Qui sont les mystérieuses "plumes" d’Emmanuel Macron ?

POLITIQUE – Les discours d’Emmanuel Macron, du tout début de la campagne jusqu’aux soirs des premier et second tours de la présidentielle, ont souvent suscité des critiques. À qui la faute exactement ?

La vague de critiques a trouvé son apogée le 24 avril, au lendemain des résultats du premier tour de l’élection présidentielle. "Qu’on présente d’urgence des auteurs à notre fringant candidat. Il mérite de meilleurs textes. La République aussi. Au-delà des longueurs et de l’inouïe faiblesse du style, son discours d’hier soir était indigne du moment, (…) d’une choquante frivolité face à la gravité de l’enjeu", a asséné Nicolas Bedos au sujet du discours de victoire d’Emmanuel Macron. Puis l’humoriste de conclure : "Pour les plumes orphelines qui seraient intéressées, déposez votre CV…" Dans le documentaire "Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire", diffusé lundi soir sur TF1, l’intéressé lui-même semble d’ailleurs reconnaître s’être raté sur l’un de ses discours. Sans que l’on sache exactement qui les lui écrits…

Emmanuel Macron en plein discours : "On m'a préparé un texte illisible"

Dans l’équipe resserrée qui constitue sa garde rapprochée depuis le début de la campagne, un homme a pour fonction attitrée de rédiger ces discours : Quentin Lafay, 27 ans, diplômé de Sciences Po et passé par l'Ecole normale supérieure (ENS), qui a accessoirement publié mi-avril un premier roman, "La place forte" (ed. Gallimard), racontant l’histoire… d’un ministre des Finances qui quitte son poste au bout de six jours. Il planchait déjà sur les discours d’Emmanuel Macron quand celui-ci était à Bercy. Des textes alors "très techniques", mais surtout très différents des discours de campagne qu’il a ensuite rédigés pour le futur Président de la République, comme il le confiait à Paris-Match le 13 avril :"J’aborde des sujets que je connais moins, et ce sont des récits plus que des sommes de mesures. Je fais davantage de recherches historiques et philosophiques."

Sauf que, dans les faits, Quentin Lafay n’est jamais seul. "C’est un exercice éminemment collectif", affirme-t-il. Cela commence à chaque fois par une table ronde, autour de laquelle siègent Emmanuel Macron lui-même, son conseiller stratégie Ismaël Emélien, ses responsables de la communication Sylvain Fort et Sibeth Ndiaye, ses conseillers politiques Benjamin Griveaux et Stéphane Séjourné, et Jean Pisani-Ferry, coordinateur de son programme. Chacun fournit des éléments, et le rôle de Quentin Lafay est de les synthétiser. Cela a pu donner, par exemple, la drôle de scène du 17 avril. Ce jour-là, le candidat d’"En Marche !" déclame un discours sur la gouvernance des universités et s’interrompt en plein milieu pour lâcher cet aveu confondant : "Je vous lis ce qu'on a m'a mis... Initialement je n'ai pas compris cette phrase. (…) On m’a préparé un texte illisible."

Ainsi, pour l’historien Jean Garrigues, interrogé à ce sujet par Le Monde, "le discours macronien est fondamentalement un mélange apparemment contradictoire de mythologie messianique et de démocratie participative, entre de Gaulle et Ségolène Royal"… Cette vaste confusion vient également du fait qu’Emmanuel Macron s’est progressivement mis à s’approprier la rédaction de ses discours, dans une volonté de contrôle absolu devenue problématique pour son entourage, y compris pour son épouse Brigitte, qui effectue de nombreuses retouches. "Pour les discours importants, c'est lui qui tient la plume. Il y a beaucoup d'allers et retours avant la version finale", commente Quentin Lafay, sans oser dire "trop d’allers-retours".

27 versions du même discours

Le 12 février, le JDD révélait, par exemple, que 27 versions ( !) du discours du candidat avaient été écrites pour son meeting à Lyon. "Il a envoyé trois versions totalement différentes à ses proches six heures seulement avant son meeting. À la fin, nous étions perdus", confiait alors l'un de ses bras droits. Avant de conclure, non sans ironie : "Et finalement, il a eu un discours très différent à la tribune, sans respecter le modèle choisi. Il est comme ça, Macron, très libre mais très directif." Très à l’écoute, aussi, et capable de se remettre en question, comme l’illustre le brutal changement de ton entre son discours du 23 avril, au soir du premier tour, et celui de sa victoire, dimanche dernier. Pour corriger l’euphorie perçue comme déplacée deux semaines auparavant, le nouveau Président a en effet eu recours à des termes bien plus consensuels, tels que "engagement", "tâche", "difficultés" ou "France fracturée"…  Une tendance qui devrait s’accentuer dans les mois à venir.

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