#PSLeDébat - Maurel : "Je propose un socialisme décomplexé"

INTERVIEW - Emmanuel Maurel, candidat au poste de Premier secrétaire du PS, revendique un "socialisme qui assume ses mots". A deux jours du débat sur LCI face à Luc Carvounas, Olivier Faure et Stéphane Le Foll, il nous livre sa vision pour redresser son parti et reconquérir les électeurs de gauche.

LCI : En 1993, le PS est laissé pour mort après sa cuisante défaite aux législatives. Pourtant, quatre ans plus tard, les socialistes guidés par Lionel Jospin reviennent aux responsabilités. Aujourd’hui à nouveau, certains considèrent le PS comme n’ayant aucun avenir. Qu’est-ce qui vous pousse, vous, à croire que votre parti peut une nouvelle fois rebondir ?

Emmanuel Maurel : Instruit par l’expérience et l’histoire, je sais que ceux qui annoncent régulièrement la mort du PS se trompent. Il est certes en grande difficulté mais il est possible de le relever à condition de remplir un certain nombre de préalables. La première chose, c’est d’abord la clarté. Clarté par rapport à la politique d’Emmanuel Macron : au début du quinquennat, les socialistes ont été ambigus, voire complaisants avec le nouveau Président au risque de brouiller encore un peu plus notre image. Six mois après, je pense que les choses sont claires. La politique de Macron n’est ni de gauche, ni de gauche. Il multiplie les attaques contre notre modèle social et il met en place une politique fiscale incroyablement injuste. Bref, c’est le libéralisme intégral… Et face à ce libéralisme intégral, il faut une opposition totale. Il faut ensuite être clair par rapport aux cinq ans qui viennent de s’écouler. Si un certain nombre de choses qui ont été faites durant le mandat de François Hollande allaient dans le bon sens, je pense notamment au mariage pour tous ou au droit à partir à la retraite à 60 ans pour les carrières longues, la vérité nous oblige à dire que c’est un quinquennat où les socialistes ont perdu leurs repères. Tout le monde a en tête la déchéance de nationalité qui nous a profondément heurtés et la loi Travail qui a contribué à précariser un peu plus les salariés. La troisième chose sur laquelle il faut être clair, c’est évidemment sur notre volonté de rassembler la gauche, de parler avec toute la gauche puisque, aujourd’hui, la politique d’Emmanuel Macron est extrêmement préoccupante pour les gens les plus modestes. Et il faut qu’on soit au cœur de la contestation de cette politique. Si on est clair sur ces trois points, alors il sera possible de relever le Parti socialiste. Moi, je propose un socialisme décomplexé, qui ne s’excuse pas de penser différemment de l’idéologie dominante. Un socialisme qui assume ses mots, sa vision du monde et qui ne lorgne pas le libéralisme.

LCI.fr : Pensez-vous que François Hollande soit le principal responsable de la crise que traverse le Parti socialiste ?

Emmanuel Maurel : Vous savez, c’est comme dans Spiderman, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Ceux qui étaient à la tête de l’exécutif ont une responsabilité énorme dans notre échec. D’autant que plus qu’en 2014, quand Manuel Valls arrive à Matignon, il a théorisé, sans que François Hollande ne le reprenne, le fait que les gauches étaient désormais irréconciliables. Cette fracture à gauche nous a coûté cher et nous a conduits en partie à la défaite. Après, si on prend un peu de recul, la situation dans laquelle on est, elle s’inscrit dans une crise de la social-démocratie européenne qui est plus globale. On le voit avec le SPD en Allemagne qui a choisi finalement de reconduire la grande coalition avec Angela Merkel. C’est un problème car cela contribue à l’indifférenciation entre la droite et la gauche et donc, ça nourrit les extrêmes. La situation du PS français, elle doit être lue à l’aune de cette crise générale de la social-démocratie européenne.

Le socialisme du XXIe siècle doit opérer une synthèse entre des fondamentaux et des luttes nouvelles Emmanuel Maurel

LCI.fr : Dans votre texte d’orientation, vous appelez le PS à se réconcilier avec l’ensemble des acteurs sociaux (syndicats, associations, ONG, etc.). Concrètement, comment vous faites ?

Emmanuel Maurel : Ça part d’un constat très simple : Emmanuel Macron a un vrai problème avec les corps intermédiaires et les élus locaux. Or nous, contrairement à lui, dans notre conception de l’action politique, il y a cette conviction que rien n’est possible sans s’appuyer sur un réseau de corps intermédiaires puissant et solide. Donc, forcément, il faut travailler avec tous ces gens qui, au plus près du terrain, essayent de construire des alternatives à la société de marché.

LCI.fr : Mais vous ne pensez pas que le PS est discrédité aux yeux de ces acteurs de terrain et que la réconciliation risque d’être compliquée ?

Emmanuel Maurel : Je ne dirais pas discrédité. Certes, il y a un doute sur les dirigeants nationaux du PS qui étaient à sa tête ces dernières années. Mais il faut aussi reconnaître que, sur le terrain, nous avons des élus locaux qui sont assez crédibles pour mener ce travail. Et puis nous avons malgré tout un nombre très important de militants qui sont aguerris, impliqués et engagés dans le tissu associatif ou le combat syndical sur lesquels il faut s’appuyer pour recréer cette envie et cette mobilisation. Je ne doute pas qu’à partir du moment où le Parti socialiste aura une ligne politique et un cap stratégique clair, ce travail pour fédérer les énergies sera possible.

LCI.fr : Vous désirez restaurer le dialogue avec toutes les forces de gauche. Y compris avec Jean-Luc Mélenchon ?

Emmanuel Maurel : Emmanuel Macron supprime l’ISF et les emplois aidés, augmente la CSG, s’attaque à la SNCF, à l’hôpital public, aux fonctionnaires. On doit être dans l’opposition ! Tous ceux qui refusent ces réformes, tous ceux qui sont favorables à davantage de pouvoir d’achat pour les salariés, davantage de protections en termes de droit du travail, davantage de promotion des services publics, c’est avec eux qu’il faut travailler. C’est aussi simple que ça… L’union de la gauche, elle me paraît naturelle à partir du moment où nous partageons cet objectif politique. D’autant que les combats sur le terrain créeront immanquablement des convergences. En tout cas, moi je compte là-dessus. Certes, nos relations avec la France insoumise ne sont pas au beau fixe mais, ce qui m’intéresse, ce sont les luttes concrètes pour faire échec à un certain nombre de projets du gouvernement. Et c’est dans ces luttes concrètes qu’on retrouvera tous les militants qui veulent transformer la société.

LCI.fr : Comment définiriez-vous le socialisme en 2018 ?

Emmanuel Maurel : Le socialisme du XXIe siècle doit opérer une synthèse entre des fondamentaux et des luttes nouvelles. Les fondamentaux pour un socialiste, c’est le partage des richesses via la redistribution. C'est le partage du pouvoir, c’est-à-dire l’approfondissement de la démocratie. Et c'est le partage des savoirs, donc le primat donné à l’éducation. Les luttes nouvelles, ce sont toutes les luttes qui émergent aujourd’hui sur la planète et que nous devons prendre en compte dans notre identité politique. Je pense d’abord à tous les combats écologiques qui sont très importants, les combats pour produire et consommer autrement et préserver la biodiversité. Ensuite, il y a les luttes contre les inégalités au niveau mondial. Cela passe notamment par la lutte contre l’évasion fiscale. Il y a également le combat contre le libre-échange généralisé qui met à mal nos entreprises, nos territoires et nos salariés. Si on arrive à faire cette synthèse, on a alors une belle définition de ce qu’est le socialisme de combat au XXIe siècle.

LCI.fr : Le PS va quitter Solférino, son siège historique. Doit-il également changer de nom ?

Emmanuel Maurel : Non, je ne crois pas. Il faut garder ce nom. Derrière ce nom, il y a une histoire, des figures tutélaires et une tradition à laquelle on reste attaché.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Olivier Faure nouveau patron du PS

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter