Plan santé : "La suppression du numerus clausus n’apporte pas de réponses immédiates"

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INTERVIEW – Emmanuel Macron a dévoilé ce mardi sa réforme du système de santé. Parmi les mesures annoncées, la suppression du "numerus clausus" et la création de 400 postes de médecins généralistes censés pallier le manque de médecins dans les déserts médicaux. Des décisions qui ne répondent à l’urgence selon le député UDI, Philippe Vigier.

En finir avec les déserts médicaux, c’est l’un des principaux enjeux de la réforme du système de santé présentée ce mardi par Emmanuel Macron. Parmi les mesures annoncées dans ce domaine par le chef de l’État, la suppression du "clausus numerus" afin de former davantage de médecins et la création de 400 postes de généralistes, salariés par les hôpitaux et envoyés "dans les territoires prioritaires", selon les mots du président.

Rapporteur de la commission d’enquête sur "l’égal accès aux soins des Français sur l’ensemble du territoire et sur l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre pour lutter contre la désertification médicale en milieu rural et urbain", le député UDI, Philippe Vigier, avait rédigé un rapport parlementaire en juillet dernier et listé un certain nombre de préconisations. A ses yeux, les propositions d’Emmanuel Macron ne sont pas à la hauteur pour en finir avec les déserts médicaux.

Le numerus clausus n’est qu’une petite partie du problèmePhilippe Vigier

LCI.fr : La suppression du "numerus clausus" peut-elle permettre d’enrayer la pénurie de médecins dans certaines régions ?


Philippe Vigier, député UDI : Tout d’abord, le numerus clausus n’est qu’une petite partie du problème. Sur dix médecins formés, il y en a neuf qui vont dans le secteur public ou parapublic et un seul dans le privé, c’est donc avant tout une question d’attractivité et de surcharge administrative. Ensuite, le sujet n’est pas de savoir s’il faut ou non supprimer le numerus clausus mais combien de médecins allons-nous former en plus. Or, Emmanuel Macron n’a pas répondu à cette question. A l'heure actuelle, le nombre de médecins que l’on forme est totalement insuffisant pour les années qui viennent. Et donc, on va vivre de plus en plus difficilement ce problème de désertification médicale.


Actuellement, il y a environ 8000 étudiants en deuxième année de médecine. Les doyens et professeurs de médecine que j’ai interrogés m’ont indiqué qu’on pourrait augmenter de 25 à 30% notre capacité de formation. Ce serait déjà une réponse surtout si on l’adapte aux besoins de chacune des régions. En tout cas, la suppression du numerus clausus n’apporte pas de réponses immédiates car les conséquences de cette mesure ne se ressentiront que dans 10 ans. En plus, il ne sera supprimé qu’en 2020 donc il faudra attendre 2030 pour que les effets de cette mesure apportent quelque chose.

LCI.fr : Emmanuel Macron a également annoncé la création de 400 postes de médecins généralistes. Ils seront salariés par les hôpitaux puis envoyés dans les déserts médicaux. Qu’en pensez-vous ?


Philippe Vigier : Ce n’est pas une mauvaise idée mais cela ne suffira pas.

Il faut décharger les médecins d’un certain nombre de missions Philippe Vigier

LCI.fr : Dans un rapport parlementaire publié cet été, vous dénonciez les dispositifs incitatifs visant à attirer les médecins dans les déserts médicaux, expliquant qu’ils avaient fait "la preuve de leur insuffisance". Pourtant, Emmanuel Macron souhaite maintenir ce type de dispositifs. A-t-il tort de s’entêter dans cette voie ?


Philippe Vigier : Absolument et la Cour des Comptes l’a très bien dit. Les primes à l’installation, elles durent un certain temps et passé ce laps de temps, les médecins s’en vont. Ce n’est donc pas le sujet. Il vaut mieux revaloriser la consultation dans les zones-là, par exemple de 25 à 35 euros comme je l’ai proposé dans notre rapport parlementaire. Ainsi, vous aidez les médecins dans la durée.

LCI.fr : Quelles seraient selon vous les mesures les plus efficaces pour en finir avec les déserts médicaux ?


Philippe Vigier : Il faut utiliser tout le potentiel des médecins retraités qu’il faut exonérer totalement de charges sociales. Ensuite, tous les médecins qui sont non-thésés, il faut leur donner l’autorisation de s’installer. Par ailleurs, parmi les 12.000 médecins étrangers qui travaillent dans les hôpitaux, il y en a 20 ou 30% qui pourraient satisfaire aux exigences de qualités demandées aux médecins français. Or, ils ne peuvent pas s’installer en ville car ils doivent d’abord travailler à l’hôpital. Enfin, il faut décharger les médecins d’un certain nombre de missions en autorisant certaines pratiques avancées aux infirmières ou aux pharmaciens, à condition qu’on rémunère ces professionnels de santé en conséquence. 

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