six à sept branches ont signé des accords avec les syndicats pour se donner des objectifs en matière d'embauche. Il devrait y avoir encore trois ou quatre signatures de branches d'ici à la fin de l'année, et peut-être encore quelques-unes en janvier, pour arriver à un total compris entre 10 et 15 à la fin du mois de janvier. Cela pourrait représenter un peu plus plus de la moitié des douze millions de salariés concernés. Je suis optimiste sur ce pacte. Par contre, j’attends du gouvernement la résolution de 4 problèmes : le compte pénibilité, la loi Hamon, le temps partiel à 24 h minimum, et la baisse de la fiscalité sur les entreprises. Il nous faut des mesures, des actes. Il faut arrêter le baratin.

Supprimer l’ISF , revenir sur la convention de l’OIT obligeant à justifier les licenciements, créer un Smic intermédiaire pour les jeunes et les chômeurs : plusieurs de vos propositions ont créé la polémique. Vous assumez ?

J’assume tout. Non seulement j’assume tout mais il y a urgence. La France brûle. Je veux bien qu’on fasse du politiquement correct, je veux bien qu’on me dise que "l’ISF, Pierre, c’était pas le moment", mais c’est quand le moment de parler de l’ISF ? Y’a jamais de bon moment. Tout ce que je dis, tout ce que je propose c’est à l’aune de la création d’emplois.


Faut-il plus s’inspirer du modèle allemand ?
Il y a de bonnes bonnes choses et de moins bonnes choses outre-Rhin et il faut prendre ce qui est bon, comme chez nos autres voisins européens. Le modèle allemand est intéressant, car il est arrivé à 5 % de chômage, mais ils ont mis trois ans à voir l’inflexion de la courbe du chômage. Ça veut dire que pour nous, le pacte de responsabilité risque de mettre 2 ou 3 ans avant d’infléchir la courbe du chômage.


Le Medef parle beaucoup des questions de compétitivité, moins des secteurs du numérique et de la culture. N’êtes-vous pas trop centré sur la vieille économie au détriment des entreprises qui investissent dans l’économie du futur ?
Nous avons un pays extraordinaire et nous pourrions être dans les trois premiers au monde avec ces filières. C’est un formidable gâchis ce que nous vivons aujourd’hui, car nous avons des atouts considérables. Remettons-nous sur un projet qui gagne pour relibérer ces talents, pour la création des richesses et surtout de la création d’emploi et le retour de la croissance. Je crois à ces filières.

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