En débat : Pour ou contre la retraite par points ?

Politique
POUR/CONTRE - Les négociations se poursuivent autour de l'avenir de nos retraites battent leur plein entre l'exécutif et les partenaires sociaux. Parmi les pistes sur la table, l'idée d'une retraite par points, à l'image de ce qui existe dans les pays scandinaves. Bonne ou mauvaise formule ? Grâce à notre partenaire Le Drenche, nous posons le débat.

Partir plus tôt, plus tard... Nombreuses sont les propositions pour réformer les retraites. Mais c'est bien la retraite par points qui a été retenue par le gouvernement, comme annoncé au mois d'octobre 2018, bien que la question d'un report de l'âge de départ à la retraite se pose, au point de faire partir Force ouvrière des négociations avec le patronat et le gouvernement. Après des mois de concertation, les partenaires sociaux se sont vus présenter une quinzaine de "grands principes" du système "universel" voulu par le président de la République. Un système qui faisait déjà partie des idées de réformes du candidat Emmanuel Macron au moment de l'élection présidentielle de 2017. 


Le projet de loi est actuellement en discussion. Et le sujet est pour le moins sensible. En attendant de connaître les arbitrages qui seront rendus par l'exécutif, découvrez les arguments "pour" et "contre", avec, respectivement, Jean-Paul Delevoye, Haut-Commissaire à la réforme des retraites, et Danielle Simonnet, conseillère de Paris, "oratrice" nationale de la France Insoumise et co-coordinatrice du Parti de Gauche.

POUR - Jean-Paul Delevoye

Pour un système de retraite plus simple, plus juste, pour tousJean-Paul Delevoye, Haut-Commissaire à la réforme des retraites

Le système universel de retraite auquel nous travaillons sera un système en points où "1 euro cotisé vaut les mêmes droits" pour chaque Français. Il sera plus équitable et plus solidaire et permettra de tenir compte de l’évolution des parcours professionnels et du monde du travail. Il restera financé par répartition.


• Un système en points est plus lisible et transparent

Chaque activité, même réduite, sera prise en compte pour sa retraite. Les points seront enregistrés dans un compte personnel qui suivra chacun tout au long de son parcours professionnel.


• Un système en points est plus juste et équitable

La valeur du point sera la même pour tous les Français, quelle que soit leur profession : salariés du privé ou du public, fonctionnaires, travailleurs indépendants et professions libérales, agriculteurs.


• Un système en points valorise mieux le travail

Toute période travaillée – courte ou longue, continue ou fractionnée, à temps plein ou à temps partiel – augmentera mécaniquement la pension. Aujourd’hui, les petits boulots ne valident pas toujours des droits à retraite (si moins de 1 500 € de revenus par trimestre). Demain, ce sera corrigé.


• Un système en points ne pénalisera plus les carrières courtes

Aujourd’hui, il y a trois critères qui déterminent le montant d’une retraite : le salaire de référence - les 25 meilleurs années ou les 6 derniers mois en fonction de votre statut -, le taux de remplacement (qui diffère selon les régimes) et la durée de carrière. Aujourd’hui, le système en annuités exige une durée de carrière de 43 années (pour les générations à partir de 1973) pour partir "à taux plein", sans minoration de sa retraite. Par exemple, dans le système actuel, les femmes, qui interrompent plus souvent leurs carrières, sont 20% à attendre l’âge de 67 ans pour partir en retraite sans décote, contre 8% pour les hommes. Dans le futur système, la formule de calcul sera radicalement différente et ne pénalisera plus les carrières courtes, qu’elles soient le fait d’interruptions ou d’une entrée tardive sur le marché du travail.


• Un système en points sera bâti sur une solidarité renforcée

Le système universel comportera une part importante de solidarité : des points seront accordés pour compenser les périodes de chômage, de maladie ou d’invalidité, l’impact sur la carrière de l’arrivée et l’éducation d’un enfant, ou pour récompenser ceux ayant travaillé toute leur vie avec des revenus modestes.

CONTRE - Danielle Simonnet

Restaurons le droit à la retraite à 60 ans à taux plein !Danielle Simonnet, Conseillère de Paris, porte-parole de la France insoumise et co-coordinatrice du Parti de Gauche

En voulant imposer un système de retraites par points, Macron ne fait qu’exécuter une injonction de Bruxelles en matière de réformes structurelles. Les libéraux veulent nous faire croire que du fait de l’allongement de l’espérance de vie, on doit partir plus tard en retraite. Mais c’est parce qu’on a instauré un départ en retraite plus tôt à 60 ans que l’espérance de vie s’est allongée ! Arrêter un travail pénible permet de vivre plus longtemps.


La retraite par points, c’est au contraire la fin de l’âge légal de départ à la retraite et l’impossibilité de connaître à l’avance le montant de sa retraite. Il faut comprendre que chacun(e) va cumuler des points sur un compte virtuel qui seront transformés en pension au moment du départ en retraite par un coefficient de conversion. Autant dire que c’est un système totalement instable, dans lequel on sait combien on cotise mais absolument pas combien on percevra !


Le coefficient dépend de l’espérance de vie de la génération à laquelle on appartient et de la situation du marché du travail au moment du départ en retraite. Le résultat pour les générations à venir plus nombreuses sera une baisse du niveau des pensions ! C’est un système individualiste qui met fin aux mécanismes de solidarité actuels vis à vis de celles et ceux qui ont moins cotisé du fait de carrières incomplètes.


Les femmes en seront les grandes perdantes, d’autant que la pension de réversion du conjoint décédé sera supprimée. Il faut savoir que les 5% les plus riches vivent en moyenne 13 ans de plus que les 5% les plus pauvres. Un cadre a une espérance de vie en bonne santé de 10 ans de plus qu’un ouvrier. Les riches seront les grands gagnants de cette réforme injuste. Tout cela pour inciter à cotiser à des retraites par capitalisation auprès de fonds de pensions pour le bonheur des banques et des assurances !


Pour la France Insoumise, l’urgence est au contraire de restaurer le droit à la retraite à 60 ans et à taux plein, interdire les retraites en dessous du SMIC et revaloriser les minimum vieillesse. Une seule augmentation des salaires de 1% augmente de 2,5 milliards d'euros les cotisations sociales et la création de 100.000 emplois, de 1,3 milliards. Avec en plus une vraie politique d’égalité salariale femmes/hommes et la mise à contribution des revenus financiers des entreprises, on peut défendre et améliorer notre système de retraites par répartition !

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