Pourquoi le patron du Medef renie sa promesse de créer un million d'emplois

Politique

CHÔMAGE – Annoncé le 31 décembre 2013, le Pacte de responsabilité tarde à produire ses effets. Gouvernement et patrons se renvoient la responsabilité de cet échec.

Pierre Gattaz aurait-il la mémoire courte ? Invité ce dimanche du Supplément sur Canal +, le président du Medef a assuré qu'il n'avait "jamais promis" de créer un million d'emplois dans le cadre du pacte de compétitivité, signé avec le gouvernement en mars 2014. Une déclaration d'autant plus surprenante que, sur ce même plateau, le patron des patrons arborait au revers de sa veste son fameux pin's siglé "un million d'emplois"... Référence à ce qu'il écrivait en octobre 2013 aux membres de son organisation : "L'ambition que nous vous proposons, c'est de créer un million d'emplois en cinq ans".

Le Medef met des conditions

En fait, si Pierre Gattaz avait effectivement évoqué cet objectif à terme, c'était en échange de contreparties importantes. Dans une interview accordée début mars, il se justifiait en assurant : "Nous sommes capables de créer ces emplois si l'on lève les freins à l'embauche, si l'on regarde les choses avec courage". En clair, le président du Medef demande non seulement des baisses de charges, mais aussi des simplifications des règles dans les entreprises.

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Mais avant d'aller plus loin dans le sens du Medef, le gouvernement aimerait s'assurer que celui-ci respecte sa part du pacte de responsabilité. Et, à en croire Manuel Valls, "le compte n'y est pas". Du côté de l'exécutif, on regrette en effet que de nombreuses branches n'aient pas encore signé d'accord sur les contreparties en matière d'emploi : sur les 50 principales, qui regroupent 11,4 des 18 millions de salariés, seules 10 se sont en effet engagées.

"On commence à toucher quelques milliards"

Mais pour la principale organisation patronale, c'est au contraire la lenteur de la majorité à mettre en œuvre ses engagements qui explique les retards pris. Sur les 40 milliards d'allégements promis aux entreprises, une part non négligeable n'est toujours pas en vigueur. Les cotisations familiales patronales ne seront réduites qu'à compter de 2016, tout comme la cotisation exceptionnelle sur l'impôt sur les sociétés, qui ne doit disparaître que l'an prochain. L'impôt sur les sociétés, lui, ne devrait pas baisser avant 2017. "On commence à toucher quelques milliards (…). L'emploi, ça va venir progressivement", pronostiquait récemment Pierre Gattaz.

Un avis que partagent les membres de l'association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH). Selon une étude récente, à peine un tiers d'entre eux estiment en effet que les mesures prises pour l'instant ont entraîné des baisses de charges significatives, préalable indispensable pour envisager de leur point de vue d'engager de nouveaux salariés.

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