Primaire: quand François Fillon faisait cadeau de 300.000 euros à Nicolas Sarkozy pour boucler ses comptes de campagne

Primaire: quand François Fillon faisait cadeau de 300.000 euros à Nicolas Sarkozy pour boucler ses comptes de campagne

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ARRANGEMENT ENTRE AMIS - Un livre de l'ex-directeur de campagne de François Fillon raconte comment, le candidat vainqueur à la primaire de la droite a demandé à son microparti de donner 300.000 euros au perdant Nicolas Sarkozy, en difficulté financière.

C’est un beau cadeau. D’autant plus lorsqu’on sait que les deux ne sont pas franchement amis. Et qui aurait pu rester secret si Patrick Stefanini, directeur de campagne de François Fillon, ne sortait pas un livre appelé Déflagration, ce jeudi, dans lequel il révèle toutes les coulisses de la campagne de son candidat. Et où il raconte, à travers une dizaine de lignes, comme Nicolas Sarkozy, battu aux primaires, est allé solliciter le vainqueur François Fillon pour l’aider à boucler ses comptes de campagne, en gros déficit.


Le 13 janvier 2017, après la primaire de la droite, François Fillon déjeune avec Nicolas Sarkozy, grand perdant. C’est lui qui a sollicité le déjeuner. François Fillon n’était pas vraiment pressé de cette entrevue, s’attendant à des reproches ou critiques de la part de l’ancien leader de la droite. C’est qu’ils n’ont jamais été très proches. Mais finalement, leurs deux directeurs de cabinet respectif, Patrick Stefanini et Miche Gaudin, ont réussi à les faire s'asseoir autour d’une même table. 

Plusieurs versements

Mais finalement, le déjeuner se passe bien mieux que prévu. Ou plutôt, Nicolas Sarkozy est "tout miel", soucieux de se mettre le gagnant dans la poche. Il a en effet besoin de son aide : la campagne de la primaire de la droite a laissé Nicolas Sarkozy sur la paille. Il ne parvient pas à équilibrer ses compte de campagne, qui lui a coûté 1,3 million d’euros. Et son ancien parti lui réclame 300.000 euros. "Dans le huis clos de ce déjeuner, les deux hommes vont sceller un 'deal' financier", confirme Michel Gaudin à Paris Match. D’après l’hebdomadaire, quand François Fillon revient à son QG, il demande à Patrick Stefanini de "trouver une solution avec Les Républicains et Force républicaine", son microparti. Un geste généreux, qui permettrait à François Fillon d’avoir la paix avec Nicolas Sarkozy et ses lieutenants, qui l’ont d’ailleurs soutenu sans conditions dès le soir de la défaite.


Mais d’après Patrick Stefanini, il apparaît très vite que Les Républicains ne comptent pas faire de ristourne à leur ancien candidat. Le directeur de campagne va donc puiser dans les caisses de Force Républicaine, fort de 15 millions d’euros – 10 ont été accumulés grâce à la primaire. Et un mois plus tard, le 15 février, François Fillon peut remettre, au cours d’un déjeuner avec Nicolas Sarkozy, en plein Penelopegate qui a débuté le 25 janvier, un chèque de 200.000 euros.

Surprenant, mais pas illégal

Patrick Stefanini démissionne de son poste le 3 mars, vite remplacé par Vincent Chriqui. Celui-ci confirme à Paris Match que Force républicaine a bien effectué un second versement, de 100.000 euros, à Nicolas Sarkozy. "François Fillon souhaitait avoir de bons rapports avec Nicolas Sarkozy pour des raisons évidentes. Mais ces versements d’argent n’ont rien à voir avec ça", dit-il.


Interrogé par l'AFP, l'entourage de Nicolas Sarkozy a confirmé mercredi soir "un accord entre (le micro-parti de François Fillon) Force Républicaine et l’Association de Soutien à l’Action de Nicolas Sarkozy (ASANS) concernant le remboursement des moyens détachés par le parti pour la campagne des primaires de Nicolas Sarkozy". Mais "il ne s’agit en aucun cas d'un ‘deal financier’ entre Nicolas Sarkozy et François Fillon", a-t-on insisté. Ce genre d’accord peut-être surprenant, mais n’a rien d’illégal : rien n’interdit à un microparti de subventionner un autre. 


"Cela avait vocation à être rendu public, les comptes des campagnes politiques sont rendus publics au moment où les comptes sont présentés. C'est un accord entre des grands responsables de la droite, qui d'ailleurs était au bénéfice de notre famille politique puisqu'à la fin il s'agissait de rembourser Les Républicains", a insisté sur CNews Vincent Chriqui.

Dans un autre extrait du livre cité par Le Monde daté de jeudi, Patrick Stefanini rapporte la réaction de Myriam Lévy, collaboratrice de François Fillon, en apprenant que le Canard Enchaîné s'apprête à publier un article sur la rémunération de Penelope Fillon: "Je savais bien que ça finirait par sortir".

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