Pourquoi Gérald Darmanin a-t-il décidé de dissoudre le groupe d'extrême droite Génération identitaire ?

Pourquoi Gérald Darmanin a-t-il décidé de dissoudre le groupe d'extrême droite Génération identitaire ?

SOCIÉTÉ - L'organisation islamophobe et anti-migrants a été dissoute ce mercredi en Conseil des ministres, après des années de polémiques. Retour sur les raisons formulées par le ministre de l'Intérieur.

Plusieurs fois menaçant, le couperet est finalement tombé. Mercredi 3 mars, le Conseil des ministres a décidé de dissoudre le groupuscule d'extrême droite Génération identitaire. L'organisation était connue pour ses actions coups de poing, volonté de mettre fin à l'immigration et de pointer du doigt l'islam. L'un comme l'autre représentaient pour ses membres "des menaces" qu'ils appelaient à combattre de façon violente. La procédure de dissolution avait été lancée mi-février par Gérald Darmanin, après une énième action, fin janvier, de l'organisation contre des migrants dans les Pyrénées. 

Lors d'un tweet publié ce mercredi, Gerald Darmanin a fait valoir que Génération identitaire "incit(ait) à la discrimination, à la haine et à la violence envers des individus en raison de leur origine, de leur race et de leur religion". Dans le décret de dissolution, il est noté que "plusieurs membres se réclamant de cette association sont à l'origine d'agissements ou de tentatives d'agissement violents à l'encontre d'étrangers, plus spécifiquement musulmans." Le ministre de l'Intérieur pointe du doigt les amalgames réalisés par l'association entre les musulmans et les migrants qu'elle compare à de la "racaille" ou à des "assassins". 

Le caractère d'une milice privée- Décret de dissolution

En dehors du fond, c'est la structure de l'organisation qui pose problème. "Par sa forme et son organisation militaires, Génération identitaire peut être regardée comme présentant le caractère d'une milice privée", y justifie Gerald Darmanin. Le ministère de l'Intérieur estime que l'association utilise une symbolique et une rhétorique martiales "l'identifiant implicitement ou explicitement à une formation paramilitaire". L'association utilise le "lambda" comme emblème, référence aux guerres spartiates ayant repoussé l'envahisseur perse. Par ailleurs, les membres de Génération identitaire défilent en costume lors leurs actions. 

Leur fréquentation et les soutiens ont aussi été signalés par le ministère de l'Intérieur. Le décret fait état des "liens avec des groupuscules d'ultradroite dont Génération identitaire reçoit un soutien logistique et qui défendent une idéologie appelant à la discrimination, à la violence ou à la haine au nom de théories racialistes ou suprémacistes".

Il y est encore noté que l'association a reçu des dons de Brenton Tarrent, le terroriste suprématiste se réclamant de la théorie complotiste et raciste du "grand remplacement", des mosquées de Christchurch (Nouvelle-Zélande) où il avait assassiné 51 personnes en mars 2019. Lors de son audition, en avril 2019, par la commission d'enquête parlementaire sur les groupuscules d'extrême droite, l'ancien directeur de Tracfin Bruno Dalles avait affirmé que Brenton Tarrant était "membre bienfaiteur" de GI.

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Selon le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, cette décision vise à mettre fin aux activités d'un groupe "qui avait depuis fort longtemps coupé les ponts avec la République". En rendant compte des travaux du Conseil des ministres, il a ajouté : "Génération identitaire ne défendait plus des idées, il était le bras armé de l'extrémisme et la xénophobie." 

À plusieurs reprises, l'organisation Génération identitaire avait défrayé la chronique à la suite de plusieurs actions très médiatisées. Son "acte fondateur" avait été l'occupation spectaculaire du toit d'une mosquée en construction à Poitiers en 2017, accompagnée de slogans hostiles aux musulmans. Cinq militants de GI ont été d'abord condamnés en 2017 mais relaxés en juin 2020 en appel pour ces faits, jugés prescrits. Au printemps 2018, il avait monté une vaste opération anti-migrants au col de l'Échelle, destinée à les empêcher d'atteindre la France. Insuffisant toutefois pour décider le ministre de l'Intérieur de l'époque, Gérard Collomb, à considérer leur dissolution

Cette dissolution acte-t-elle la fin du mouvement ? La question reste en suspens, puisque le mouvement était né, via Jeunesses identitaires, des cendres du groupuscule d'ultra-droite Unité radicale. C'est en son sein qu'on retrouvait Maxime Brunerie, celui-là même qui avait tenté d'assassiner Jacques Chirac en 2002. Et qu'on avait retrouvé dans la manifestation de soutien à Génération identitaire, samedi 20 février à Paris.

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