Qui était Maurice Audin ? Pourquoi l'Etat se dit responsable de sa mort ?

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GUERRE D'ALGÉRIE - En juin 1957, en pleine bataille d'Alger, un mathématicien communiste, militant de l’indépendance de l’Algérie, disparaît sans laisser de traces. Le point sur les circonstances restées floues de sa mort, mais à l'origine d'une décision historique au nom de la République française, ce jeudi, après un demi-siècle de déni.

C'est une disparition qui était officiellement restée inexpliquée jusqu'ici. 61 ans après l’enlèvement, la séquestration, la torture et l'exécution de Maurice Audin durant la guerre d'Algérie, Emmanuel Macron a reconnu au nom de la République française la responsabilité de l'Etat. Une décision historique, alors que la veuve du mathématicien communiste et militant de l’indépendance de l’Algérie, à qui le chef de l'Etat  rendu visite ce jeudi, multipliait les appels depuis un demi-siècle pour que la vérité éclate enfin. 

"Je ne pensais pas que ça arriverait", a-t-elle sobrement réagi jeudi, interviewée par LCI et TF1. A la question "C'est un grand jour pour vous ?", la réponse de Josette Audin est emplie de sentiments mêlés :  "Je ne sais pas quoi pas vous dire, je vais vous dire oui mais c'est aussi non, il y a les deux."


Lorsqu'il est arrêté chez lui sur dénonciation le 10 juin 1957, en pleine bataille d'Alger, par des parachutistes français chargés du maintien de l’ordre, Maurice Audin est assistant de mathématiques à la faculté d'Alger et membre du Parti communiste algérien. On le suspecte alors d'aider le FLN. Sa trace est perdue dix jours plus tard, sans qu'aucune explication officielle ne soit donnée sur la disparition de ce père de trois enfants âgé de 25 ans, si ce n'est "son évasion au cours d'un transfert". Convaincue que le jeune mathématicien a été étranglé par un lieutenant parachutiste, sa femme, Josette, dépose plainte contre X pour homicide volontaire à Alger et un comité de soutien se constitue autour d'elle. Maurice Audin est notamment proclamé docteur es-sciences mathématiques, après que Laurent Schwartz, avec qui Maurice Audin devait passer sa thèse, a organisé la soutenance in abstentia à la Sorbonne le 2 décembre 1957.

Mort entre entre les mains d'un tortionnaire

S'en suivront cinquante ans d’enquête, sans que ni les coupables ne soient condamnés, ni la torture et l’assassinat du jeune mathématicien ne soient reconnus, la justice française ayant refermé le dossier. Après avoir décidé l'ouverture des archives concernant l'affaire en 2013, François Hollande avait déclaré dans un communiqué le 18 juin 2014 : "Les documents et les témoignages dont nous disposons aujourd'hui sont suffisamment nombreux et concordants pour infirmer la thèse de l'évasion qui avait été avancée à l'époque. M. Audin ne s'est pas évadé. Il est mort durant sa détention".


Dans un livre paru en 1958, "L'Affaire Audin", l'historien Pierre Vidal-Naquet affirme que le jeune mathématicien est mort sous la torture. Dans un autre ouvrage, "La torture dans la République", il souligne que le nom du général Paul Aussaresses, qui avouera en 2000 "sans regrets ni remords" avoir torturé pendant la guerre d'Algérie, "ne figurera guère que dans un seul dossier publié, celui de l'affaire Audin". Selon le quotidien communiste L'Humanité, Maurice Audin est mort le 21 juin 1957, "à la villa El Biar à Alger, entre les mains d'un tortionnaire, un lieutenant parachutiste de l'armée française, qui l'avait étranglé". "Le tortionnaire a même été fait commandeur de la Légion d'honneur", affirme le journal le 4 décembre 1997. 

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Sur ordre du général Jacques Massu

"Je ne sais rien pour ce qui est de Maurice Audin. Vraiment rien", déclarait le général Aussaresses, interrogé le 23 novembre 2000 par Le Monde sur les circonstances de la mort de Maurice Audin. Dans "La vérité sur la mort de Maurice Audin" (Equateurs), paru en janvier 2014, le journaliste Jean-Charles Deniau concluait que Maurice Audin avait été tué par un sous-officier français sur ordre du général Jacques Massu, patron de la 10e division parachutiste (DP) pendant la bataille d'Alger. Un ordre répercuté par Paul Aussaresses.


C'est à l'initiative d'une quarantaine de personnalités, dont le mathématicien et député LREM Cédric Villani, que l'affaire a été relancée. En mai 2017, elles avaient à Emmanuel Macron pour l'appeler à faire "la vérité historique" sur l'"assassinat" de Maurice Audin. Cédric Villani et son collègue communiste Sébastien Jumel avaient réitéré cette demande en février. 

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