Quand François Hollande raconte comment il s'est fait doubler par Emmanuel Macron

Quand François Hollande raconte comment il s'est fait doubler par Emmanuel Macron

RECIT - Dans son ouvrage à paraître mercredi, "Les leçons du pouvoir", François Hollande réserve un chapitre à sa relation avec Emmanuel Macron. On y découvre comment l'ancien président a assisté, en spectateur, à sa propre éviction par son ministre.

C'est l'histoire un peu pathétique d'un parricide en douceur. Dans un chapitre de son livre à paraître mercredi, Les leçons du pouvoir (Stock), François Hollande raconte en détail dans quelles circonstances il a rencontré Emmanuel Macron, parrainé ses premiers pas en politique, accompagné son ascension au gouvernement puis assisté sans réagir à l'émancipation de son successeur. Une question de confiance brisée, explique l'ancien président. Peut-être aussi d'aveuglement...


En observateur attentif de sa propre chute, François Hollande décrit, dans un récit qu'il veut "factuel", mais teinté de ressentiment, l'histoire d'une lente trahison, même s'il ne reprend pas ce dernier terme à son compte. Il raconte sa rencontre, en 2008, avec cet homme "souriant, vif, rapide, cultivé, qui sait séduire son interlocuteur en devinant vite ce qui sera agréable à son oreille". Il encourage alors "à adhérer à une section locale" du PS et "à faire ses classes comme militant". 

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Dans son livre "Les Leçons du pouvoir", Hollande fait la leçon à Macron

"Tout en tenant la bride, je l'encourage"

Les deux hommes se revoient en 2011. Le banquier d'affaires rejoint la campagne du candidat Hollande, et deviendra secrétaire général adjoint de l'Elysée après la victoire de la gauche. François Hollande contemple ce "conseiller hyperactif, dormant peu et recevant beaucoup", "détonant par sa liberté d'esprit". "Il faut parfois le retenir dans son élan", note cependant l'ancien chef de l'Etat. "Il croit volontiers que tout dossier peut être réglé dès lors qu'on s'y attaque avec fougue". Bon joueur, Hollande lâche : "tout en tenant la bride, je l'encourage". 


On connaît la suite. Emmanuel Macron sera nommé en 2014 au ministère de l'Economie, après le départ d'Arnaud Montebourg. François Hollande a bien conscience que son nouveau ministre "use et abuse parfois de sa liberté de parole", que son "tutoiement facile" et sa "tendance à embrasser ses visiteurs comme du bon pain, y compris Pierre Gattaz", le patron du Medef, annonce une certaine gourmandise du pouvoir. Pour autant, il n'intervient que pour "le recadrer quand il va trop loin", après ses propos sur les 35 heures ou sur la fonction publique qui hérisseront tant la gauche. Le chef de l'Etat observe ce jeune ministre "frustré" d'être cantonné à ses seules missions, qui "prend goût à la popularité qui s'esquisse et à la notoriété soudaine qu'il acquiert, y compris par ses débordements". 

La révélation de Stéphane Bern

D'après le récit qu'en livre François Hollande, Emmanuel Macron, jusqu'à son départ du gouvernement, n'a jamais dévoilé ses véritables ambitions à l'ancien chef de l'Etat. Pire, il les aurait dissimulées, avec "toujours cette façon de nier l'évidence avec un sourire". Lorsqu'il lui rend visite à l'Elysée, un dimanche soir de mars 2016, Emmanuel Macron lui annonce qu'il va lancer son futur mouvement En Marche. "Ce n'est pas un nouveau parti, c'est un réseau", assure l'ex-ministre de l'Economie. "Il ne concurrencera pas le PS." Malgré les mises en garde de Manuel Valls, l'ex-président laisse à nouveau filer. "Je n'imagine pas qu'Emmanuel Macron puisse préparer une candidature", assure Hollande, qui s'accrochera longtemps à cette idée. Quand une interview accordée au Dauphiné libéré prête à Emmanuel Macron ces propos : "Je ne suis pas son obligé", l'intéressé assure ensuite au chef de l'Etat n'avoir "jamais dit ça". "Grotesque", assurera à nouveau l'intéressé quand certains affirment qu'il va annoncer sa démission en juillet 2016. 


C'est finalement... l'animateur Stéphane Bern qui va lui mettre la puce à l'oreille, révèle l'ex-Président. Lors d'un dîner à trois durant l'été 2016, le présentateur "se tourne vers Macron et lui lance d'un ton goguenard : 'alors, qui sera candidat à l'élection présidentielle ?'" Malgré tout, François Hollande tentera de le dissuader de démissionner du gouvernement, fin août. Aveuglement total ? "J'ai toujours admis la compétition politique", se défend Hollande. "Mais je pense qu'elle doit se livrer au grand jour et s'assumer franchement. Convenons que ce ne fut pas le cas." D'autres auraient accusé littéralement Emmanuel Macron de trahison et de duplicité. François Hollande préfère, cette fois encore, des chemins détournés pour le dire.

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