Présidentielle 2022 : la commission des sondages a-t-elle changé ses règles à six mois du scrutin ?

Présidentielle 2022 : la commission des sondages a-t-elle changé ses règles à six mois du scrutin ?

OPINION - Alors que ce premier tour à la présidentielle dessine des contours plus qu'incertains, les instituts de sondage multiplient déjà des hypothèses de second tour. Mais une telle décision ne va-t-elle pas à l'encontre des réglementations de la commission des sondages ?

À chaque jour, son nouveau sondage, toujours plus surprenant. Les instituts et les médias enchaînent les enquêtes d'opinion afin d'essayer d'y voir un peu plus clair dans cette campagne incertaine. Quitte à faire des seconds tours peu probables, voire à mettre des candidats qui ne se sont pas encore déclarés.

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Ainsi, dès mars dernier, le magazine Marianne avait publié les résultats d'une enquête Ifop qui envisageait tous les duels possibles au second tour. On y découvrait notamment les conséquences d'un hypothétique second tour qui verrait s'affronter Marine Le Pen avec les favoris de chaque parti. La présidente du Rassemblement national faisait face à Xavier Bertrand, Jean-Luc Mélenchon, et même Anne Hidalgo et Yannick Jadot, qui n'étaient même pas encore candidats à l'époque. Pourtant, de telles compositions vont à l'encontre des règles de la commission des sondages.

Une "recommandation forte" depuis 2017

La commission des sondages, c'est cet organisme qui régit "les sondages publiés, diffusés ou rendus publics sur le territoire national, portant sur des sujets liés, de manière directe ou indirecte, au débat électoral", selon sa propre définition. Pour ce faire, la commission a établi un certain nombre d'obligations, les inscrivant dans la loi. C'est, par exemple, le cas de la loi du 29 mars 2021 qui oblige les instituts à faire figurer les marges d'incertitude lors de toute publication de sondages relatifs à l'élection présidentielle. 

Si cette règle fait office d'obligation, ce n'est pas le cas pour toutes les consignes qui régissent les sondages. Dans son rôle d'arbitre, la commission s'appuie également sur un certain nombre de "recommandations fortes".

 

C'est ainsi que dans un rapport de 2017, l'instance de contrôle s'était penchée sur la question cruciale des sondages du second tour, car "en faire avant la fin du premier, c'est toujours délicat", comme le relève auprès de LCI.fr Stéphane Hoynck, secrétaire général de la Commission. "C'est pourquoi on accepte que les instituts en fassent, mais avec une prudence supplémentaire." 

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Il en résultait donc une "recommandation forte" voulant que les instituts étaient "recevables à tester et publier plusieurs hypothèses de second tour" uniquement lorsque les résultats entre candidats du premier tour étaient suffisamment proches. Mais seulement dans ce cas de figure-là. Or, dans l'exemple cité plus haut, la marge entre les deux candidats était plus que conséquente. Ainsi, Xavier Bertrand était donné à 14% des voix contre seulement 6% pour Yannick Jadot. 

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Comment l'expliquer ? Pour le savoir, il faut se tourner vers le rapport de la commission publié en début de semaine et portant sur les élections de 2018 à 2021. De son propre aveu, la commission concède avoir "appliqué cette recommandation avec une certaine souplesse" pour ces élections. "Des estimations de second tour fondées sur des candidats qui ne dépassaient guère les 10% au premier tour ont été acceptées", confie ainsi l'instance en page 7 de ce document. Une liberté accrue liée à la nature même de cette élection. 

Avec une offre politique qui n'est "pas cristallisée", la commission a estimé que de tels sondages pouvaient permettre à certains partis politiques d'y voir une petite "primaire", d'évaluer par avance les performances de tels ou tels candidats face aux partis donnés gagnants. "Aucune raison impérative ne s'oppose à ce que les observateurs de la vie politique bénéficient de telles indications, et renvoyer de tels sondages à la clandestinité n'apparaît pas comme un progrès du contrôle, ni un gage de sérénité de la campagne", relevait-elle dans ce rapport.

Cependant, cette politique est amenée à évoluer à mesure qu'on se rapproche de l'élection. Certes, la commission accepte encore des sondages donnant des seconds tours très hétéroclites. C'est par exemple le cas de celui publié ce mercredi et testant différentes combinaisons avec un Eric Zemmour au second tour. Car avec "de telles marges d'incertitudes sur le gagnant du premier tour, les hypothèses testées ne sont pas suffisamment improbables" comme nous l'explique Stéphane Hoynck. Si les instituts peuvent faire ces évaluations dans des combinaisons "logiques", "plus on se rapprochera de l'élection, plus la commission sera stricte sur ce qui est testé", avertit le secrétaire général. 

 

Ces derniers mois, la commission des sondages a donc bel et bien fait preuve de souplesse vis-à-vis de ses propres "recommandations" afin de permettre aux partis de tester des combinaisons différentes au second tour. Mais cette concession est temporaire. Et ne change en rien les règles d'or applicables à tous les instituts de sondage. 

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