Quelles options pour Jean Castex face au dossier très inflammable des retraites ?

Quelles options pour Jean Castex face au dossier très inflammable des retraites ?
Politique

NÉGOCIATIONS - Suspendue en mars, la réforme des retraites a été relancée par Emmanuel Macron mi-juin. Le nouveau Premier ministre Jean Castex est missionné pour venir à bout de ce dossier que les partenaires sociaux ne jugent pourtant pas prioritaire. La marge de manœuvre semble réduite.

En accédant à Matignon, Jean Castex a hérité d'Edouard Philippe du dossier le plus chaud du quinquennat. La réforme des retraites, gelée avec la crise sanitaire, devrait être traitée, quoiqu'il en coûte, selon les vœux de l'exécutif. 

Retour en arrière : cette réforme emblématique du quinquennat d'Emmanuel Macron avait suscité un puissant mouvement social durant l'hiver dernier, notamment dans les transports. Après un mois de guérilla parlementaire et d'interminables concertations avec les syndicats, la majorité avait dû forcé l'adoption du texte controversé en recourant, début mars, au "49-3", rejetant au passage deux motions de censure de l'opposition. La Conférence de financement, censée permettre aux partenaires sociaux de se mettre d'accord sur l'équilibre du système, avait été désertée par deux syndicats, FO et la CGT. Voilà où l'on en était lorsque la crise sanitaire a forcé Emmanuel Macron a suspendre, mi-mars, toutes les réformes en cours. 

Alors que certains pensaient la réforme enterrée, ou durablement ajournée, l'Elysée a fait savoir mi-juin qu'il était hors de question de l'abandonner. Elle figure donc à l'agenda des chantiers du nouveau Premier ministre. Pour autant, aucun agenda n'a été fourni pour l'heure. Le texte, qui devait initialement être examiné au Sénat en avril en vue d'une adoption durant l'été, reste suspendu. 

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Une marge de négociation restreinte

En annonçant la réouverture du dossier, l'exécutif a pris soin d'annoncer que certains points pourraient être remis sur la table. Pas question d'abandonner le nouveau système à points, ou l'instauration d'un régime universel remplaçant les régimes spéciaux. Mais la durée de cotisation et la question de l'âge pivot - potentiellement fixé à 64 ans - pourraient être à nouveau discutées. 

"Tout sera mis sur la table", a promis lundi Jean Castex devant les députés, qui a reçu les syndicats cette semaine. "Nous distinguerons le fond de la réforme, sur lequel nous ne reviendrons pas, des dispositions pour sauvegarder le système actuel.

Sauf que cette marge de discussion semble limitée. Avant la crise sanitaire, les échanges avec les syndicats sur l'équilibre financier du système portaient fin 2019 sur un déficit estimé, pour 2020, à 4,2 milliards d'euros. Une estimation provisoire du Conseil d'orientation des retraites, publiée le 11 juin, évoque désormais un déficit de 29,4 milliards en 2020, conséquence de la baisse conjoncturelle des ressources durant la crise sanitaire. "La situation financière de ce système n'est pas la même depuis qu'il subit l'impact de la crise. Nous devons en responsabilité prendre les dispositions nécessaires pour en assurer la sauvegarde", a déjà prévenu Jean Castex devant les députés. 

Dans ce contexte, l'exécutif ne semble pas prêt à abandonner le rallongement de la durée de cotisation. "Cette réforme ne peut pas être reprise de manière inchangée à la sortie de crise, mais la question du nombre d'années pendant lesquelles nous cotisons demeure posé", indiquait Emmanuel Macron dans son interview à la presse régionale, le 2 juillet. 

Mauvais timing, pour les partenaires sociaux

Une autre difficulté émerge pour Jean Castex : syndicats comme patronat ne semblent pas pressés de remettre le dossier des retraites sur la table, et l'ont fait savoir lors de leurs entrevues avec le Premier ministre. 

"Ce n'est pas le sujet de l'été et de l'automne", estimait jeudi le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, pourtant favorable au principe de la retraite par points. "La priorité, aujourd'hui, c'est l'emploi." Même constat pour Cyril Chabanier (CFTC), pour qui "on ne peut pas tout traiter en même temps", ou pour François Asselin (CPME), qui recommande de "se mettre en mode pause". Du côté des syndicats hostiles à l'ensemble de la réforme des retraites, Philippe Martinez (CGT), qui appelle à un mouvement social à la rentrée, juge le sujet "explosif" et Yves Veyrier (FO) rappelle son hostilité à toute discussion sur une mesure d'âge ou de rallongement de la durée de cotisation. 

Même au Medef, pourtant favorable à un rallongement de la durée de cotisation, les appels se multiplient pour mettre le dossier en pause durant la crise. Son patron, Geoffroy Roux de Bézieux, a appelé à une pause "pendant quelques mois pour qu'on mette toute notre énergie pour ce qui compte, c'est-à-dire l'outil de production". Bref, il sera bien difficile de forcer la main aux partenaires sociaux, qui sont pourtant au cœur de la Conférence de financement. 

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Prudent, l'exécutif n'a donné pour l'heure aucun nouveau calendrier pour l'épineuse réforme. Des précisions pourraient être apportées par l'exécutif le 15 juillet, avec le discours de politique générale du Premier ministre. A moins qu'Emmanuel Macron n'aborde le sujet lui-même à l'occasion de l'interview du chef de l'Etat, le 14 juillet. 

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