Présidentielle 2017 : la France "championne d’Europe" de l’extrême-droite ?

Politique
POPULISME – En recensant les scores des partis d’extrême-droite ou de droite radicale à travers l’Europe, il apparaît que la France est le deuxième pays où ces mouvements prospèrent le plus. Un niveau que Marine Le Pen et le Front National pourraient confirmer, voire conforter, lors de l’élection présidentielle. De là à faire de l’Hexagone le "champion" du nationalisme continental ? Analyse avec le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de ces mouvements sur le Vieux continent.

Le concours n’a rien de reluisant, mais la France pourrait bien en devenir la championne d’Europe. Dans le "match" qui oppose les partis d’extrême-droite à travers le Vieux continent, l’Hexagone apparaît en effet comme le deuxième des 28 pays de l’Union européenne (UE), derrière l’Autriche, où ces mouvements prospèrent le plus (voir la carte ci-dessous à l'heure actuelle, en se basant sur les résultats des dernières élections nationales de chaque pays (élections au mode de scrutin différents). Et alors que le scrutin présidentiel du 23 avril prochain approche à grand pas, Marine Le Pen et le Front National (FN) devraient sans nul doute confirmer si ce n’est conforter ce niveau. 


Un enjeu de taille, tant sur le plan continental que national, puisque, outre la possibilité d’être élue ou de battre le record de voix des régionales de 2015, la candidate de 48 ans pourrait renforcer sa position de leader de l’extrême-droite – terme qu’elle réfute d’ailleurs – et de la droite nationaliste européenne, face au Néerlandais Geert Wilders et son Parti pour la liberté (PVV) ou à l’Allemande Frauke Petry et son Alternative pour l’Allemagne (AfD) par exemple. Plus encore, d’ailleurs, depuis le relatif échec du PVV aux législatives du 15 mars dernier aux Pays-Bas, lors desquels son leader peroxydé n’a pas su obtenir un score suffisant pour espérer gouverner. 

Le FN, un parti symbolique pour les droites nationalistes

C’est donc bien le FN qui se révèle comme fer de lance du nationalisme européen. Un rôle moteur qui ne date pas d’hier, comme nous l’explique le politologue Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’Institut de recherches internationales et stratégiques (Iris) et auteur d'un récent "Les droites extrêmes en Europe" (co-écrit avec Nicolas Lebourg, Editions du Seuil). Même si, insiste-t-il justement, les partis d’extrême-droite de chaque pays sont "consignés par le mode de scrutin", dont dépend fortement leur score. "Les systèmes politiques et institutionnels ont une grande importance dans la visibilité des partis d’extrême-droite", martèle le spécialiste.  


"La France reste néanmoins l’un des pays phares en Europe, puisque c’est là où un parti national-populiste est implanté depuis le plus longtemps", souligne-t-il. "Le FN et Jean-Marie Le Pen étaient déjà la figure de proue des différents groupes qui s’étaient constitués au Parlement européen dans les années 90. Ils y sont entrés en 1984 et, depuis cette date-là, ont toujours été plus ou moins en position symbolique. C’est-à-dire que le FN était le parti le plus ancien à avoir eu un tel succès électoral et une telle force de représentation pendant une durée aussi longue. Sans parler, évidemment, du 'charisme' de Jean-Marie Le Pen", poursuit Jean-Yves Camus. 

Des mutations depuis l'ère Marine Le Pen

Déjà leader continental depuis plus d'une vingtaine d’années, le FN n’en bénéficie pas moins d’une "dynamique Marine Le Pen", qui, aussi bien au niveau français qu’européen, a permis de dédiaboliser son mouvement – ce qui ne l’empêche pas de retrouver parfois ses vieux travers, comme l’a montré le scandale suscité par ses propos sur le Vel d’Hiv – tout en passant de nouvelles alliances. "Au Parlement européen, Marine Le Pen a été capable d’attirer de nouveaux alliés dans le groupe qu'elle co-préside (Europe des nations et des libertés, ndlr) avec notamment la Ligue du Nord italienne de Matteo Salvini ou l’Alternative pour l’Allemagne de Frauke Petry (…) alors que, dans la première phase de son existence, l’AfD se disait totalement opposée à une quelconque alliance avec le Front national," précise Jean-Yves Camus. 

Politique, cette dynamique est également comptable. Preuve en est l’évolution du score de la formation frontiste lors des différentes élections organisées depuis dix ans (voir le graphique ci-dessus). Un score passé, à titre d’exemple, de 3,8 millions de voix lors de la présidentielle de 2007 à 6,4 millions lors de la dernière élection suprême en 2012, et même 6,8 millions lors du second tour des régionales en 2015. Si l’on en croit les récentes enquêtes d’opinion, la candidate pourrait d’ailleurs dépasser assez nettement les 8 millions de voix lors du scrutin du 23 avril. Et, peut-être, faire de la France la championne d'Europe de l'extrême-droite.

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