Présidentielle : quand la haine Baroin-Juppé plombait toute alternative à la candidature de François Fillon

Présidentielle : quand la haine Baroin-Juppé plombait toute alternative à la candidature de François Fillon

RETRO - Le Point dévoile, jeudi 23 novembre, les bonnes feuilles du livre de Patrick Stefanini, ex-directeur de campagne de François Fillon. L'auteur raconte notamment comment la haine historique entre François Baroin et Alain Juppé a plombé l'hypothèse que ce dernier se pose en recours.

Février 2017. Un mois après les premières révélations du Canard Enchaîné sur l'emploi présumé fictif de Penelope Fillon, la campagne du candidat de la droite est au bord de l'explosion. François Fillon se dit victime d'une cabale, met en cause l'indépendance de la justice et tente, en multipliant les déplacements, d'éteindre le feu sans cesse rallumé de la polémique. A sa mise en examen, ses soutiens s'interrogent : doit-il céder sa place ?


C'est en tout cas ce que lui conseille Patrick Stefanini, son ex-directeur de campagne, comme le raconte ce dernier dans le livre qu'il publie, Déflagration, un ouvrage qui raconte dans le détail cette campagne folle pour l'élection présidentielle et dont Le Point publie les bonnes feuilles jeudi. "François, ça va être difficile", tente alors d'expliquer au candidat ce fin connaisseur de la droite, qui compte parmi ses trophées la campagne victorieuse de Jacques Chirac à la présidentielle de 1995. 

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Baroin versus Juppé...

Si François Fillon hésite, puis se persuade, après le rassemblement du Trocadéro, de rester dans la course, certains à droite élaborent toutes sortes de scénarios alternatifs pour tenter de sauver le navire. Plusieurs noms seront évoqués : Alain Juppé, François Baroin, et même, brièvement, Jean-Louis Borloo. 


L'ouvrage de Patrick Stefanini nous apprend que c'est la haine historique entre les deux ténors de la droite, Alain Juppé et François Baroin, qui plombera toute proposition alternative à François Fillon, confortant finalement ce dernier dans sa campagne. Fin février, Alain Juppé, vaincu trois mois plus tôt à la primaire de la droite, a d'ores et déjà compris qu'il n'y aurait pas d'espace pour sa candidature. Le maire de Bordeaux invoque publiquement "l'exigence de renouvellement" exprimée par les Français et son propre passé judiciaire. Mais en "off", nous raconte Patrick Stefanini, Alain Juppé explique aussi qu'il jette l'éponge car il sait qu'il n'aura "pas le soutien de tous les Républicains, notamment de Laurent Wauquiez et de François Baroin". 


Début mars, lorsque le nom d'Alain Juppé circule à nouveau, François Baroin confirme qu'il ne laissera pas passer cette hypothèse : "Il n'en est pas question. La primaire a tranché. Alain Juppé incarne une ligne politique qui a été battue à la primaire et on n'y reviendra pas."

... Et Juppé versus Baroin

La réciproque est également vraie. Quand certains, comme Nicolas Sarkozy, jugent que François Baroin est le seul recours possible, Alain Juppé pose son veto. "Il a fait campagne contre moi", lance le maire de Bordeaux, cité par Patrick Stefanini. "Il a osé me dénier la qualité d'héritier de Jacques Chirac. S'il devait se porter candidat, je dirais qu'il n'a pas le niveau." Référence à une réflexion déjà faite par Alain Juppé en 2011, lorsque ce dernier expliquait à Nicolas Sarkozy que François Baroin n'avait "pas la carrure" pour prendre le ministère de l'Economie... Une histoire de mépris mutuel qui remonte aux années Chirac. 

De toute façon, nous confirme Patrick Stefanini dans son ouvrage, François Baroin n'a jamais eu l'intention de se poser en recours à François Fillon. "Il n'a jamais envisagé sérieusement, pour des raisons familiales, d'être candidat", explique l'ancien directeur de campagne. "Depuis le début, il joue Matignon, et non l'Elysée". Bref, malgré ses tentatives effrénées pour sauver la pire campagne de son histoire, la droite a échoué à se mettre d'accord sur une alternative. On connaît la suite : l'absence de François Fillon au second tour de la présidentielle, l'échec de la droite aux législatives, et la recomposition en cours qui pourrait se solder, dans les semaines qui viennent, par une scission du parti Les Républicains


Six mois après la présidentielle, Patrick Stefanini se pose encore la question : "Comment avais-je pu choisir de servir un homme dont le destin aura été de conduire la droite à un échec sans précédent qui hypothèque, peut-être pour de longues années, sa capacité à redevenir majoritaire ?"

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L'affaire Penelope Fillon

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