Présidentielle : la gauche répond à l'appel au dialogue de Jadot, malgré les bémols de Mélenchon

Présidentielle : la gauche répond à l'appel au dialogue de Jadot, malgré les bémols de Mélenchon

RETROUVAILLES - L'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, potentiel candidat en 2022, a lancé un appel au dialogue à l'ensemble des forces de gauche. Un message qui a reçu de nombreuses réponses positives. Y compris celle de Jean-Luc Mélenchon, qui pose toutefois ses conditions.

Tiraillée par des ambitions concurrentes, affaiblie par la dispersion de ses forces et, surtout, chamboulée par de profonds clivages idéologiques, la gauche est-elle "irréconciliable", selon l'expression de l'ancien Premier ministre Manuel Valls, ou peut-elle encore trouver un terrain d'entente d'ici à l'élection présidentielle ? C'est ce que veut croire l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, potentiel candidat pour 2022, qui a lancé lundi un appel au dialogue à l'ensemble des forces politiques, de LFI au PS, et, fait nouveau, a reçu de nombreuses réponses positives. 

Celui qui préconisait encore en février "une candidature de rassemblement entre Mélenchon et Macron" a manifestement élargi le cercle de ses interlocuteurs en intégrant les Insoumis dans l'équation. "Je souhaite que, dans les jours qui viennent, les différents responsables politiques de la gauche et des écologistes se mettent autour d’une table et se parlent", a plaidé sur France Inter l'eurodéputé, qui se heurte lui-même à une forte concurrence au sein d'EELV. "Nous avons une responsabilité historique, il faut dépasser nos différences et se parler enfin avec nuance. J’ai des divergences nombreuses avec Jean-Luc Mélenchon, elles sont connues, mais rien n’empêche d’en discuter franchement autour d’une table."

"Sortir de la division"

Il faut croire que la crise sanitaire actuelle, les enjeux environnementaux et sociétaux autour de la jeunesse, mais aussi l'approche des échéances électorales  - régionales et départementales en juin si le calendrier n'est pas reporté, présidentielle et législatives en avril et juin 2022 - ont débloqué un processus embourbé depuis, au moins, 2017. 

Sitôt l'appel de Yannick Jadot lancé sur les ondes de France Inter, plusieurs responsables politiques de gauche ont répondu favorablement. À commencer par l'actuel patron du PS, Olivier Faure. "J’ai appelé ce matin Yannick Jadot pour lui dire mon accord sur sa volonté de construire un projet commun qui conduise à un candidat commun", a indiqué le député. "C’est ce que je défends depuis trois ans. Le temps est venu de sortir de la division et de se mettre à la hauteur des enjeux." "Un candidat commun pour la gauche, je suis prêt à en faire au moins l'essai", a poursuivi Olivier Faure mardi sur LCI. "Pour gagner, il faut rassembler les forces de gauche et de l'écologie. Je saisis la main tendue de Yannick Jadot." 

"Prêt à rencontrer tous les candidats ou responsables des partis de gauche", a répondu de son côté le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel sur son compte Twitter. "Urgence sociale et écologique, jeunesse, création d’emplois, réindustrialisation, service public, nationalisation, les sujets ne manquent pas. La place du Colonel Fabien [siège du PCF, NDLR] est ouverte." Guillaume Lacroix, président du PRG, autre composante naturelle de la gauche, a également signifié au responsable écologiste que son mouvement "répondrait présent". Quant à l'ancien candidat à la présidentielle Benoît Hamon, fondateur de Générations, il s'est contenté d'un "oui" en guise de réponse à l'invitation.

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Restait à connaître la position de Jean-Luc Mélenchon, dont le mouvement n'a cessé d'entretenir une défiance à l'égard du PS, dont il dénonce l'orientation idéologique depuis le quinquennat de François Hollande. Le député LFI a, dans un premier temps, donné son feu vert à l'invitation de Yannick Jadot. "Je suis prêt à vous rencontrer personnellement quand vous voudrez", a-t-il fait savoir. "Comme nous l'avions fait en 2017 avant que vous rejoigniez Benoît Hamon. Heureux que vous y soyez prêt à votre tour. Le danger d'extrême droite est devenu extrême. Vous avez raison de tendre la main." 

Mais le leader Insoumis a du même coup adressé un message en guise d'avertissement à Olivier Faure : pas question de discuter, comme ce dernier l'envisageait, d'un programme et d'une candidature commune. "Encore l'embrouille et la tambouille ! Ce n'est pas l'urgent !" a-t-il prévenu. "La question, c'est de résister ensemble et sans exclusive contre l'offensive d'extrême droite. L'urgent, c'est un pacte de non-agression et organiser la résistance commune." Un peu plus tard, l'ancien candidat à la présidentielle de 2017 a même pris soin de signifier à ses interlocuteurs qu'il n'a "jamais donné [son] accord pour discuter programme et candidature en 2022".

Jean-Luc Mélenchon qui, ces derniers jours, n'a d'ailleurs pas retenu ses coups contre le PS, en prenant tantôt la défense du syndicat Unef - fortement critiqué par les ténors socialistes pour ses prises de position sur les "réunions non-mixtes" - et tantôt en fustigeant l'attitude de la présidente PS de la région Occitanie, Carole Delga, face à des militants d'extrême droite qui ont fait une intrusion lors d'une assemblée. Bref, Jean-Luc Mélenchon semble prêt à dialoguer, mais toujours pas avec l'appareil socialiste, qu'il rejette depuis tant d'années, et encore moins dans l'optique d'une "gauche plurielle" du type de celle qui avait formé la majorité du socialiste Lionel Jospin en 1997. 

L'union de la gauche reste en débat

En annonçant sa candidature à la présidentielle dès l'automne 2020, Jean-Luc Mélenchon a voulu prendre de vitesse ce débat qui s'ouvre autour de l'union de la gauche en vue de la présidentielle et des législatives, enterrant au passage l'hypothèse d'une primaire commune. Le leader Insoumis reste fidèle à l'idée d'une candidature transpartisane dépassant le cadre de la gauche, seule condition à ses yeux d'une victoire. Du reste, il n'est pas le seul à considérer que cette unité est impossible en l'état, compte tenu des divergences au sein des forces politiques. "Une candidature unique de la gauche n'est pas faisable", estimait en février, au Point, l'ancien ministre hollandais Stéphane Le Foll, jugeant que les partis, PS en tête, n'ont pas clarifié leur ligne politique depuis le départ de François Hollande.

En outre, Jean-Luc Mélenchon ne semble pas disposé, à ce jour, à envisager un quelconque retrait de la course à la présidentielle. Il se verrait plutôt au centre de l'échiquier, à entendre ses lieutenants. "Il ne peut y avoir d'alternative sans le candidat le mieux placé à gauche", a ainsi prévenu, lundi, l'eurodéputé LFI Manuel Bompard. "La dynamique de campagne autour de Jean-Luc Mélenchon fait bouger les lignes", s'est également félicité le député Adrien Quatennens. "Cela fait trois ans que Jean-Luc Mélenchon propose la fédération populaire et que nous posons des actes pour la clarté sur le fond."

Au-delà de la querelle de leadership et des débats d'idées à venir, le temps des alliances lui-même semble encore bien loin. À ce jour, l'accord passé entre EELV, le PCF, LFI et le PS derrière la candidature de l'écologiste Karima Delli pour les régionales dans les Hauts-de-France, s'il donne de l'espoir aux partisans de l'union, fait figure de grande exception. S'ils viennent de faire un premier pas en acceptant de s'asseoir autour d'une table, les leaders de la gauche ont encore beaucoup de choses à se dire, sans garantie de trouver un terrain d'entente avant le dessert. 

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