Présidentielle - La Haute autorité de la primaire à droite saisie du cas Sarkozy : mais pourquoi fait-il durer le suspense ?

Présidentielle - La Haute autorité de la primaire à droite saisie du cas Sarkozy : mais pourquoi fait-il durer le suspense ?

TIMING – François Fillon et Hervé Mariton ont saisi mardi soir la Haute autorité de la primaire au sujet de Nicolas Sarkozy, qu'ils accusent de faire campagne sans s'être déclaré. L'ancien président refuse de se porter officiellement candidat à la primaire avant l'été, au grand dam de ses concurrents de droite. Quelles sont ses raisons ?

Nicolas Sarkozy aime garder la maîtrise du temps. Pressé de toutes parts de se déclarer, l'ancien chef de l'Etat ne cède pas d'un pouce. Tout en multipliant les propositions, il compte repousser sa candidature officielle à l'été. De quoi agacer Alain Juppé, mais aussi Hervé Mariton et François Fillon, qui ont saisi mardi soir la Haute autorité pour la primaire du cas de l'ex-président. Celle-ci doit se prononcer sous 48 heures. "Quand on est en campagne, il faut des règles d'équité", a notamment plaidé le député LR Bernard Accoyer, soutien de François Fillon, au Talk du Figaro , assimilant les derniers meetings de Nicolas Sarkozy à des "réunions de campagne". Philippe Gosselin, soutien d'Hervé Mariton, nous confirme : "On a un président des Républicains qui dit clairement qu'il a pris sa décision. Nous estimons qu'il y a un risque de rupture de l'égalité entre les candidats." Si la Haute Autorité abondait dans le sens des plaignants - elle ne rend que des "avis"-, Nicolas Sarkozy devra-t-il démissionner de la présidence du parti ? "On n'est pas à 24 heures près", tempère Philippe Gosselin. "Cependant, il lui appartient de clarifier sans tarder, avant les grandes vacances".

Interrogé par metronews, le député sarkozyste Guillaume Larrivé estime que cette saisine était "un petit clapotis sans intérêt". "Restons concentrés sur le fond." Mais tout de même : pourquoi Nicolas Sarkozy attend-il si longtemps, quand une dizaine de concurrents sont déjà officiellement en campagne ?

 C'est une stratégie habituelle chez Nicolas Sarkozy
Laisser durer le suspense et partir au combat le plus tard possible est un classique chez Nicolas Sarkozy. Loin d'être un coureur de fond comme Alain Juppé, en campagne depuis août 2014, lui préfère le sprint final. En 2007, il n'avait annoncé sa candidature que cinq mois avant le scrutin. Jusque-là, il avait bénéficié de la visibilité offerte par les ministères régaliens qu'il occupait. En 2012 : deux mois seulement avant la présidentielle… avec le résultat que l'on connaît : une campagne éclair du président sortant pour tenter de remonter dans les sondages, et une débauche de moyens qui a entraîné un dérapage des comptes de campagne.

 Il est déjà en campagne
Aujourd'hui, c'est en usant de son statut de président des Républicains qu'il peut avancer ses propositions sans être candidat. En témoignent ses multiples déplacements, dont le meeting à Lille, mercredi soir, aux allures de discours inaugural. Ses concurrents, qui doivent collecter des fonds pour financer l'onéreuse campagne des primaires , reprochent précisément à Nicolas Sarkozy d'user des moyens du parti pour plaider sa cause personnelle. Le président du Sénat, Gérard Larcher, a indiqué à ce titre, jeudi, que la Haute Autorité du parti allait être saisie à ce sujet. Quoi qu’il en soit, les signes ne trompent pas : Nicolas Sarkozy est en pré-campagne. Sur son site Sarkozy.fr , son association de soutien "La France pour la vie" propose déjà aux visiteurs… de parrainer l'intéressé. La jeunesse est également réquisitionnée, avec son groupe de soutien " Nous les jeunes ". Quant à ses propositions, il les égrène au fil des interviews depuis l'automne dernier, comme sur le nucléaire , sur la sécurité ou encore " l'identité française ", recyclage de "l'identité nationale" de 2007.

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 Il compte sur l'essoufflement de ses adversaires
A quoi bon se lancer lorsque Alain Juppé caracole en tête dans les sondages d'opinion ? Autant laisser la bulle médiatique se dégonfler. C'est à peu près  ce que disait Nicolas Sarkozy en privé fin mai . Pour lui, Alain Juppé est guetté par la "balladurisation", à savoir le décrochage brutal dans l'opinion dont avait été victime Edouard Balladur, favori en 1995 et finalement balayé par Jacques Chirac. Nicolas Sarkozy en connaît un rayon, puisqu'il était à l'époque le porte-parole d'Edouard Balladur. "Etre le candidat des médias, j’ai vu avec Balladur ce que cela a donné", observait ainsi le patron des Républicains. Le calcul pourrait être payant : d'après les derniers sondages, l'écart se réduit entre les deux concurrents à la primaire. A moins que le challenger, Bruno Le Maire, en hausse lui aussi,  ne viennent troubler cette tactique .

 Une candidature trop précoce le rendrait inaudible
Nicolas Sarkozy l'a dit à sa façon il y a quelques jours. " C'est la pagaille dans la rue et l'opposition devrait ne plus avoir de chef ? Je m'y refuse. Je n'en ai pas le droit. " Comprendre : la séquence actuelle est celle du gouvernement aux prises avec un mouvement social d'ampleur. La séquence de l'alternance arrivera plus tard. Dans ces conditions, Nicolas Sarkozy a plutôt intérêt à jouer l'opposant qu'à afficher une candidature. Cet attentisme a un autre intérêt : surnager parmi la dizaine de candidats qui s'affrontent pour la primaire de la droite. A la fin de l'été, ceux d'entre eux  qui n'auront pas obtenu les parrainages nécessaires devront se retirer de la course . La voie sera alors plus dégagée pour le candidat Sarkozy.

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