Que reste-t-il d’Europe-Ecologie Les Verts avant un conseil fédéral tendu ce week-end ?

Politique

POLITIQUE - Après le départ d'Emmanuelle Cosse et la dissolution du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, EELV se prépare à tenir un congrès fédéral décisif le 12 juin. Contactés par Metronews, le conseiller de Paris Yves Contassot et le secrétaire national par intérim du parti, David Carmand, nous dessinent leur nouvelle ligne directrice.

Se réinventer ou disparaître. Fragilisé par une succession de crises, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) abordera son congrès fédéral prévu le 12 juin à Pantin, en Seine-Saint-Denis, avec grand sérieux. Quatre mois après la nomination d’Emmanuelle Cosse au poste de ministre du Logement et un mois après le début de " l’affaire Baupin " qui a contribué entre autres à la dissolution du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, EELV n’a plus d’autre choix que de revoir sa ligne de conduite.

Le départ d’Emmanuelle Cosse perçu comme une trahison à EELV
Contacté par metronews, Yves Contassot, conseiller EELV de Paris, indique que ce congrès sera celui de la "réinvention". "Il s’agira de définir l’équipe de direction ainsi que l’orientation stratégique à adopter pour se relever". Car le départ d’Emmanuelle Cosse a fragilisé le parti, concède-t-il.

"C’est la première fois qu’une secrétaire nationale trahit son parti. Nous n’avions jamais vu ça avant, ça a mis un coup au moral des militants." Si la nouvelle ministre du Logement se réjouissait de poursuivre son "engagement pour une écologie en action" au gouvernement, son entrée au gouvernement semble avoir "troublé les adhérents". Au delà du cas de la ministre, le parti écolo sort profondément affaibli par le conflit ouvert entre partisans de l'action gouvernementale et opposants à la politique de Manuel Valls. 

L’impact de l’affaire Baupin sur le parti
L’affaire Baupin a été l’étincelle finale. Les révélations faites par Mediapart et France Inter début mai à l’encontre du député, soupçonné d’avoir harcelé et agressé sexuellement plusieurs femmes (ministre, élues, collaboratrices…) ont terminé d’achever l’équilibre déjà fébrile du parti.

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Mais selon Yves Contassot, outre le fait que six députés écolo ont rejoint le groupe majoritaire socialiste, rebaptisé "socialiste, écologiste et républicain", entraînant la dissolution du groupe écologiste à l’Assemblée nationale , l’affaire Baupin n’a pas eu d’incidence particulière sur l’équipe. "Au contraire, nuance-t-il, ça l’a solidarisée. Nous sommes un parti qui a une capacité à libérer la parole et où les femmes ont le courage de témoigner. Cette affaire a créé une solidarité en interne".

Comment le parti compte-t-il se reconstruire ?
Réinventer "les thèmes et les termes". "Nous allons relancer le processus de dynamisation du parti et redonner de l’espoir", assure Yves Contassot, persuadé que les adhérents - 8.400 revendiqués en décembre 2015, contre 13.000 à l'apogée du mouvement  - "sont en attente". "Nous ne sommes plus très à la pointe sur les solutions, il faut retravailler le fond de nos propositions".

Pour cela, EELV veut faire le lien entre "le social et l’environnemental" en accentuant la pédagogie vis-à-vis de la société française. Nouvelles technologies, emploi, énergies renouvelables… "Nous sommes certains qu’un nouveau printemps de l’écologie est possible et que nous ne devons pas sacrifier le mouvement que nous avons construit", ont déclaré de leur côté Sergio Coronado, Karima Delli et Michèle Rivasi. 

Qui est le mieux pressenti pour succéder à Emmanuelle Cosse ?
S’il n’avait pas recueilli la majorité des suffrages lors du congrès décentralisé le 28 mai dernier, "il y a de grandes chances pour que David Cormand", secrétaire national par intérim depuis le départ d’Emmanuelle Cosse, soit tout de même "réélu". C’est en tout cas l’hypothèse la plus probable, selon Yves Contassot, qui le décrivait récemment dans la presse comme "un très bon technicien et un bon analyste politique".

"C’est quelqu’un qui a une excellente connaissance de la carte électorale française, ce qui, il faut le dire, est assez rare chez les écologistes (…) Il sent ce qui va se passer". Impossible cependant de savoir si David Cormand sera en mesure de redonner un nouveau souffle au parti écolo. Selon le député Noël Mamère "cela ne sera pas facile, mais il est tout à fait capable de résister". David Cormand a déjà communiqué sur "la volonté d’indépendance de l’écologie politique, la volonté de rupture avec la ligne gouvernementale" et devrait présenter "un projet écolo en 2017 pour la présidentielle et les législatives". "Il faut reconstruire le parti et rassembler les militants", affirme-t-il.

Que prévoit EELV pour 2017 ?
"Nous voulons que l’écologie politique soit représentée à la présidentielle de 2017", affirme Yves Contassot, pour "sortir l'écologie politique du marasme". Tout comme Noël Mamère et Eva Joly, le conseiller de Paris reconnait volontiers que "Nicolas Hulot (non adhérent à EELV, Ndlr) serait le candidat idéal". L'ancien présentateur et producteur d'Ushuaïa devrait se déterminer d'ici à la fin de l'année. S'il se désiste, Cécile Duflot se prépare déjà à porter le drapeau des Verts. L'eurodéputée Michèle Rivasi est également sur les rangs. 

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