Propos de Pierre Gattaz : le pacte de responsabilité est-il mort-né ?

Propos de Pierre Gattaz : le pacte de responsabilité est-il mort-né ?

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COUAC - La visite en fanfare de François Hollande aux Etats-Unis a été ternie mardi par une fausse note. Pierre Gattaz, patron du Medef, a remis en cause son projet économique phare : le pacte de responsabilité. Une déclaration qui fait grincer des dents en France.

Le timing est très malvenu pour François Hollande. Alors que l'économie est l'un des principaux sujets de la visite du Président aux Etats-Unis, l'un des invités de sa délégation a envoyé un "scud" dans l'aile de son projet phare : le pacte de responsabilité . Depuis Washington, le président du Medef, Pierre Gattaz, a en effet affirmé mardi son refus de voir les 30 milliards d'allègements de charges prévus conditionnés à des "contraintes" sur les entreprises. C'était pourtant le "deal" proposé par le chef de l'Etat mi-janvier : suppression des cotisations familiales contre créations d'emplois.

Lundi, le Medef avait pourtant annulé une rencontre programmée avec la presse en marge de la visite d'Etat, invoquant des raisons "diplomatiques et de préséance". Mais le lendemain, faisant fi de toute considération de politesse, son patron n'a pas hésité à planter son couteau dans le dos du gouvernement. "J'ai dit depuis le 1er janvier que j'accompagne ce pacte car il est nécessaire pour la France, pour nos emplois", a-t-il commencé à propos de la proposition du chef de l'Etat. Avant de préciser que dans les discussions qui vont s'ouvrir, il ne compte pas parler de "contreparties mais d'engagements de mobilisation". Et de conclure : "Il faut arrêter de gérer par la contrainte". Du plus mauvais effet, alors que le début des discussions syndicales a été fixé au 28 février.

Le Medef "se dérobe"... et le gouvernement ?

A Paris, le Premier ministre est aussitôt monté au créneau pour remettre le chef de la principale organisation patronale à sa place. Le "dialogue social" ne peut pas "reposer sur des oukases", a réagi Jean-Marc Ayrault, ironisant sur "le décalage horaire" qui "parfois peut causer des problèmes". Le ministre du Travail Michel Sapin, lui, a appelé Pierre Gattaz à la "responsabilité", "y compris à l'étranger". Mais sur le fond, l'exécutif ne s'est pas montré très ferme. "Des engagements, les entreprises doivent également en prendre au niveau approprié pour créer de l'emploi", s'est contenté de réagir François Hollande depuis la Maison-Blanche. Il y a un mois, le Président s'était pourtant montré bien plus précis, évoquant des "objectifs chiffrés" de création d'emplois, qui devaient être suivis par un "observatoire des contreparties".

Alors, le gouvernement a-t-il déjà fait le deuil de ces contreparties ? Le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, a assuré dimanche que non : ""Ni trique, ni fouet, ni conditionnalité bureaucratiquement vérifiée, en revanche, pas non plus de cadeau unilatéral". Mais sans jamais expliquer comment concilier cette absence de "conditionnalité bureaucratiquement vérifiée" avec les promesses du Président. Un flou qui inquiète parmi les syndicats de travailleurs, bien sûr, mais aussi dans le camp du gouvernement. Le Medef doit s'engager "très fortement" sur les contreparties, a insisté vendredi le premier secrétaire du PS, Harlem Désir. Tandis que le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis jugeait "très inquiétant" que le patronat "se dérobe" face au pacte. Rappelant, au passage, que le gouvernement a engagé sa responsabilité sur ce dossier, puisqu'un vote de confiance sur le pacte se déroulera "entre les municipales et les européennes"...

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