Éric Zemmour sur LCI : nous avons vérifié 6 de ses déclarations

Eric Zemmour prend parfois ses distances avec les faits.

À L'ÉPREUVE DES FAITS - Invité à débattre lundi soir sur le plateau de LCI, Éric Zemmour est revenu sur les thématiques qu'il tente de porter dans le débat public. Des déclarations que l'équipe des Vérificateurs a pris le temps d'étudier en détails.

Pas (encore) candidat, Éric Zemmour profite de ses interventions publiques pour présenter sa vision de la France, esquissant ce qui ressemble à des propositions de campagne électorale. Invité par Ruth Elkrief sur LCI, lundi 27 septembre au soir, le polémiste a eu l'occasion d'échanger avec François Langlet et Alain Minc. Des débats ponctués de chiffres et de déclarations que notre équipe a vérifiés avec attention. Et qui révèlent parfois de petits arrangements avec la réalité.

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Un héritier légitime du RPR ?

Éric Zemmour, au cours de l'émission, s'est adressé à un électorat de droite, glissant par exemple que le parti Les Républicains avait trahi le général de Gaulle. Aujourd'hui, a-t-il assuré, il compte s'adresser "aux orphelins du RPR", le Rassemblement pour la République, ex-UMP. Ce qui peut interroger sur la filiation idéologique d'Éric Zemmour avec ce parti de droite créé en 1976. 

Doit-on voir en lui un héritier du RPR ? On en retrouve certains marqueurs parmi ses propositions. Lorsque le polémiste prône l'arrêt de l'immigration et du regroupement familial, notamment, ou la  suppression du droit du sol. Cela vaut également pour le refus des étudiants venus d'Afrique, ou encore en ce qui concerne la préférence nationale pour les allocations de solidarité. Autant de  thèmes que l'on a retrouvés dans les propositions du RPR il y a 30 ans, en 1990.

Pour autant, ce positionnement ne doit pas être perçu comme totalement représentatif de l'ensemble des années RPR. À l'époque, il faut rappeler que le parti venait d'essuyer une défaite aux précédentes élections présidentielles et législatives. Devant un Front national dirigé par Jean-Marie Le Pen et qui prenait de l'ampleur, le RPR - présidé par Jacques Chirac, avec Alain Juppé nommé secrétaire général - se "droitisait" très nettement. Une tendance illustrée notamment par les propositions formulées sur la question de l'immigration.

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Lors des états généraux du RPR, il y a 31 ans, les forces de la droite républicaine avaient défendu une fermeture des frontières, la suspension de l'immigration ou des prestations sociales réservées aux nationaux. Sans oublier un durcissement des conditions d'obtention des titres de séjour, afin d'endiguer le regroupement familial. Nous retrouvions alors, presque mot pour mot, des propositions formulées par Éric Zemmour aujourd'hui.

Sur la question de l'islam, le programme du RPR se montrait lui aussi très radical. Affirmant entre autres que "l'islam n'apparait pas conforme à nos fondements sociaux et semble incompatible avec le droit français." Une notion d'incompatibilité régulièrement portée par Éric Zemmour. Selon ce dernier, "les musulmans peuvent se détacher de l'islam et avoir une pratique 'chrétienne' de leur religion" en France. Des propos tenus le 26 septembre dans le Grand Jury d'Europe 1.

Une critique bien réelle de la loi Neuwirth

Ruth Elkrief a interpellé Éric Zemmour sur sa vision des femmes, lui rappelant qu'il avait critiqué dans un livre, en 2014, la loi Neuwirth. En vigueur depuis décembre 1967, elle autorise l'usage des contraceptifs, et notamment la contraception orale. 

Une prise de position que le polémiste a nié, assurant qu'il ne l'avait pas exprimée dans son ouvrage Le Suicide Français. À tort. Il évoque effectivement la question page 33, en faisant référence à l'arrivée du général de Gaulle - qui avait remis "la tête d'un père suprême sur le corps de la nation". Éric Zemmour a expliqué dans le livre qu'il regrettait que le chef de l'État ait "sapé son œuvre de rétablissement en laissant les femmes, avec la fameuse loi Neuwirth autorisant la pilule en 1967, s'emparer du 'feu sacré' de la procréation". 

Une hausse des salaires outre-Manche grâce au Brexit ?

Interrogeant Éric Zemmour sur les questions économiques, François Lenglet a pris pour exemple la situation du Royaume-Uni, où une pénurie de main-d'œuvre préoccupe actuellement le gouvernement. De quoi remettre en cause la pertinence du Brexit pour les Britanniques ? À cela, le polémiste n'a pas tardé à répliquer. "Vous avez oublié un point", lui a-t-il lancé, "c'est que les salaires remontent. Vous l'avez oublié soigneusement."

Cette hausse, un rapport de l'Office national des statistiques britannique (ONS) l'a confirmée. Le document, publié mi-août, montre que l'inflation salariale aurait atteint 8,8% au Royaume-Uni au mois de juin. Un niveau qui n'avait "pas été atteint depuis 2000", ont relaté Les Échos. Pour autant, ces chiffres encourageants s'expliquent assez largement par l'impact du Covid. Ils font suite à ceux - bien moins positifs - qui ont été enregistrés lors des pics de l'épidémie. Le Covid qui a, outre-Manche comme ailleurs, entraîné de nombreux licenciements et du chômage partiel à grande échelle. Logiquement, la reprise économique s'est traduite par un impact net sur l'accélération de la croissance salariale. Auquel s'ajoute la pénurie de main-d'œuvre, qui pousse les employeurs à proposer des primes et des avantages aux candidats.

Ajoutons enfin que la crise sanitaire a touché plus fortement les travailleurs les plus précaires (dont les salaires s'avèrent les moins hauts). Il apparaît ainsi assez logique de voir les salaires moyens augmenter, sachant que ces salariés peu aisés ne sont plus comptabilisés. S'il est exact qu'à l'heure actuelle, une hausse des rémunérations s'observe outre-Manche, il s'agit d'un mouvement récent et dont les causes ne peuvent être imputées de manière nette au Brexit.

50 milliards de fraude sociale, un chiffre surévalué

Éric Zemmour a déploré, durant le débat, que la fraude sociale en France atteindrait "50 milliards d'euros" de préjudice par an. Il faisait référence à Charles Prats, qui évoquait dans son ouvrage Le Cartel des Fraudes une escroquerie dont les montants atteindraient pas moins de 30 milliards d'euros en 2020. Et qui appelait à supprimer les prestations sociales. Problème : le chiffre partagé par Éric Zemmour est surévalué : la Cour des comptes évoque plutôt 20 à 25 milliards d'euros chaque année. 

De même pour l'estimation de Charles Prats, selon qui la fraude aux fausses cartes de Sécurité sociale – aussi mentionnée par Éric Zemmour - s'élèverait à 14 milliards d'euros par an de manque à gagner pour la Sécurité sociale. Or, encore une fois, les enquêtes diligentées sur le sujet mettent en lumière que ce chiffre est très mal évalué. La commission des Affaires sociales du Sénat s'est notamment intéressée au sujet en septembre 2019, fournissant une estimation bien loin de celle de l'auteur. Celle-ci serait plutôt comprise entre "117 et 138,6 millions d'euros", comme nous le relations ici. Loin des 14 milliards avancés par l'ex-magistrat financier.

Un chiffre trompeur sur l'immigration légale

Déjà épinglé pour ces propos, Éric Zemmour a répété lundi soir qu'à la fin du mandat d'Emmanuel Macron, "il y aura deux millions d'étrangers en plus". Un calcul trompeur. Le polémiste a en effet additionné le nombre de titres de séjour qui sont accordés, que ce soit pour des raisons économiques, familiales, ou pour les études, avec les chiffres des demandes d'asile et des mineurs isolés sur notre territoire. Si l'on s'en tient à cette méthode, cela conduit à comptabiliser 390.000 entrées en 2017, 417.000 en 2018, 448.000 entrées pour 2019 et 350.000 en 2020, année particulière en raison du Covid-19. Environ 400.000 par an, donc. Reste alors, pour comprendre le calcul du polémiste, à projeter cette moyenne sur 2021 et 2022, en retirant l'année 2017 durant laquelle Emmanuel Macron n'a été président que six mois, on obtient bien le chiffre final de 2.082.000 étrangers supplémentaires en cinq ans.

Or, et comme nous l'expliquions ici, cette addition sommaire  se heurte à plusieurs limites, qui la rendent complètement erronée. D'une part, elle cumule le nombre de titres de séjour délivrés et celui des demandes d'asile enregistrées, ce qui revient à comptabiliser deux fois certaines personnes. En effet, un individu déposant une demande d'asile sera compté dans les statistiques de l'Ofpra, mais une fois la demande acceptée – et donc transformée en titre de séjour – un individu apparait également dans les statistiques du ministère de l'Intérieur. Notons que sur les 277.406 titres de séjour attribués en 2019, 36.512 l'ont été suite à des demandes d'asile, soit plus d'un sur six.

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Outre ce premier biais, on remarque qu'Éric Zemmour oublie de retirer un certain nombre de personnes de ses calculs : celles qui sortent du territoire. Prenons l'exemple des étudiants, qui représentaient 90.000 personnes sur 2019, soit près d'un tiers des titres de séjour délivrés. Il est indispensable de prendre en considération le fait qu'une partie d'entre eux repartent au bout d'un an, environ la moitié selon le ministère de l'Intérieur. Idem pour l'immigration liée au travail, souvent ponctuelle.

Si les chiffres utilisés par le polémiste sont bien sourcés, l'idée selon laquelle ils constitueraient une immigration définitive est fausse. Il est exact d'indiquer que le solde migratoire est positif en France, mais pas dans les proportions données par Éric Zemmour. Les derniers chiffres sur le sujet, détaillés par l'Insee, faisaient état pour 2017 de 63.000 départs, pour un total de 261.000 entrées.

Le regroupement familial : 90.000 personnes par an ?

Éric Zemmour se montre totalement opposé au regroupement familial. Il plaide d'ailleurs pour sa suppression pure et simple. "Il y a une différence entre le regroupement familial et l'immigration familiale", dit-il, "en sachant que l'immigration familiale, c'est le fait d'aller chercher une femme à l'étranger et de la faire venir. Tout ça, ça fait 90.000 personnes par an."

Pour le vérifier, direction le site gouvernemental Vie Publique, qui présente les chiffres relatifs aux titres de séjour délivrés chaque année et les classe par motif d'admission. On note qu'en 2019, ce sont bel et bien 90.502 titres de séjour qui ont été délivrés pour un motif "familial", un chiffre très proche à celui des années précédentes (89.124 en 2016, 88.737 en 2017, 91.017 en 2018).

En revanche, 2020 s'est caractérisée par une baisse notable : 75.482 titres de séjours délivrés, soit 16,6% de moins que l'année précédente. Un effet Covid-19 très net dans les statistiques. À l'exception de l'an passé, les chiffres d'Éric Zemmour sont donc globalement corrects, même si ce ne sont pas nécessairement des femmes qui sont concernées.

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