Quatre questions autour de l'intrusion violente dans la cour du ministère occupé par Benjamin Griveaux, samedi

Politique
GILETS JAUNES - Des manifestants ont forcé samedi, à l'aide d'un engin de chantier, la porte du ministère occupé par le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, dans le 7e arrondissement. Du jamais vu depuis vingt ans, à haute dimension symbolique.

Eric Drouet, l'une des figures des Gilets jaunes, avait appelé début décembre à "entrer dans l'Elysée" pour se faire entendre du chef de l'Etat. Si personne au sein du mouvement n'était passé de la parole aux actes depuis lors, l'action menée samedi 5 janvier y fait immanquablement penser. 


Une poignée de manifestants ont forcé la lourde porte du ministère occupé par le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, rue de Grenelle (7e arrondissement), faisant irruption dans la cour au moment même où le ministre donnait une interview dans ses bureaux. Ce dernier a dû être exfiltré en urgence, dans des circonstances décrites par Le Monde, qui était alors avec Benjamin Griveaux. Cette action, dénoncée comme "une attaque contre la République" par le secrétaire d'Etat, jugée "gravissime" ce dimanche sur LCI par le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, fait l'objet d'une enquête. Les faits, rarissimes, méritent quelques précisions. 

Comment des manifestants sont-ils arrivés là ?

Alors que les premiers affrontements de la manifestation parisienne avaient commencé en début d'après-midi dans le secteur des quais de Seine et de l'Hôtel de Ville, la foule a défilé devant le musée d'Orsay avant d'être bloquée par les forces de l'ordre qui l'empêchait de relier l'Assemblée nationale. Plusieurs barricades ont été dressées sur le boulevard Saint-Germain (7e arrondissement), dans le quartier qui abrite de nombreux ministères. 


Parmi les manifestants arrivés au niveau de la rue de Grenelle, vers 16h15, plusieurs se sont emparés d'un engin de chantier et ont défoncé la porte d'entrée du ministère qui abrite le porte-parolat du gouvernement - et les Relations avec le Parlement, ndlr -, accédant à la cour d'honneur de ce dernier et caillassant un véhicule de fonction, avant que les forces de l'ordre n'interviennent. 

Que voulaient-ils faire ?

Si Benjamin Griveaux a été évacué par mesure de précaution, les manifestants n'ont pas envahi les locaux du ministère. L'ex-avocat de Jean-Luc Mélenchon, Juan Branco, qui les accompagnait, a assuré sur son compte Twitter que les auteurs de l'intrusion, "des Gilets jaunes lambda", voulaient "répondre à la violence du gouvernement en investissant le lieu censé porter leurs morts". Sous le coup de "l'adrénaline", raconte-t-il, "poursuivis" par les forces de l'ordre, ils sont passé à l'acte avant de se disperser rapidement car "personne ne cherchait à prendre le lieu". Benjamin Griveaux a lui-même indiqué que les intrus étaient "des Gilets jaunes" ainsi que "des gens habillés en noir". 


Au sein du mouvement et de l'opposition, a été avancé l'argument selon lequel les manifestants répondaient aux propos récents du porte-parole du gouvernement. Offensif, Benjamin Griveaux avait fustigé vendredi un mouvement "devenu, pour ceux qui restent encore mobilisés, le fait d'agitateurs qui veulent l'insurrection et, au fond, renverser le gouvernement", leur promettant que "force resterait à la loi".

Y a-t-il un précédent récent ?

L'intrusion dans un ministère lors d'une manifestation est un événement rarissime. Le dernier épisode en date remonte à 1999, lorsque des agriculteurs avaient pris pour cible le ministère de l'Environnement occupé à l'époque par Dominique Voynet, dans le cadre de la réforme de la Pac, la Politique agricole commune. Une soixantaine de manifestants avaient saccagé les bureaux, dont celui de la ministre. La sécurité des lieux, alors assuré par quelques agents, avait été débordée par cette action. A la différence de Benjamin Griveaux, Dominique Voynet n'était toutefois pas sur place, mais en déplacement en province au moment des faits. 

A l'époque, les manifestants avaient également occupé brièvement les locaux de l'ENA, avant d'être expulsés par les forces de l'ordre. Principal syndicat d'agriculteurs, la FNSEA avait dénoncé "un dérapage" et une "action mal contrôlée" de la base. 


Si les ministères avaient été épargnés depuis le début de la contestation des Gilets jaunes, les manifestants s'en étaient déjà pris à un monument symbolique, en entrant dans l'Arc de triomphe lors d'une manifestation sur les Champs-Elysées. Fin novembre, en outre, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait indiqué que son domicile privé avait été pris pour cible par des manifestants, à l'instar de certains députés de la majorité. 

Comment l'opposition a-t-elle réagi ?

La droite LR a condamné ces actes, tout en reprochant au gouvernement son "mépris" à l'égard des manifestants. Côté PS, le porte-parole Pierre Jouvet a souligné "qu'aucune contestation ne justifie de frapper les policiers à terre, d'attaquer un ministre, de casser, de brûler". 


"Qui sème le vent, récolte la tempête", a en revanche jugé Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), condamnant les violences "mais aussi la volonté de l'exécutif d'envenimer la situation". Idem au Rassemblement national, où le député Gilbert Collard a renvoyé dos-à-dos les manifestants et le porte-parole du gouvernement. "Ses propos et l'attaque de son ministère son irresponsables et inadmissibles", a-t-il jugé. A LFI, Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants ne s'étaient pas exprimé sur le sujet ce dimanche. 

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