Pourquoi Laurent Wauquiez a renoncé à subventionner l'ONG SOS Chrétiens d'Orient ?

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A LA LOUPE - Pour la deuxième fois en l'espace de quelques mois, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes a tenté de faire voter une subvention de 22.000 euros à l'ONG SOS Chrétiens d'Orient, proche de la mouvance d'extrême droite. La décision a été annulée ce mardi.

Les mots sont cinglants : "Ceux qui en doutaient seront déçus : Laurent Wauquiez n'a pas changé de ligne en démissionnant de la présidence de LR et en 'se retirant sur ses terres' comme aime à le souligner la presse. Visiblement, il s'agit toujours de faire de la région un laboratoire politique d'une droite dure et identitaire".  Dans leur communiqué publié ce lundi, les élus socialistes de la région Auvergne Rhône Alpes tirent à boulets rouges sur le président de la région.  Ils lui reprochent de vouloir financer à hauteur de 22.000 euros, SOS Chrétiens d'Orient, une ONG proche de l'extrême droite, critiquée par l'Eglise de France elle-même. Cette subvention apparaissait en effet  à l'ordre du jour de la prochaine commission permanente, prévue le 19 septembre. Mais ce mardi, rétropédalage de la collectivité : Laurent Wauquiez renonce finalement à cette subvention. Retour sur ce couac de rentrée.

Une subvention déjà retirée en juin

Contacté par LCI, Slim Mazni nous explique que ce n'est pas la première fois que M. Wauquiez propose de subventionner SOS Chrétiens d'orient. "En juin dernier, une subvention de 22.000 euros avait été inscrite à l'ordre du jour de la commission permanente - qui se tient en huit clos -, nous raconte le secrétaire général du groupe Socialiste et Démocrate de la région. Cette ONG a un réseau proche de l'extrême droite, nous avons donc contesté cette subvention." A l'époque, cette dernière est retirée in extremis.  

Ce premier rétropédalage n'empêche pas la mise à l'ordre du jour d'une nouvelle subvention à la rentrée. "Nous avons découvert qu'elle était inscrite à l'ordre du jour de la commission permanente du 19 septembre. Il s'agissait du même rapport, au mot près. Evidemment on la reconteste", lâche Slim Mazni. Et l'opposition socialiste, soutenue par les écologistes, le fait savoir bruyamment dans les médias locaux.

L'équipe de M. Wauquiez décide de répondre à travers un communiqué de presse : "la Région assume parfaitement de défendre les Chrétiens d’Orient et les minorités en danger en Irak. Elle l’a fait avec énormément d’associations", indique-t-elle. Elle apporte alors un élément nouveau : "Nous avons sollicité l’Ambassade de France en Irak qui nous a indiqué que cette association bénéficiait au titre d’ONG française d’un suivi par l’ambassade (contacts, points de  situation, invitation aux réunions collectives…) et que (…) cette  structure figure par ailleurs sur la liste des associations partenaires de la défense. Nous avons également sollicité le ministère des Affaires étrangères pour qu’il n’y ait pas de place à la moindre polémique. Il n’y aura de décision finale d’attribution qu’à condition  que le ministère des Affaires étrangères  nous confirme la qualité du travail qui est fait. Et jusque-là aucune décision ne sera prise."

Les réserves de l'ambassade de France sur cette association

Ce mardi coup de théâtre. L'équipe de Laurent Wauquiez retire finalement la subvention. L'Ambassade de France "nous a fait savoir ce jour que cette association n’était pas soutenue financièrement par le ministère des Affaires étrangères et qu’elle émettait des réserves sur l’efficacité de son action", indique-t-elle. Le cabinet ne fait plus ici référence à une "association partenaire de la défense" comme avancé la veille, mais nous explique que l'ONG est "référencée par le ministère de la Défense". Contacté, le quai d'Orsay n'a - à l'heure de la publication de cet article - pas répondu à nos sollicitations sur ce point.

"Il n'y a pas un mot dans le rapport sur cette sollicitation de l'ambassade", s'étonne Slim Mazni. Le groupe Socialiste et Démocrate dénonce même "les mensonges de l'entourage de Laurent Wauquiez". Le président de la région a-t-il tenté un coup de bluff ? A-t-il contacté l'ambassade et le quai d'Orsay en dernier recours pour faire face à la (nouvelle) polémique ?

Son cabinet dément. "Cette association s’est prévalue devant la Région de son statut de partenaire de la défense nationale qui lui a été reconnu par le ministère de la Défense. C’est donc de bonne foi que la Région avait envisagé de les soutenir, avance-t-on. Or, il est apparu à l’été que cette association avait eu des liens politiques avec des personnalités extrémistes issues de mouvements identitaires. Les services de la Région avaient donc demandé avant la présentation du rapport en commission permanente des renseignements supplémentaires auprès de l’ambassade de France en Irak."

Les premiers échanges avec l'ambassade ont été entamés "il y a plusieurs semaines", nous assure-t-on. "Nous n'avons par ailleurs pas eu de retour du Ministère des Affaires Etrangères".  L'ambassade n'aurait livré les derniers éléments, critiques, que ce mardi.

L'équipe de Laurent Wauquiez dénonce une polémique créé de toute pièce par l'opposition "pour faire le buzz à la rentrée". Et avance le nombre de 500.000 euros consacrés chaque année aux populations chrétiennes et yézidies d'Irak depuis 2018.

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