Pourquoi la nomination de la députée LREM Anissa Khedher à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN fait autant parler

Pourquoi la nomination de la députée LREM Anissa Khedher à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN fait autant parler

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BAD BUZZ- Anissa Khedher, élue députée LREM en juin dernier vient d’être choisie pour représenter la France à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Une nomination vivement critiquée et moquée par ses adversaires, à cause de la prétendue inexpérience de cette nouvelle élue sur les questions de défense mais également à cause de sa passivité à l’Assemblée. Si la députée est devenue la nouvelle bouc-émissaire des réseaux sociaux en quelques jours, la réalité est pourtant un peu plus complexe.

Elle fait partie des nouveaux visages que les Français ne connaissent pas encore bien.  Anissa Khedher, 37 ans, a fait ses premiers pas au palais Bourbon il y a deux mois, en même temps que tout un nouveau cortège issu de la société civile. Si quelques-uns de ses collègues n’ont pas tardé à se faire remarquer dans l’hémicycle, la nouvelle députée du Rhône est au contraire restée assez discrète pendant ces deux mois. 


Selon le site Nosdéputés.fr, la nouvelle élue ne serait jamais intervenue en commission, n’aurait effectué aucune prise de parole longue dans l’hémicycle, n’aurait proposé aucun amendement, n’aurait pas rédigé de rapport et n’aurait pas formulé de question écrite ni de question orale.


Un certain effacement, qui n’a pourtant pas empêché Anissa Khedher d’être choisie la semaine dernière pour faire partie de la délégation à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, une organisation interparlementaire chargée de discuter des problématiques de l’alliance atlantiste.

Si cette nomination a fait la joie de la principale intéressée, qui s’est déclarée sur Twitter "honorée et prête pour représenter notre pays", elle a aussi été vivement critiquée sur les réseaux sociaux. Depuis quelques jours, la députée est en effet la cible d’attaques violentes, dont certains aux relents parfois sexistes d’une partie de la fachosphère, mais également de certains élus, dont Thierry Mariani, ancien ministre des Transports.

Si beaucoup pointent le manque d’expérience sur les questions internationales de cette ancienne cadre hospitalière, d’autres s'inquiètent carrément de voir débarquer une néophyte à l’OTAN. 

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Une prestation télé ratée qu'elle traîne comme un boulet

Contactée par la rédaction de LCI, Anissa Khedher déplore être victime d'une "cabale" de la part de ses adversaires politiques. "J'ai candidaté à ce poste, j'ai été retenue [...] j'ai toujours été intéressée par les questions de défense, je suis très curieuse [...] je suis une bosseuse, je n'y vais pas les mains dans les poches", se défend l'élue, qui n'a eu pour expérience politique avant l'Assemblée que son mandat de conseillère municipale déléguée à la santé et au handicap à Bron.


"Il faut laisser du temps, il n'y a qu'une seule commission à laquelle je n'ai pas assisté", explique-t-elle pour justifier sa passivité à l'Assemblée. 

  

Derrière ces attaques, c'est surtout le souvenir d'une prestation ratée à la télévision en juin dernier sur TLM, une chaîne de télévision locale que l'élue traîne comme un boulet. Anissa Khedher, en pleine campagne pour le deuxième tour des législatives, débat le 15 juin dernier avec son opposant Alexandre Vincendet, le maire LR de Rillieux-la-Pape. La candidate apparaît très peu sûre d'elle, bafouillante, et montre d'importantes lacunes sur certains sujets. 


Cette prestation a été largement raillée sur les réseaux sociaux, mais Anissa Khedher a malgré tout été élue avec 50,60 % des voix quelques jours plus tard. La députée dit avoir fait un malaise le soir du débat pour justifier sa prestation ratée.

J'ai toujours été intéressée par les questions de Défense [...] je suis très curieuseAnissa Khedher

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L'Assemblée de l'OTAN, un forum de discussion plus qu'un organe de décision

Pour David Gayou, l'administrateur du site Regards citoyens, "avec un taux de renouvellement de l'Assemblée de 75 % aux dernières élections, parmi les nominations à ce genre de postes, il  y aura forcément de nouveaux débutants". Il faut aussi relativiser cette nomination qui n'est pas un poste de première importance comme "la présidence de l'Assemblée ou un poste de questeur."


"La nouvelle législature a débuté il y a à peine deux mois" et le groupe de la majorité a tendance "à resserrer la liberté d'action de ses parlementaires", tempère David Gayou en faisant allusion à la faible activité de la députée à l'Assemblée en commission.


La délégation de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, qui compte 18 membres titulaires parmi lesquels Jean-Christophe Lagarde, est une entité juridique qui n'a aucun lien avec l'organisation atlantiste. Elle est désignée par le parlement national. Chacun des 29 pays de l’alliance est représenté. Toutes les sensibilités politiques sont d'ailleurs censées y être représentées.


Pour Jenny Raflik, maîtresse de conférence à l'université de Cergy-Pontoise et spécialisée sur les questions de sécurité et de défense depuis le début de la guerre froide, "cette assemblée est davantage un forum de discussion et de rencontre". "Depuis sa création en pleine guerre froide, elle n'a jamais joué un rôle important" et "n'a pas de réel impact sur les grandes décisions".

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