Présidentielle 2017 : Montebourg–Hamon, le match de "l’autre" gauche socialiste est lancé

Politique
ALTERNATIVE – En se déclarant candidat à la primaire de la gauche dès mardi soir, Benoit Hamon avait grillé la politesse à Arnaud Montebourg. Celui-ci lui a emboîté le pas dimanche en officialisant sa candidature à la présidentielle, sans préciser toutefois s'il participerait lui aussi au scrutin lancé par le PS. Au sein du camp socialiste, les deux ex-ministres s’apprêtent à attaquer de front François Hollande. Unis ou rivaux ? Quelles sont les relations entre ces hommes ? Que partagent-ils vraiment ? Metronews fait le point.

Ils ne seront pas les seuls à défier François Hollande. Mais à cinq mois de la primaire en vue de la présidentielle, et en attendant la décision du chef de l'Etat de se représenter ou pas, Arnaud Montebourg et Benoit Hamon sont les têtes d’affiche de cette rentrée politique, et du match de l’autre PS, cette "aile gauche" anti-Manuel Valls qui a ferraillé tour à tour contre la loi Macron , la déchéance de nationalité et plus récemment la loi Travail . Les deux hommes, unis dans leur critique du gouvernement, pourraient se retrouver rivaux… à moins qu’ils ne parviennent à conjuguer leurs (grandes) ambitions personnelles.

 Pas alliés, mais pas ennemis
Lors de la primaire socialiste de 2011, les deux hommes n’étaient pas dans le même camp. Benoit Hamon avait pris position pour Martine Aubry. Arnaud Montebourg, ancien porte-parole de campagne de Ségolène Royal en 2007, avait défendu sa propre candidature, avant de rallier François Hollande au second tour. Pour autant, les deux responsables du PS ne se sont jamais affrontés publiquement. Au contraire : les deux ministres de François Hollande ont précipité leur démission de concert, en août 2014 , en dénonçant les orientations "libérales" du gouvernement de Manuel Valls, qu'ils avaient pourtant aidés, quelques mois plus tôt, à accéder à Matignon.

Lors du débat sur la loi Travail, au printemps, les soutiens parlementaires des deux hommes ont brandi ensemble (et contre l'avis des partisans de Martine Aubry) la menace d’une motion de censure contre le gouvernement.

 Deux pieds dedans pour l’un, un pied dehors pour l’autre
Les deux ex-ministres ont toutefois des stratégies radicalement différentes. Benoit Hamon, moins médiatique que son rival, est un homme d’appareil. L’ancien président des MJS et conseiller de Lionel Jospin, proche de longue date de Martine Aubry, a été le porte-parole du PS. Son ambition est "d’ouvrir un débat très large"au-delà du camp socialiste, et de "rassembler toutes les gauches" en "construisant des ponts" avec les anciens alliés écologistes et Front de gauche, a-t-il développé mercredi.

Arnaud Montebourg, adepte des coups d’éclats – il mettait encore en scène son ascension du Mont Beuvray en mai dernier –, a toujours maintenu une distance raisonnable vis-à-vis du parti. L’ancien avocat est d'ailleurs revenu à la sphère privée après son départ du ministère de l’Economie en 2014, embauché au sein du groupe Habitat jusqu’en juillet 2016. Durant cette période, il s’est astreint à un relatif silence médiatique, ponctué de sorties fracassantes, comme l’invitation de l’ex-ministre des Finances grec Yanis Varoufakis à Frangy-en-Bresse il y a un an.

 Deux approches différentes du socialisme
"On connaît suffisamment les protagonistes pour savoir qu’aucun gouffre ne les sépare", assurait mercredi au Parisien Christian Paul, chef de file des députés "frondeurs". Pourtant, les deux concurrents de François Hollande ne partagent pas exactement la même vision. Benoit Hamon, proche des mouvements sociaux, est un authentique représentant de l’aile gauche du PS. Jugeant que la question sociale "a été abandonnée" sous ce quinquennat et doit primer, il propose notamment d'abroger la loi Travail, d’instaurer "un revenu universel" et de concentrer les efforts sur les classes populaires.

Arnaud Montebourg, opposé au tournant "social-libéral" de François Hollande et réclamant, lui aussi, la fin des politiques "d’austérité", place avant tout son combat sur le terrain économique. Son credo : la réindustrialisation, et la promotion d’un certain protectionnisme, quitte à enfreindre les règles d’une Union européenne qu’il dénonce, pour relancer l'économie française. Son positionnement, moins à gauche que celui de Benoit Hamon, est illustré par exemple par son combat en commun avec le député UDI Yves Jégo pour promouvoir le "made in France". Toutefois, une priorité unit déjà les deux hommes : la réforme des institutions avec le passage à une VIe République. 

 Synthèse possible ?
Les deux socialistes iront-ils jusqu’à l’affrontement ? Dès mardi, sur France 2, Benoit Hamon n’écartait l’idée d’un rassemblement... tout en proposant à son rival de rejoindre ses troupes. Arnaud Montebourg, lui, a officialisé sa candidature à la présidentielle , dimanche lors de la Fête de la rose, sans préciser s'il se plierait au jeu de la primaire de gauche. Les deux possibles concurrents se rencontreront enfin à La Rochelle le 10 septembre. Le temps, de chaque côté, de compter les soutiens.

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