En associant PMA et "éclosion d'écoles coraniques", une députée LaREM choque son propre camp

En associant PMA et "éclosion d'écoles coraniques", une députée LaREM choque son propre camp
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WTF - Pourra-t-elle rester au sein de la majorité ? Agnès Thill, opposée à l'extension de la PMA, a adressé ce jeudi une lettre à ses collègues de l'Assemblée estimant - entre autres - que "l'absence de genre dans le mot parent favorise l'éclosion d'écoles coraniques". Des élus de son groupe ont aussitôt condamné ses propos.

Alors que la mission parlementaire sur la loi de bioéthique s’est dit favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes seules (et à son remboursement par la Sécurité sociale), Agnès Thill a jeté un pavé dans la mare. Déjà connue pour son opposition farouche à cette mesure, l'élue de l'Oise a adressé une lettre à ses collègues du groupe majoritaire pour faire part de son opinion. La mission a, selon elle, franchi une ligne rouge.

 

L'ancienne directrice d'école estime notamment qu'accepter dans la future révision de la loi le "parent d'intention" - c'est à dire un parent connu avant la naissance mais n'ayant pas de lien biologique avec l'enfant - "permet la multiplication des parents. Le mot parent n'a alors plus aucun sens", regrette-t-elle.


Et Agnès Thill va plus loin, en dressant un parallèle pour le moins troublant avec ... l'islam : "Il en découle politiquement, que cette absence de genre dans le mot parent favorise l'éclosion d'écoles coraniques et le départ de nos élèves vers celles-ci", écrit-elle. "Nos amis musulmans, que nous savons opposés à cet éloignement progressif des concepts de père-mère, homme-femme (...) ne vont point dans la rue, ni dans les urnes, pour exprimer leur conception. Mais ils vivent en créant un monde parallèle dans la République, où les choses sont comme ils veulent (...) Il n'y a pas, chez nos amis musulmans, de parent 1 et de parent 2", ajoute Mme Thill. 


Enfin, elle cite différents "experts", mêlant "juristes", "scientifiques", associations" mais aussi "francs-maçons".

Face à ces propos pour le moins troublants, son propre camp a rapidement réagi. "Marre qu'une députée LaREM puisse prononcer des propos homophobes et islamophobes aussi librement... Le courrier reçu par mes collègues et moi-même est un tapis de sottises qui stigmatise inutilement deux minorités", s'est offusquée la députée Laurence Vanceunebrock-Mialon sur Twitter. "En France, il n'y a pas de 'parallèle' à la République", conclut-elle.


Interrogé par nos confrères de Libération, Marie Lebec, porte-parole du groupe LREM, a de son côté dénoncé une lettre "caricaturale, comme Agnès Thill peut l'être".

"Aucun des mots d'Agnès Thill ne peut être cautionné", a martelé, lui aussi, le député En Marche Laurent Saint-Martin. "La défense d'arguments de fond qui doivent être entendus ne peut prendre la forme d'invectives sur un sujet si sensible." Selon lui, Agnès Thill a "trahi" la bienveillance des valeurs du groupe parlementaire.

De là à réclamer son exclusion du parti, il n'y a qu'un pas que n'a pas tardé à franchir - comme d'autres internautes - Thibault Lechat-Vega, l'assistant parlementaire du député de Guyane. "J'attends avec impatience de voir par quelle prouesse gymnastique la République en Marche va justifier son maintien dans le groupe", ironise-t-il sur Twitter, avec un hashtag de circonstance : "popcorn".

Car la Beauvaisienne n'en est pas à son coup d'essai sur le sujet ... ni à son premier avertissement. À plusieurs reprises, La République en Marche l'avait mise en garde contre "les excès" de ses prises de position publiques. 


En novembre dernier, on se souvient qu'Agnès Thill s'était fait remarquer en dénonçant "un puissant lobby LGBT à l’Assemblée nationale". Face à la polémique, les ténors du parti avaient dû un à un condamner publiquement leur collègue : de Marlène Schiappa à Benjamin Griveaux en passant par Gilles Legendre ou encore Matthieu Lorphelin.


Pour enfoncer le clou, au-delà de l'homophobie dont elle fait preuve - malgré ses dénégations - Libération rappelle qu'elle sait aussi tweeter des propos islamophobes. "Sur les trois religions monothéistes, elle est la seule à ce point bipolaire : on y trouve un propos et son exact contraire. Là est le problème", avait-elle écrit. Un post supprimé depuis.

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