Présidence de l'UMP : Bruno Le Maire ira "jusqu'au bout"

Présidence de l'UMP : Bruno Le Maire ira "jusqu'au bout"

INTERVIEW - Candidat à la présidence de l'UMP pour octobre, l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy était mardi matin "L'invité des Indés Radios / Metronews / LCI".

Jean-Pierre Raffarin s'est exprimé ce matin en déclarant que les députés UMP allaient voter contre la réforme de la SNCF. Ce sera votre cas ?
Oui, je voterai contre. C'est une réforme à la François Hollande : elle rajoute de la complexité à la complexité, personne n'y comprend rien, et on ne sait absolument pas ce qu'il en résultera. En rassemblant SNCF et RFF, cette réforme crée un monstre juridique , dont on ne sait pas vraiment quelles seront les responsabilités. Elle ne permet pas non plus de faire baisser la dette de l'entreprise, seulement de la stabiliser. Enfin, c'est une réforme qui ne prépare pas à l'ouverture à la concurrence. La concurrence, j'y crois, c'est la meilleure façon pour le client d'avoir un meilleur service, des trains plus réguliers et plus confortables, cela pour un coût le plus limité possible.

Je note sur cette réforme qu'il y a une grande disparition : où est passée Mme Royal ? Elle est responsable du dossier, puisque c'est elle qui a la tutelle des transports. Elle est aujourd'hui le n°2 du gouvernement, qu'elle assume ses responsabilités. On est dans une crise grave qui met sens dessus dessous la vie des Français, et la n°2 du gouvernement ne sort pas du bois. Quand fera-t-elle un petit effort pour essayer de régler ce dossier ?

Alors CGT, UMP, même combat ?
Si je suis contre la réforme, je reste pour autant ferme vis-à-vis des grévistes. Les clients de la SNCF ne peuvent pas comprendre que, jour après jour, ils doivent attendre les trains, vivre dans l'inquiétude et voyager dans la pagaille. Regardez les conditions dans lesquelles des milliers de jeunes ont passé le bac lundi.

Autre chose, on nous dit que cette réforme est formidable car elle ne touche pas au statut des cheminots. Moi, je souhaite que l'on touche au statut des cheminots. Je ne vois pas au nom de quoi un certain nombre de salariés de la SNCF auraient droit à un départ anticipé, à un certain nombre d'avantages matériels. Je pense que les autres salariés français ne peuvent pas comprendre ça. La France a besoin d'équité entre ses salariés, d'avoir le sentiment que chacun est traité de la même manière.

Êtes-vous d'accord avec le gouvernement, qui souhaite valider l'accord signé en mars dernier entre le patronat et trois syndicats sur l'indemnisation des intermittents ?
Je pense que cette réforme sera le révélateur du courage – ou de l'absence de courage – de l'exécutif. Ce que je ne comprend pas, c'est qu'une signature, ça prend trois secondes, alors que la contestation dure depuis trois semaines . Ce texte prévoit un délai de carence pour les intermittents du spectacle au chômage, comme pour tous les salariés de France. Là encore, c'est une question d'équité. Le gouvernement doit signer rapidement, pour qu'on tourne la page.

Le gouvernement doit se pencher mercredi, en conseil des ministres, sur la réforme territoriale. Seriez-vous prêt à soutenir ce projet ?
Cette réforme est incompréhensible pour les Français. Pensez aux habitants de Chartres, avec leur identité, leur culture, à qui on dit du jour au lendemain qu'ils vont appartenir à la même région que La Rochelle. J'aime beaucoup La Rochelle, mais ce n'est pas vraiment la même culture.

Si au moins, cela permettait de faire des milliards d'euros d'économies et simplifiait l'organisation administrative du pays, je dirais pourquoi pas ? Mais ce n'est même pas le cas. On ne sait pas comment seront réparties les compétences entre les échelons territoriaux et la disparition des conseils généraux est reportée à 2022. Au bout du compte, c'est une réforme qui touche à l'identité des territoires, qui ne résout aucun des problèmes d'organisation administrative du pays et qui ne permet même pas de faire des économies. C'est une réforme qui est faite à moitié, qui ne va pas au bout de sa logique. Pour moi, ce sera donc non.

Quand Manuel Valls déclare qu'il souhaite détricoter la loi Alur de Cécile Duflot, est-ce qu'il va dans votre sens ?
Que Manuel Valls reconnaisse ses erreurs, c'est une bonne chose. Ce projet du gouvernement, qui n'avait pas de mots assez élogieux pour le défendre, a abouti à ce que plus aucun propriétaire ne veuille mettre son logement sur le marché. C'est quelque chose que nous, dans l'opposition, avions dit à maintes reprises. Ce qui m'inquiète, c'est que depuis le début du quinquennat, on tourne en rond : on crée une loi, puis on la défait, puis on en crée une autre, et ainsi de suite.

D'après un sondage récent LCI / Metronews , 33 % Français estiment que c'est le FN qui s'oppose le mieux au gouvernement, contre 14 % seulement pour l'UMP. Qu'en pensez-vous ?
C'est le signe qu'ill nous faut être encore plus fermes, encore plus déterminés, encore plus clairs dans nos propositions. Nous devons faire plus pour parler d'une voix forte et unie. La situation en France est particulièrement préoccupante : on a un PS qui est mort, une UMP qui est convalescente et, pendant ce temps, c'est le Front National qui tire les marrons du feu. Cela m'inquiète pour mon pays, et c'est pour cela que je veux prendre la tête de l'UMP, qui reste la seule force d'opposition crédible.

Pensez-vous que l'UMP peut mourir ?
Le boulet de l'affaire Bygmalion est passé près . Nous ne sommes pas encore tout à fait en état de marche, mais notre responsabilité est écrasante, parce qu'il n'y a plus de Parti socialiste, que la majorité est en lambeaux et que le président de la République n'a plus aucun cap. Et celle qui se tient en embuscade, c'est Marine Le Pen. Je ne souhaite pas pour mon pays le traitement que préconise Mme Le Pen.

65 % des Français pensent que l'UMP devrait disparaître dans sa forme actuelle . Pourriez-vous être le président d'un parti transitoire, qui mènerait vers autre chose ?
Le jour où les grands partis de gouvernement disparaissent, que met-on à la place ? Pensez-vous qu'on verra émerger spontanément de nouvelles grandes formations de gauche ou de droite ? Je n'y crois pas. Si nous optons pour la disparition de l'UMP pour fonder autre chose, c'est le Front National qui en profitera. Il nous reste trois ans avant les grandes échéances électorales. La priorité absolue doit être de redresser le parti.

Je souhaite que l'on propose des lignes claires pour l'UMP. Je veux une famille politique qui défend un Etat régalien fort, de la sécurité, de la justice du respect des règles. Je veux des entreprises qui soient libre, parce que seules des entreprises libres permettront de créer des emplois en nombre suffisant en France. Qu'on en finisse avec les seuils sociaux, qu'on en finisse avec le droit du travail pléthorique, et qu'on prenne à bras le corps la refonte de notre système éducatif.

Si Nicolas Sarkozy se déclare candidat à la présidence de l'UMP, maintiendrez-vous votre candidature?
Rien ne m'arrêtera. J'estime que la meilleure solution, pour notre famille politique, c'est de tourner la page, de montrer qu'il y a un renouveau au sein de l'UMP. J'irai jusqu'au bout, quoi qu'il arrive et quels que soient les candidats en face. Je sais que les militants veulent ce renouveau, j'entends le porter jusqu'au bout.

Xavier Bertrand propose de tourner la page de 2012, en demandant à ceux qui vont être entendus dans le cadre de l'enquête sur l'affaire Bygmalion et le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy de se mettre à l'écart. Qu'en pensez-vous ?
Pour moi, le renouveau, ce doit être le renouveau dans les pratiques politiques. C'est s'appliquer à soi-même les efforts qu'on demande aux français. C'est dire qu'on est contre le cumul des mandats. Je me le suis appliqué : je suis l'un des rares au sein de l'UMP à ne pas cumuler un mandat de maire et de député. C'est aussi être capable de limiter le nombre de mandats dans le temps. Je suis l'un des rares à avoir déclaré que je ne ferais pas plus de trois mandats, pour faire de la place aux jeunes. C'est dire aussi qu'on va réduire le nombre de parlementaires, de 577 à 400. On ne peut pas dire aux entreprises qu'elles doivent travailler plus avec moins de moyen tandis qu'on augmenterait le nombre de représentants à l'Assemblée nationale.

L'affaire Bygmalion a sérieusement entaché l'image de l'UMP, que feriez-vous pour que ça ne se reproduise pas ?
Le minimum syndical, c'est la transparence régulière, c'est fournir les comptes aux militants, leur expliquer à quoi servent leurs cotisations, quelle part va à la communication, aux transports, aux meetings, etc. Aujourd'hui, les militants n'en sont pas informés. Vous trouvez ça normal ?

François Hollande a proposé de nommer Jacques Toubon au poste de défenseur des droits. Beaucoup de socialistes lui reprochent des positions extrêmement dures sur l'homosexualité. Avez-vous, vous aussi, des réserves sur cette nomination ?
Jacques Toubon ferait un formidable défenseur des droits. Il a beaucoup évolué sur tous ces sujets. C'est un mauvais procès que lui font aujourd'hui une partie de la gauche et du PS. C'est un authentique républicain, attaché à la défense des plus faibles. S'il est nommé défenseur des droits, ce sera une bonne décision.

Pensez-vous que la France à un rôle à particulier à jouer au Moyen-Orient ?
En janvier 2003, j'ai participé à une réunion sur le terrorisme à l'ONU à New York, en compagnie de Dominique de Villepin et Colin Powell. Dominique de Villepin avait déclaré : "Si vous attaquez l'Irak et si vous renversez le régime de Saddam Hussein, vous aurez dans un premier temps la partition de l'Irak et dans un deuxième temps, les islamistes au pouvoir. Dix ans plus tard, c'est ce qui est en train de se produire. Nous avons à intervenir sur tout les sujets qui touchent le monde arabe.

Sur le nucléaire, je propose que nous nous rapprochions de l'Iran, qui peut être un pôle de stabilité. Je ne méconnais pas le régime iranien, je sais parfaitement quels peuvent être ses comportements, ses intentions dans le nucléaire, mais nous avons à dialoguer avec l'Iran. Je souhaite que, sur la question irakienne comme sur la question palestinienne, la diplomatie française prenne des initiatives.

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