David Lisnard, l'outsider d'une droite qui se cherche toujours un champion

David Lisnard, l'outsider d'une droite qui se cherche toujours un champion

PRÉSIDENTIELLE - Omniprésent depuis le début de la campagne de vaccination, le maire de Cannes s'impose comme une figure montante de la droite à un an de l'élection présidentielle. S'il exclut pour l'heure de participer à une primaire de la droite, l'ancien porte-parole de François Fillon à la présidentielle à la tonalité libérale promet de participer au projet d'alternance pour 2022.

Il est, depuis le début de l'année, l'une des figures de droite incontournables dans les médias. À 52 ans, David Lisnard laisse rarement passer une journée sans offrir un coup de projecteur sur sa ville, Cannes, et la manière dont il organise la vaccination de ses administrés contre le Covid-19. Volontiers "disruptif", selon l'expression chère aux macronistes, voire un brin transgressif, il n'hésite pas à braver les consignes du ministre de la Santé, Olivier Véran, au nom de l'efficacité, pour accélérer la campagne. L'exécutif préconise la vaccination des plus de 55 ans ? Lui fait déjà admettre des quadragénaires dans les centres de vaccination de sa ville, assurant pour sa défense avoir déjà immunisé les seniors et les plus vulnérables. Et il en profite au passage pour fustiger "une absurdité administrative" et "un centralisme qui entrave" la bonne marche de la vaccination, comme il l'a fait ce mercredi matin sur LCI. 

Maire depuis 2014, vice-président de l'influente Association des maires de France (AMF), ce libéral convaincu, fils de commerçants originaires de Cannes, a d'ailleurs fait son mantra de ce combat contre la "bureaucratie centralisée" et "la technocratie", incarnées selon lui par le quinquennat d'Emmanuel Macron. En décembre, il publiait ainsi dans Le Figaro une tribune, bien relayée à droite, intitulée "La crise du Covid révèle la folie bureaucratique française". L'édile y dénonçait une méthode gouvernementale "jalonnée de décisions bureaucratiques qui réussissent à être à la fois contradictoires, inefficaces et aliénantes", ciblant les multiples restrictions de libertés, attestations de déplacement, fermetures de commerces, conséquences selon lui d'une mauvaise gestion de l'épidémie par les autorités. "Cette spirale infernale administrative n’est propre ni à ce gouvernement ni à cette période, mais féconde avec ce pouvoir particulièrement énarchique dont la crise Covid révèle l’absurde matrice", expliquait-il alors. 

"Ce que révèle cette crise, c'est un déclassement de la France et un manque de performance", insistait-il encore le 28 avril sur LCI, citant, pêle-mêle, le déficit commercial du pays, le taux de prélèvements obligatoires, la dette publique ou même "l'ensauvagement" du pays. "Tout cela est lié et traduit une incapacité, au sommet de l'État, à être efficace."

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Synthèse de droite

Un État plus discret, et plus fort sur le régalien... La tonalité libérale et conservatrice de ce pourfendeur de dette publique évoque immanquablement François Fillon, dont il fut le porte-parole lors de la campagne présidentielle de 2017. À l'époque, David Lisnard faisait d'ailleurs partie de ceux qui avaient défendu, derrière le candidat LR, une réduction drastique des dépenses publiques et une augmentation du temps de travail dans la fonction publique. "On ne redresse pas un pays en difficulté sans proposer des mesures fortes, comme on ne traite pas un patient à pathologie lourde avec de la cosmétique", expliquait-il alors, en phase avec la rhétorique fillonniste. 

Après la déroute de la droite en 2017, puis aux européennes de 2019, le maire de Cannes a rejoint l'organigramme de Libres !, le mouvement lancé par Valérie Pécresse pour reconstruire la droite à l'extérieur des Républicains. Sans pour autant divorcer de son parti d'origine, dont il avait intégré les instances en 2008, à l'époque de l'UMP. Un sens de la conciliation qui lui a d'ailleurs valu l'investiture de LR lors des municipales de 2020, qu'il a remporté au premier tour avec plus de 88% des voix à Cannes, le meilleur score au niveau national. 

David Lisnard se targue d'ailleurs de parler à tout le monde, de Valérie Pécresse à Xavier Bertrand, en passant par Bruno Retailleau ou même, à gauche de l'échiquier, Arnaud Montebourg. Mais c'est bien à droite qu'il prend toutes ses racines, et ce depuis sa rencontre avec son mentor, l'ancien député-maire LR Jacques Pélissard, ex-président de l'AMF dont le jeune diplômé de Science Po Bordeaux fut l'attaché parlementaire dans les années 1990. 

Peser sur la campagne de 2022

Dans un horizon incertain à droite, où les potentiels champions peinent à s'affirmer, le nom de David Lisnard revient régulièrement dans la perspective de la présidentielle. Quand bien même certains détracteurs, au sein de LR, assurent que le maire de Cannes reste isolé sur le plan politique, privé de réseau, les groupes de soutiens se multiplient comme des petits pains sur les réseaux sociaux. Nouvelle Énergie, son microparti créé lors des municipales de 2014, relaye activement ses prises de position, via un compte de soutien sur Twitter, "Avec Lisnard". D'autres comptes ont récemment fleuri aux quatre coins de la France, en Auvergne, en Corse, en Lorraine... 

L'intéressé, lui, assure qu'il ne tire aucun plan sur la comète. "J'ai toujours été clair. Je ne suis pas en capacité d'être candidat à une primaire pour l'élection présidentielle", assure-t-il encore sur LCI. "En revanche, je n'ai aucune limite dans ma volonté de porter des idées. Je suis candidat à faire valoir mes propositions." Pas d'agenda caché, donc. Mais une conviction, celle que la droite ne pourra se relever qu'en s'opposant à la majorité actuelle. Car, explique le challenger de la droite, "on ne peut pas d'un côté marquer notre désaccord avec une politique, et de l'autre faire des aménagements politiciens en renonçant à ce que l'on est". Un message directement adressé à Renaud Muselier, qui vient de lancer sa candidature à sa réélection en région Paca et que David Lisnard ne soutiendra qu'à une condition : qu'il renonce à tout accord avec le parti d'Emmanuel Macron. 

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