Projet de loi climat : le combat est-il perdu d'avance pour Barbara Pompili ?

Projet de loi climat : le combat est-il perdu d'avance pour Barbara Pompili ?

GOUVERNEMENT - Le projet de loi climat devrait être l’un des grands moments de son passage au ministère de la Transition écologique. Mais Barbara Pompili a-t-elle les moyens d’imposer à ce texte de vraies ambitions écologiques ?

Création de zones à faible émissions dans 35 villes en France, expérimentation de menus végétariens dans les cantines... Barbara Pompili a présenté la semaine dernière les premiers arbitrages du projet de loi climat attendu fin janvier, censé traduire 40% des 146 propositions de la convention citoyenne pour le climat (CCC) retenues par Emmanuel Macron. Mais des débats sont toujours en cours et des arbitrages doivent encore être menés, notamment sur la rénovation énergétique des bâtiments et la limitation de la publicité. 

Pour beaucoup, la version présentée par la ministre est édulcorée, en-deçà des propositions des citoyens. Ils en discutent d'ailleurs ce lundi avec le président de la République, qui a promis "un moment d'échange, sans filtre, très direct avec les citoyens". Mais alors, la faute à qui ? La ministre de la Transition écologique, nommée il y a cinq mois par Jean Castex, peut-elle être tenue comme la principale et seule responsable ? 

"Barbara Pompili est notre alliée", assure à LCI Grégoire Fraty, membre de la convention citoyenne. "Elle porte nos mesures, veut les conserver au maximum, elle se fait le relai de nos propositions. Mais il existe plusieurs courants au sein du gouvernement, et la ligne de Barbara Pompili n'est pas celle de Bercy. Ce qui rend les arbitrages difficiles, surtout lorsqu'ils finissent par se faire à Matignon et à l’Elysée", ajoute-t-il.  

William Aucant, également membre de la convention citoyenne, refuse également d'être trop sévère avec la ministre qui peine à exister, la crise du Covid-19 monopolisant l'action gouvernementale. "Est-elle une alliée ou une ennemie ? La question est plus complexe. Nous avons besoin d’elle pour faire passer les mesures, et elle a besoin de nous pour faire valider ou invalider le projet de loi. Nous savons que les arbitrages sont compliqués avec les autres ministères, mais ses équipes font le maximum", raconte-t-il à LCI. 

"Je suis convaincu qu'elle fait son maximum"

"Je suis convaincu qu’elle fait son maximum pour faire passer les mesures. Nicolas Hulot nous avait alerté sur la position difficile du ministère de l’écologie au sein du gouvernement, rarement gagnant dans les arbitrages", continue-t-il, assurant toutefois qu'il ne manquera pas d'être "sévère" si le résultat final devait être décevant.

La marge de manœuvre de Barbara Pompili serait donc ténue. C'est la raison pour laquelle son prédécesseur Nicolas Hulot avait démissionné à l'été 2018. Il s'était dit las d'être "tout seul à la manœuvre" sur les enjeux environnementaux au sein du gouvernement. Alors lors de sa prise de fonction en juillet dernier, l'ancienne membre d'EELV avait prévenu : "le gouvernement travaillera dans les prochaines semaines à un plan de relance économique dont l’écologie devra être un moteur essentiel. Cela ne se concrétisera que si l’écologie (…) devient aussi l’affaire de tous les membres de ce gouvernement"

Mais pour le secrétaire national d'Europe Ecologie-Les Verts Julien Bayou, près de six mois plus tard, le gouvernement n'a toujours pas pris le tournant vert espéré. "Le sujet pour moi ce n'est pas la ministre de l'Écologie qui malheureusement ne fait rien ou ne peut rien faire", explique-t-il à LCI. "Malheureusement une ministre fut-elle sincère ne peut rien quand le gouvernement n'est pas écologiste. L'expérience montre que pour mener des politiques publiques il faut des écologistes aux manettes."

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Le député Matthieu Orphelin, ex-marcheur et ex-membre d'EELV, est plus sévère encore. "Barbara Pompili doit se battre davantage pour obtenir des arbitrages, jusque-là, elle les a tous perdus. Elle dit qu'elle se bat, mais il faut des résultats ! Sinon elle devra en tirer les conséquences", déclare à LCI ce proche de Nicolas Hulot. Le peut-elle au sein de ce gouvernement ? "Il suffit que le Président et le Premier ministre se décident à le faire, mais pour l'instant ils n'en prennent pas le chemin", regrette-t-il.

Il se pourrait même que l'exécutif choisisse en conscience de ne pas laisser la ministre de la Transition écologique prendre trop de place. À LCI, une source gouvernementale concède : "aucun ministre de l'écologie n'a réussi à imprimer en positif sur le bilan, donc c'est le Président qui devra le porter".

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