Pourquoi Royal refuse de s'attaquer au diesel

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ECOLOGIE – La ministre de l'Ecologie a opposé ce jeudi une fin de non-recevoir à la proposition d'une commission sénatoriale d'aligner la fiscalité du diesel sur celle de l'essence d'ici à 2020. C'est que derrière la question de santé publique se cache aussi un épineux dossier économique et social...

C'est un serpent de mer de l'écologie en France : comment tourner la page du diesel ? Alors que le gazole représente plus de 80% des carburants vendus en France, tous les rapports sanitaires disent qu'il est un danger public. La faute aux particules fines qu'il émet : en tout, l'OMS estime que celles-ci sont responsables de 42.000 morts par an en France. Et depuis deux ans, les gaz d'échappement des moteurs diesel ont en particulier été classés "cancérogènes certains" pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

C'est pourquoi dans son rapport sur la pollution de l'air - dont elle estime le coût annuel pour le pays à plus de 100 milliards d'euros -, une commission d'enquête du Sénat a notamment proposé mercredi d'augmenter la fiscalité du diesel, en l'alignant progressivement jusqu'en 2020 sur celle de l'essence. Le secteur des transports représente en effet, selon ce rapport, 59% des émissions d'oxydes d'azote et entre 16 et 19% des émissions de particules fines. Mais si elle a réagi en promettant d'annoncer "la semaine prochaine" des "mesures extrêmement fermes" de lutte contre la pollution de l'air, la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, n'a pas retenu cette proposition des sénateurs. Qui serait pourtant une aubaine pour le budget de l'Etat, auquel l'exception fiscale française sur les carburants (en 2015, un litre de gazole est taxé 47 centimes, contre 62 centimes pour l'essence) coûte près de 7 milliards d'euros par an, a déjà calculé la Cour des comptes.

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"A terme l'alignement est souhaitable"

Alors dans ces conditions, pourquoi s'accrocher au gazole ? C'est qu'il est historiquement une vache sacrée en France. A l'origine, le différentiel de taxation avait en effet été pensé pour favoriser le transport routier dans l'Hexagone. Par la suite, l'industrie automobile nationale s'est engouffrée dans la brèche (PSA et Renault en tête), investissant en masse dans le développement des moteurs diesel. Aujourd'hui, ceux-ci équipent 61% du parc automobile français. Et même si les ventes de véhicules diesel reculent depuis 2013, elles pesaient toujours 58,7% du total en juin dernier. Remettre en cause le diesel, c'est donc fragiliser deux secteurs économiques déjà en crise : le transport routier et l'industrie automobile. C'est aussi taper au porte-monnaie des automobilistes, alors que François Hollande a de nouveau promis mardi qu'il n'y aurait il n'y aurait pas de hausse "de quelque impôt que ce soit".

Pour autant, lors de la Conférence environnementale de décembre dernier, Manuel Valls avait affirmé sa volonté de "revenir progressivement" sur la priorité donnée au diesel. "A terme l'alignement est souhaitable", a encore précisé ce jeudi Ségolène Royal. Mais dès sa prise de fonction au printemps 2014, la ministre de l'Ecologie avait donné la priorité au "respect du pouvoir d’achat des gens" : "Quand on a encouragé pendant des années le diesel, quand on a des millions de familles qui roulent au diesel, des millions de travailleurs qui vont au travail avec leurs voitures diesel, ce n'est pas du jour au lendemain qu'on peut les punir parce qu'ils ont fait ces choix et qu'ils n'ont pas d'argent pour remplacer leurs voitures".

La ministre parie donc sur une autre stratégie, qu'elle a rappelée ce jeudi matin sur BFMTV : plutôt que d'augmenter les taxes, elle souhaite "donner envie d'agir". Pour cela, le gouvernement a déjà annoncé des mesures, comme un système vignettes de couleur à partir de janvier prochain pour favoriser les véhicules moins polluants en leur offrant des avantages pour l'accès ou la circulation en centre ville. Ainsi qu'un bonus de 10.000 euros, depuis avril, pour l'achat d'une voiture électrique en remplacement d'une voiture diesel datant d'avant 2001. Mais la route est longue pour y parvenir:si les ventes de voitures électriques ont doublé en un an, elles ne représentaient toujours en juin que 0,8% du marché.

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