Éric Zemmour : immigration, retraite, natalité... ses arguments passés au crible

Éric Zemmour : immigration, retraite, natalité... ses arguments passés au crible

VÉRIFICATION – Devant le Grand jury sur LCI, Éric Zemmour a multiplié les phrases polémiques ce dimanche midi. L'occasion de passer au crible certains de ses arguments.

Pas encore officiellement candidat, il tait pour le moment sa "décision". Mais continue à présenter sa vision de la France. Éric Zemmour était interrogé ce dimanche 24 octobre par les journalistes de LCI, RTL et Le Figaro sur les sujets qui rythment la campagne, comme le pouvoir d'achat, la fiscalité ou encore l'âge de départ à la retraite. De quoi sortir le polémiste de sa zone de confort. Ce qui ne l'a pas empêché de réitérer certaines contre-vérités qu'il défend depuis le début de cette campagne qui ne dit pas son nom.

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Qu'il s'agisse de l'augmentation des salaires ou des places en prison, Éric Zemmour a souvent remis son sujet de prédilection sur la table : l'immigration. C'est ainsi que celui qui a été définitivement condamné en 2011 pour "provocation à la discrimination raciale", a proposé de renvoyer les "25% d'étrangers" qui peuplent les prisons françaises afin de résoudre le problème de la surpopulation carcérale. Une mesure "beaucoup plus simple" que la construction de nouveaux établissements pénitentiaires, qui permettrait selon lui de libérer "15.000 places".

"25% d'étrangers dans les prisons françaises" : vrai

Ces chiffres sont véridiques. Selon les dernières données du ministère de la Justice, publiées au mois de juillet, on trouvait plus de 67.900 détenus dans les prisons du pays, dont près de 16.720 étrangers. Soit  24,6% d'hommes et femmes derrière les barreaux n'ayant pas la nationalité française. Un chiffre disproportionné par rapport à la part d'étrangers dans la population française, qui s'établit à 7,6% en 2020 d'après l'Insee

 

Le constat est donc sans appel. Les étrangers sont surreprésentés derrière les barreaux. Reste à en connaitre la cause. Est-ce le résultat d'une prétendue sorte de prédisposition à la délinquance de ces populations comme le laisse entendre le polémiste ? Ou simplement le fruit des classes sociales dont sont originaires certains étrangers s'accompagnant de "réflexes judiciaires" à leur égard ? Difficile d'être conclusif sur la question. En tout cas, en janvier dernier, l'Observatoire international des prisons rappelait dans une analyse que pour un même délit, une personne née à l'étranger a "trois fois plus de risque d'être jugée en comparution immédiate", "près de cinq fois plus de risque d'être placées en détention provisoire" et "huit fois plus de risques d'être condamnée à de la prison ferme" qu'une personne de nationalité française.

"13,4% d'inactifs Français contre 40% chez les étrangers hors UE" : faux

L'invité a ensuite été interrogé sur le pouvoir d'achat, qui s'impose à travers les sondages comme le thème de prédilection des électeurs. Pour le polémiste, c'est encore du côté de l'immigration que se trouvent les solutions. S'il veut réduire fortement les impôts, il estime que cet argent "on le trouve" en "enlevant la solidarité nationale aux étrangers", y compris les personnes en situation régulière. 

Pour défendre cette idée selon laquelle "les étrangers coûtent à la collectivité et aux finances publiques", l'invité du Grand jury a avancé deux "chiffres terribles". Il a assuré que les inactifs sur le territoire représentaient 13,4% des Français, contre 40% des étrangers hors espace européen. Des chiffres complètement erronés, comme nous l'expliquait l'Insee dans cet article. L'institut chargé de la production, de l'analyse et de la publication des statistiques officielles en France relevait en effet plusieurs erreurs dans la méthodologie utilisée par Éric Zemmour, qui oublie notamment de prendre en considération "les retraités et pré-retraités" dans ses calculs, ainsi que les personnes en formation.

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En suivant la bonne méthodologie, la réalité est tout autre. L'institut nous expliquait ainsi que si le niveau d'inactivité des étrangers hors Union européenne s'établit bien à 38,4%, celui des ressortissants français est de 28,5%. C'est deux fois plus que le chiffre avancé par le souverainiste. Un écart qui prouve d'ailleurs que si les personnes non-européennes sont davantage au chômage que celles de nationalité française, ce phénomène est rééquilibré par le fait que cette population étrangère est plus jeune, hors du cursus universitaire et très éloignée de l'âge de la retraite.

"La moitié des retraités sont nés à l'étranger" : faux

 

Raison pour laquelle il est également trompeur de déclarer, comme l'a fait Éric Zemmour, que "la moitié de ceux qui touchent des retraites sont nés à l'étranger". Cette fausse information est le fruit d'une mauvaise interprétation du rapport de la Cour des comptes de septembre 2020. Dans ses pages, la juridiction financière citait les chiffres du gouvernement sur le nombre de personnes nées à l'étranger et immatriculées à la sécurité sociale. Elle faisait alors état de 12,4 millions de personnes nées à l'étranger – y compris les Français venus au monde hors de l'Hexagone – et en possession d'un numéro pour recevoir des prestations sociales. Parmi elles, 62% avaient un "droit ouvert" à des prestations de retraite, soit 7,7 millions de personnes. Chiffre que certains représentants de l'extrême droite ont comparé aux 14,5 millions de retraités du pays pour conclure que la moitié d'entre eux étaient donc étrangers.

 

Seulement, comme l'a expliqué par le passé la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav), il est faux de penser que ce chiffre correspond à un nombre de retraités touchant chaque mois une certaine somme d'argent. Celui-ci prend aussi en compte des doublons et des personnes ayant des droits, mais sans les percevoir. D'ailleurs, la Cour des comptes écrit noir sur blanc dans son rapport que "pour les prestations familiales et de retraite, il s'agissait du versement de prestations, actif ou suspendu". 

 

Selon l'organisme, interrogé par Checknews , il n'y a en réalité que 2,6 millions de personnes nées à l'étranger et recevant de manière effective des droits à la retraite, dont certains Français. Soit 18% du total.

La baisse de la natalité a-t-elle commencé sous Hollande ?

La réponse au problème du financement des retraites passe, comme l'ont rappelé les journalistes du Grand Jury, par un enjeu démographique. Alors, sans immigration, comment rajeunir la population ? Là encore, Éric Zemmour répond par le tacle. Il s'en prend cette fois-ci à François Hollande et aux "Socialistes" qui ont "écorné" la politique de natalité, via la modulation des allocations familiales en fonction des revenus. Preuve selon lui, la natalité "a commencé à baisser sous ce quinquennat".  C'est faux. Selon les chiffres de l'Insee, les naissances en France sont en baisse depuis 2010. Soit un phénomène qui a débuté sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. 

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Par contre, ce qui a effectivement commencé à baisser sous le mandat de François Hollande, c'est le taux de fécondité. Cet indicateur permet de connaitre le nombre d'enfants nés par femme en âge de procréer. Seulement, cette chute aurait des causes plus profondes que la seule politique familiale du gouvernement, selon plusieurs experts interrogés à l'époque par la presse. Ainsi, selon l'économiste de l'OCDE Olivier Thévenon cité par Le Parisien, cette légère baisse est plutôt une réaction à retardement à la crise financière de 2008. "Alors que la fécondité baissait dans les pays de l'OCDE, aux États-Unis, au Royaume-Uni, elle se maintenait en France, du fait du cadre sécurisant qu'y offre la politique de la famille", rappelait ainsi l'économiste. Jusqu'à ce que l'Hexagone fasse lui aussi les frais d'une économie qui peinait à se relancer. 

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