Que va garder Macron de l'ambitieux plan Borloo pour les banlieues ?

ANNONCES - Le chef de l'Etat présente mardi ses "mesures efficaces" pour les banlieues populaires. Des annonces très attendues par les élus locaux, qui mettent la pression sur Emmanuel Macron en s'appuyant sur le rapport remis fin avril par l'ancien ministre Jean-Louis Borloo, qui préconise plusieurs dizaines de milliards d'investissement.

Emmanuel Macron retiendra-t-il quelque chose des 19 propositions du "plan Borloo" pour les banlieues ? Le chef de l'Etat doit détailler mardi à l'Elysée, devant quelques 400 convives, élus locaux, acteurs associatifs et dirigeants de grandes entreprises, les "mesures efficaces" qu'il compte mettre en oeuvre durant le quinquennat pour désenclaver les quartiers populaires et donner leurs chances aux habitants qui y résident. 


Le moins que l'on puisse dire, c'est que le chef de l'Etat, qui avait promis lors de sa campagne de mettre fin à "l'assignation à résidence" de ces habitants, est attendu au tournant. Fin avril, l'ancien ministre de la Ville Jean-Louis Borloo, initiateur de l'Anru, a remis à Edouard Philippe ce volumineux rapport, fruit de plusieurs mois de concertation avec les élus de terrain, qui prévoit près de 50 milliards d'investissements avec un cocktail de mesures au profit des quartiers. Parmi elles : la création de 30.000 places en crèche pour permettre aux femmes de travailler, le recrutement massif d'apprentis, la mise en place d'une juridiction sanctionnant les administrations qui ne joueraient pas le jeu de l'équité territoriale, ou la création de 5.000 postes de coachs d'insertion par le sport et celle d'une "académie des leaders", sorte d'ENA des quartiers populaires. 

Quelle ambition ?

Missionné pour ce rapport, Jean-Louis Borloo s'est employé, ces derniers jours, à en assurer bruyamment le service après-vente. L'ex-ministre de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy a gagné à sa cause ces élus locaux de banlieue qui attendent une relance de la politique de la ville. Il a notamment reçu le soutien du patron de l'Association des maires de France, François Baroin, tandis que des édiles signent des tribunes demandant à Emmanuel Macron de reprendre les propositions du rapport. "Jean-Louis Borloo, c'est de la dépense publique, mais aussi des résultats", plaidait encore ce lundi l'Association des maires d'Ile-de-France à l'attention du Président. 


Car les élus sentent que le gouvernement, qui garde un œil sur la moindre dépense, risque de freiner des quatre fers sur le montant de la note suggérée par le rapport Borloo. Dès novembre, à Tourcoing, Emmanuel Macron avait prévenu qu'il ne souhaitait pas mettre sur pied un nouveau "plan banlieue", après les dix autres élaborés au cours des dernières décennies. "Je veux que le visage de nos quartiers ait changé à la fin du quinquennat, non parce qu'on aura atteint tel ou tel chiffre, mais parce qu'on aura changé de méthode", avait-il déclaré. Le plan Borloo ? "Ça reste un rapport", a minimisé récemment le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, alors que des sources élyséennes citées par la presse semblaient accueillir avec méfiance le document. 

Convaincre

L'Elysée a confirmé ces derniers jours qu'il ne s'agissait pas déverser à nouveau des milliards, ni de créer "de nouveaux dispositifs", mais de "sonner la mobilisation" en s'appuyant en partie sur les mesures déjà prises par le gouvernement pour l'ensemble du pays. Pour l'heure, une seule nouvelle mesure concrète a filtré : la création de 15.000 places de stage par an dans les entreprises privées pour les élèves de 3e des 1.300 quartiers "politique de la ville" que compte le territoire national. 


Le pouvoir revendique également des mesures déjà opérationnelles, comme la hausse du budget de l'Anru ou le dédoublement des classes de Rep et Rep + ou les efforts programmés sur la formation professionnelle. Mais Emmanuel Macron sait que ses interlocuteurs, et les 5 millions d'habitants concernés, attendent bien davantage. Il s'en expliquera sous l'oeil bienveillant de Jean-Louis Borloo. Fort du soutien des maires, ce dernier a déjà prévenu dans le JDD : si son rapport est enterré, "ils prennent le risque de créer un problème politique là où il n'y en avait pas"...

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